La justice cible à nouveau les Soulèvements de la Terre
Léna Lazare, porte-parole des Soulèvements, ainsi que Basile Dutertre, sont accusés de ne pas s'être présentés physiquement devant la commission d'enquête parlementaire. - © AFP
Léna Lazare, porte-parole des Soulèvements, ainsi que Basile Dutertre, sont accusés de ne pas s'être présentés physiquement devant la commission d'enquête parlementaire. - © AFP
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Léna Lazare et Basile Dutertre, porte-parole des Soulèvements de la Terre, seront en procès en novembre prochain. Cela s’ancre dans un « continuum de répression du mouvement écologiste » assurent leurs soutiens.
Encore un procès pour Les Soulèvements de la Terre. Léna Lazare et Basile Dutertre, tous deux porte-parole du mouvement écologiste, seront au tribunal le 22 novembre prochain. Ils risquent deux ans emprisonnement et 7 500 euros d’amende chacun. C’est ce qu’ils ont appris à l’issue d’une matinée d’audition dans le commissariat parisien du 7e arrondissement, le mercredi 24 janvier. « On peut sans doute y voir une volonté d’acharnement judiciaire à notre égard », soupire Léna Lazare.
Leur tort ? Ne pas s’être présentés devant la commission d’enquête parlementaire qui examinait les violences commises durant la manifestation contre les mégabassines à Sainte-Soline. Cette instance composée de députés de divers groupes les avait convoqués le 11 juillet dernier.
Les questions portaient sur des affaires judiciaires en cours, ont argué les militants, ce qui est illégal. La séparation des pouvoirs législatif et judiciaire n’étant pas garantie, ils ont décliné la convocation et ont finalement répondu par écrit aux questions. Cela n’a pas suffi au président de la commission, Patrick Hetzel. Ce député Les Républicains a donc décidé de porter plainte. C’est la première fois dans l’histoire que deux personnes seront jugées pour de tels faits.
« Continuum de répression du mouvement écologique »
« Les parlementaires ont outrepassé leurs droits avec cette convocation qui s’inscrit dans un continuum de répression du mouvement écologique. C’est une convocation plus politique que judiciaire », a déclaré le sénateur écologiste Thomas Dossus. Comme lui, une trentaine de personnes était rassemblée le 24 janvier devant le commissariat pour soutenir les deux militants.
Cette commission d’enquête parlementaire avait été créée pour étudier « la structuration, le financement, les moyens et les modalités d’action des groupuscules auteurs de violences à l’occasion des manifestations et rassemblements intervenus entre le 16 mars et le 3 mai 2023, ainsi que sur le déroulement de ces manifestations et rassemblements. »
Faciliter la dissolution des organisations écolos
« Ses conclusions étaient courues d’avance », selon Léna Lazare, jointe par Reporterre. « Ce rapport va servir à créer un projet de loi anticasseurs. Ils veulent instaurer la notion de provocation à la violence implicite. Dedans, on pourra mettre tout et n’importe quoi pour dissoudre les organisations qui dérangent », poursuit-elle. À ses côtés, Vincent Gay, le secrétaire général d’Attac confirme : « Nous avons été convoqués par cette commission d’enquête et nous avons compris rapidement que l’enjeu était de développer une logique de l’ennemi intérieur pour ne voir dans les manifestations que de la barbarie afin de faire peur à la population. »
Des militants de Dernière rénovation avaient également été auditionnés et avaient estimé que cette commission était le « symbole de la répression ».
Le calendrier de ces poursuites judiciaires a de quoi surprendre. Alors que les agriculteurs en colère ont détruit le bâtiment de la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) de Carcassonne et se font escorter par les forces de l’ordre pour déverser du fumier sur des banques ou des bâtiments publics, les militants écologistes continuent d’être sévèrement réprimés. Le 17 janvier dernier, de lourdes peines ont été prononcées à l’encontre de Julien Le Guet, porte-parole de Bassine non Merci, Basile Dutertre et Nicolas Garrigues des Soulèvements de la terre.
Lire aussi : Mégabassines : de lourdes peines pour les prévenus de Sainte-Soline
Un deux poids deux mesures dénoncé par le député insoumis Éric Coquerel. « J’ai cherché en vain un tweet de Gérald Darmanin sur l’explosion du bâtiment de la Dreal. Rien. C’est étonnant de voir que le ministre criminalise le mouvement écolo mais ne dit pas un mot face aux actions de certains syndicats agricoles », remarque le politique présent au rassemblement de soutien. Il fait référence au terme « écoterroriste » utilisé par le ministre de l’Intérieur juste après Sainte-Soline comme une insulte envers les militants écologistes.
Aujourd’hui, aucun politicien n’a encore osé qualifier les agriculteurs en colère d’« agroterroristes ». Pourtant, la liste des actions violentes perpétrées par les membres du syndicat agricole majoritaire FNSEA ces soixante dernières années est sans commune mesure avec les mobilisations écologistes, comme l’ont documenté les journalistes de Basta. Face à cela, le gouvernement préfère rester silencieux. Face à cela, le gouvernement préfère rester silencieux.
Gérald Darmanin a même donné mercredi soir des consignes de « grande modération » aux préfets selon Le Monde. Les forces de l’ordre ne devraient intervenir qu’en dernier recours.