Efficace et bon marché, l’homéopathie est la bête noire de l’industrie pharmaceutique

30 avril 2018 / Patrice Rouchossé

En France, les éleveurs sont de plus en plus nombreux à faire confiance à l’homéopathie, explique l’auteur de cette tribune. Il s’inquiète pourtant de la campagne menée en France et en Europe contre cette pratique médicale qui heurte les lobbys pharmaceutiques et certains « professionnels de santé ».

Patrice Rouchossé est vétérinaire. Il pratique l’homéopathie depuis 25 ans, au quotidien, auprès d’éleveurs de plus en plus nombreux, en recherche de solutions alternatives.


Pour de nombreux éleveurs, utiliser des remèdes homéopathiques plutôt que des médicaments de synthèse — antibiotique ou anti-inflammatoire — est devenu important. Ils y ont souvent été incités par le plan Ecoantibio, initié en 2012, dont l’objectif était la réduction d’utilisation des antibiotiques, en particulier les antibiotiques dits critiques, et qui a été l’occasion de chercher des solutions ailleurs : homéopathie, mais aussi huiles essentielles ou phytothérapie. En particulier pour les éleveurs de bovins dans les problèmes de mammites ou de panaris. Pour eux, la question d’un effet placebo ne se pose pas, seul compte le résultat.

Pourtant, aujourd’hui que ces médecines font leurs preuves et s’installent, la réaction se fait sentir avec un lobbying européen de la part des laboratoires pharmaceutiques visant à interdire leur utilisation. Actuellement, une des propositions est d’imposer un dossier d’Autorisation de mise sur le marché (AMM) à chaque médicament unitaire. Un dossier pour arnica, un pour belladona, etc. Cela reviendrait, bien sûr, à obtenir la faillite économique de l’homéopathie.

Les attaques contre l’homéopathie ne sont pas nouvelles. Mais leur nature est en train de changer. Lobbying à Bruxelles, appels à son interdiction en France, les opposants s’organisent et montrent les dents. L’appel, relayé dans Le Figaro le 19 mars, de 124 « professionnels de santé » (lien payant), est en tout point exemplaire dans le genre.

Le trou de la Sécu, parlons-en 

Les praticiens prescripteurs d’homéopathie y sont ainsi accusés de renier le serment d’Hippocrate, d’abuser de la naïveté des patients ou de pratiquer le charlatanisme. Mais aussi de pratiquer une médecine dangereuse et d’être responsable du trou de la Sécurité sociale ! Hé oui, il fallait y penser !

Le trou de la Sécu, parlons-en ! Aujourd’hui, l’aspect économique est important pour tout le monde. Récemment, un éleveur dont nous venions de soigner la mammite d’une de ses vaches par homéopathie me demandait :

Mais pourquoi veulent-ils interdire l’homéopathie puisque ça marche ?
— Combien te coûte une mammite en général ?
— Entre la perte de lait, la piqûre, les seringues, y’en a bien pour… Nom de dieu !…Tu veux dire que c’est ça… tes granules, c’est quelques euros, et en plus, pas de délai d’attente ! »

L’aromathérapie est l’art de soigner par les huiles essentielles. Celles-ci sont des extraits de plantes aromatiques obtenus par distillation.

L’homéopathie est bien un scandale aux yeux de nos « penseurs européens et nationaux », mais un scandale économique. Soigner un troupeau de bovins avec quelques granules diluées dans de l’eau, quel manque à gagner !

L’investissement que doit faire l’éleveur pour travailler avec l’homéopathie est un investissement en temps d’observation. Il n’existe pas un remède pour les mammites, par exemple. Pour chaque cas, l’éleveur devra observer son animal dans son ensemble et dans son environnement : la mamelle bien sûr : dure, souple, chaude, sensible, douloureuse… le lait : épais, aqueux, sanguinolent… mais aussi l’appétit de la vache, son éventuel changement de comportement, les changements de la météo ou de l’alimentation… Plus l’éleveur sera capable d’une observation fine, plus l’homéopathe aura de chances de trouver le remède adéquat. Le vétérinaire homéopathe ne peut travailler efficacement sans un éleveur observateur. Et c’est dans cet échange que réside la réussite finale.

Une médecine qui permettrait à chacun de fabriquer ses propres remèdes 

Nous sommes aujourd’hui à une période charnière pendant laquelle l’homéopathie, mais en fait tous les soins traditionnels, sont en danger de disparition à court terme. Il ne faut pas perdre de vue que dans plusieurs pays, l’interdiction d’utilisation de l’homéopathie est aujourd’hui une réalité. Aux États-Unis, qui comptaient au début du XXe siècle autant d’homéopathes que d’allopathes, dont Kent ou Hering, l’homéopathie est interdite aux médecins dans de nombreux États. Et ceux qui choisissent de la pratiquer sont rayés de l’ordre.

Le monde économique ne peut accepter cette concurrence d’une médecine qui permettrait à chacun de fabriquer ses propres remèdes. C’est aussi ce qui fait le succès de l’homéopathie dans tous les pays pauvres où l’accès aux médicaments est si difficile : Asie, Afrique, Amérique du Sud.

Et c’est enfin une médecine qui nécessite une écoute (ou une observation pour les vétérinaires) et une collaboration avec le patient ou l’éleveur. C’est dans une relation « non hiérarchisée », d’égal à égal, que s’effectue la consultation homéopathique. C’est peut-être aussi en cela que nos « sachants » la trouvent si dangereuse.

Médecine accessible à tous, l’homéopathie est une insulte au dieu Marché, et à la déesse Croissance, et à l’ego des élites.




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Lire aussi : Les médecines douces dans l’élevage, ça marche !

Source : Courriel à Reporterre

Photos :
. chapô : Pixabay (CC0)
. aromathérapie : © Faustine Sternberg/Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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