Du dernier kilomètre aux livraisons par avion : le vrai coût écologique du e-commerce
Des colis de marchandises deposés devant des camions de livraison de DHL à Valence, le 12 décembre 2024. - © Nicolas Guyonnet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Des colis de marchandises deposés devant des camions de livraison de DHL à Valence, le 12 décembre 2024. - © Nicolas Guyonnet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Réception de colis en point relais, à vélo cargo... Certains choix de livraison présentent un poids environnemental plus limité. Mais la livraison n’est qu’un des aspects du poids climatique du e-commerce.
Le ballet des camionnettes blanches va s’intensifier. Chaque jour, par milliers, elles sillonnent villes et campagnes pour livrer nos achats en ligne. Et ces véhicules ne sont jamais si nombreux — et si débordants de colis ! — qu’en fin d’année, période où les commandes sur le web s’envolent pour le Black Friday puis pour Noël. Logiquement, le pic des achats marque aussi un pic pour les conséquences écologiques des livraisons du e-commerce.
Pour la période novembre-décembre, La Poste et ses filiales (Chronopost et DPD) prévoient d’avoir 180 millions de colis à trier et distribuer en seulement deux mois, l’opérateur postal traite ainsi plus d’un tiers de son volume annuel. Le chiffre est en hausse de 6 % par rapport à l’an dernier. Un rapport de l’Agence de la transition écologique (Ademe), publié en 2023 mais s’appuyant sur des chiffres de 2021, estime à 1 milliard le nombre annuel de colis pour tous les achats en ligne des Français, l’équivalent de 1 million de tonnes de CO2 rejetées dans l’atmosphère.
Les particuliers peuvent, dans une certaine mesure, alléger la facture environnementale par leur choix du mode de livraison. La livraison à domicile — les fameuses camionnettes blanches ! — n’est pas à bannir, bien au contraire : c’est même souvent l’une des modalités les plus vertes, même si la marche est à privilégier. « Sur le plan environnemental, on s’attend à ce qu’une camionnette transportant une centaine de colis soit plus efficace qu’une centaine de voitures individuelles transportant chacune un colis », explique Marc Cottignies, expert au service transports et mobilité de l’Ademe. « L’e-commerce participe à organiser le transport en commun des marchandises », abonde Hugo Jublan, responsable RSE à la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad).
Pour autant, impossible de généraliser à une supériorité systématique de l’achat en ligne sur l’achat en magasin, tant les critères entrant dans l’équation de la livraison sont nombreux. Pour donner des ordres de grandeur, l’Ademe propose un simulateur comparant les différentes options.
Ainsi, acheter en magasin plutôt que sur internet peut se révéler moins impactant… à condition de s’y rendre à pied ou à vélo. Encore faut-il que cela soit possible !
De même, une commande en ligne livrée en point relais sera plus vertueuse que livrée à domicile lorsque le retrait s’effectue à pied. Et si l’on prend sa voiture ? Cette part du trajet suffit à plomber le bilan d’ensemble, mais pas toujours : tout dépend du poids de son achat et de la distance à parcourir jusqu’au point relais. Bref, l’affaire peut vite virer au casse-tête pour l’internaute en quête du mode de livraison le plus écolo.
Éviter l’échec de livraison et les retours
Les grands préceptes sont toutefois faciles à retenir. « Quel que soit le mode d’achat (en magasin ou en ligne), ce qu’il faut essayer d’éviter, c’est de faire un déplacement dédié en voiture individuelle juste pour effectuer ou récupérer un seul achat », souligne Marc Cottignies. Lorsque l’usage de la voiture est incontournable, mieux vaut au maximum mutualiser le retrait de ses achats avec d’autres déplacements, ceux pour se rendre au travail par exemple.
Autre règle d’or, pour les achats en ligne : éviter à son colis un deuxième voyage. « En cas d’échec de livraison, le colis va nécessiter un nouveau trajet, soit pour être relivré, soit en vous obligeant à vous déplacer au point où il sera déposé », détaille Marc Cottignies. Il est donc préférable de choisir la livraison à domicile uniquement lorsque l’on est certain de pouvoir réceptionner le colis. Et espérer que le livreur ne laisse pas un avis de passage sans prendre la peine de sonner, comme le font certains !
Mieux vaut aussi limiter les retours : renvoyer son achat implique un nouveau transport du colis, en sens inverse. Si cette possibilité constitue une protection légale pour l’acheteur (les quatorze jours de droit de rétractation), elle est encouragée par de nombreux marchands, qui proposent une gratuité totale pour les retours… bien que l’opération alourdisse le coût environnemental.
Voitures électriques, vélos cargos...
Les enjeux de la livraison sont loin de reposer uniquement sur les épaules des consommateurs. Emballages surdimensionnés, chargement des camionnettes pas forcément optimisé et utilisation de véhicules plus ou moins polluants… Autant de paramètres qui relèvent de la responsabilité des professionnels.
La charte d’engagements pour la réduction de l’impact environnemental du commerce en ligne, dont la deuxième version a été signée sous l’égide du gouvernement en mars, préconise des améliorations sur ces différents aspects. Une trentaine d’entreprises l’ont signée, dont plusieurs grands noms du e-commerce : Amazon, Fnac, Darty, Carrefour, Cdiscount… Toutefois, le texte reste non contraignant, et les engagements manquent parfois de précision ou d’ambition.
E-commerçants et livreurs progressent dans le verdissement des flottes de livraison. Même si pour l’instant, les efforts concernent surtout les grandes villes. Amazon assure livrer plus de deux tiers des colis de façon décarbonée (véhicules électriques, vélos cargos) « dans des dizaines de villes françaises », citant Paris, Lyon, Toulouse et Nantes. De son côté, La Poste revendique « près de 70 % des colis distribués en faibles émissions dans les 22 plus grandes métropoles françaises ».
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Pour informer le client lors de sa commande, certains sites comme celui de la Fnac indiquent le poids en CO2 des différentes options de livraison. Un tel affichage est proposé, à titre « optionnel », dans la charte d’engagements. Sans aller jusqu’à afficher des chiffres, Amazon propose « plusieurs options permettant de réduire l’impact des commandes », comme une livraison plus tardive, selon un porte-parole. Toutefois, la communication du géant du e-commerce reste centrée sur la rapidité de livraison, argument sur lequel il a bâti son succès.
Mais la livraison finale, que les logisticiens appellent le « dernier kilomètre », ne fait pas tout. Les simulations sur ce maillon laissent de côté le transport des produits entre l’usine et l’entrepôt du commerçant. Or, pour les (nombreux !) produits venus d’Asie, un acheminement en avion s’avère bien plus coûteux, sur le plan climatique, qu’en bateau. Et la récente explosion de l’usage des plateformes chinoises Shein et Temu repose justement sur l’arrivée massive des colis par la voie des airs.
Par ailleurs, la fabrication d’un objet neuf présente un impact carbone bien plus lourd. Même pour un livre, la livraison à domicile « pèse » 0,63 kg d’équivalent CO2, contre 1 kg (soit près de deux fois plus) pour sa fabrication, selon le simulateur de l’Ademe. Et l’écart explose pour un smartphone dont la fabrication (85 kg d’équivalent CO2) est plus de 300 fois plus impactante que l’étape de la livraison à domicile (0, 25 kg CO2e). Un constat crucial à garder en tête alors que le e-commerce met à portée de clics n’importe quel produit, jusqu’aux plus futiles, contribuant à accentuer la frénésie consumériste.