EDITO - Le goût de la victoire

Durée de lecture : 4 minutes

19 mai 2014 / Hervé Kempf (Reporterre)

Depuis un mois s’est déroulée une série tout à fait surprenante d’événements. Vous ne voyez pas ?


Depuis quelques semaines, une série d’événements tout à fait surprenants, vraiment, vraiment surprenants, a eu lieu. Ca s’est passé sous nos yeux, et on n’a pas vu. Enfin, on l’a vu, mais le nez sur le guidon, sur le détail, on pouvait manquer la série. Vous ne voyez pas ? C’est simple : le mouvement social a remporté une série de victoires.

Non ? Si !

Tenez, relisez ces titres et ces articles :

- Une victoire à Lyon : la justice donne raison aux opposants du Grand Stade, 16 mai.

- Les faucheurs d’une vigne transgénique en Alsace sont relaxés par la justice

- Le tribunal correctionnel d’Argentan a ordonné la fermeture définitive du site de Nonant-le-Pin, 14 mai.

- L’épandage aérien de pesticides est enfin interdit, 8 mai.

- Les opposants aux OGM remportent une victoire en Conseil d’Etat et le Sénat vote l’interdiction de la culture du maïs transgénique, 5 mai.

- Le Panthéon échappe à la publicité, 5 mai.

- Le projet inutile d’Arena, promu par Vinci à Dunkerque, est abandonné, 30 avril.

- La Commission européenne siffle la fin de partie pour l’aéroport de Notre Dame des Landes, 18 avril.

- Première victoire au Testet, où le déboisement est repoussé à l’automne, 5 avril.

Alors ? Impressionnant, non ?

Eh bien oui, contre la sinistrose ambiante, contre le fatalisme du Front national et du dogme néo-libéral, contre la destruction de la planète, contre la tristesse et le pessimisme, ce qui se passe, c’est que non seulement, on lutte dans tous les coins, mais qu’on remporte des victoires !

Oui, oui, je sais, ce sont des petits pas, et presque nulle part, la victoire n’est définitivement acquise. Les capitalistes, les productivistes, les croissancistes n’ont de cesse de revenir à la charge et d’imposer leur volonté de détruire l’environnement - car il s’agit bien d’une volonté, il faut être clair -, d’abimer les liens sociaux, de réduire chacune et chacun à l’état de sujet obéissant à la marchandisation du monde, oscillant entre peur du chômage et désir de consommation cannibale.

Les OGM, il ne faut pas lâcher, Notre Dame des Landes, ce n’est pas gagné, l’artificialisation des sols, on n’arrive pas encore à inverser la vague, les économies d’énergie, on patine, l’autre monde, il peine à se mettre en place. Mais, mais, mais… On peut gagner des batailles !

"Nous n’étions que quatre"

Une phrase, pour se donner la pêche et du courage, celle du collectif Stop Arena : ”Lorsque nous avons organisé la première réunion contre l’Arena, nous n’étions que quatre personnes ! Lorsque nous rejetions l’idée de toute négociation avec Vinci, on nous prenait pour des illuminés ! Même si on est peu nombreux, qu’on a l’impression d’aller à contre-courant de l’opinion générale, il faut persévérer, et ne jamais douter qu’on peut aller jusqu’au bout !“

Et au bout, on peut y arriver. Pas toujours, pas forcément, mais on peut y arriver.

Juste un mot, aussi. Ces batailles, elles se gagnent aussi parce qu’elles se font connaître, parce qu’à Cavaillon, on sait ce qui se passe à Bayonne, parce qu’à Lyon, on apprend qu’un projet de stade absurde est mis à bas, parce qu’au Testet on suit la Zad de Notre Dame des Landes, parce qu’ici et là, l’information circule, et les réflexions, et les expériences. C’est pour ça qu’il est essentiel qu’existent des médias libres pour raconter ce qui se passe, comme on le fait à Reporterre, le "quotidien de l’écologie". On est fiers d’avoir relaté toutes ces luttes, et, on l’espère, d’être un outil utile aux uns et aux autres. On le fait avec les moyens du bord, et avec votre soutien, indispensable : l’information a un coût, et pour qu’on continue à raconter les victoires contre la destruction de la biosphère, vous pouvez aider à assurer cette information et à la diffuser.

Et puis, l’information est aussi une bataille, le terrain médiatique est aux mains des Niel, des Dassault, des Bouygues, des Lagardère. Et là aussi, tout seul face à eux, on ne peut pas grand chose. Les médias indépendants doivent aussi trouver les voies de la coopération. Et Reporterre participera le week-end prochain aux Rencontres des médias libres et de la presse de résistance. Parce que c’est unis que nous gagnerons.


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Source : Hervé Kempf pour Reporterre.

Image : Freepik.


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