Élections municipales, la course à l’écologie

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14 février 2020 / Lorène Lavocat (Reporterre)



Les 15 et 22 mars prochains, les près de 36.000 communes françaises renouvelleront leur conseil municipal. Le discours de tous les candidats vire au vert pour de bonnes raisons mais l’écoblanchiment n’est jamais loin. Alors que s’impose l’urgence de la transition écologique et du renouveau démocratique, Reporterre vous aide à y voir clair dans les enjeux de ce scrutin.

Impossible d’y échapper. Sur les tracts ou les programmes, l’écologie s’affiche en épaisses couches vertes. Chaque candidat aux municipales y va de son pinceau écoresponsable, suivant une stratégie culinaire éprouvée : la fibre environnementale, c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale.

Si l’écologie s’épanouit ainsi sous les projecteurs électoraux, ce n’est pas sans raison. La dégradation des écosystèmes et les dérèglements climatiques sont étroitement liés à nos modes de transport, d’alimentation ou de construction. Autant de domaines qui dépendent directement des choix politiques locaux. La transition écologique passera donc par l’échelle communale… ou ne se passera pas. L’aventure s’annonce ardue — aucune commune n’agit suffisamment aujourd’hui pour rester sous les 1,5 °C — mais belle, à en croire les expériences enthousiasmantes d’ores et déjà menées par de multiples municipalités à travers la France [1].

Mais il s’agit également de préparer la résilience des territoires face aux conséquences du changement climatique. En 2018, notre chroniqueuse Corinne Morel Darleux, conseillère régionale en Auvergne-Rhône-Alpes, jugeait ainsi que sa « responsabilité d’élus [était] de prendre en compte [l’effondrement], et de ne pas laisser courir le risque aux populations de le subir sans préparation ni dispositifs d’adaptation ». Or, construire l’autonomie alimentaire ou énergétique de nos communes ne se fera pas en un jour. Le temps presse. À l’heure où les dérèglements s’accélèrent, des actions entreprises les six prochaines années dépendra notre capacité commune à faire face à la crise écologique. Du paysage politique sorti des urnes du 22 mars prochain dépendront les écosystèmes de demain.

L’heure est grave disions-nous, pourtant le spectacle que donne à voir nos partis a des airs de farce. Tant du côté des mesures — Alain Carignon, à Grenoble (Isère), promet un monorail à propulsion solaire ; dans la capitale, Benjamin Griveaux souhaitait un « Central Parc » à la place de la gare de l’Est — que des discours. La bataille pour la première place du podium biodégradable se fait en effet rude dans l’arène médiatique. Ainsi à Paris, Cédric Villani entend être « le premier maire véritablement écologiste de Paris » tandis que la maire sortante Anne Hidalgo assure, droite dans ses bottes en peau d’ananas, que la question climatique sera le « socle de [son] projet ». Dans cette course au « plus écolo que moi tu meurs », les Verts ont beau jeu de rappeler qu’ils étaient là les premiers, à l’instar du candidat parisien, David Belliard : « Tout le monde dans cette campagne [fait] de l’écologie, on se croirait dans l’émission “L’écologie a un incroyable talent” », ironisait-il en début de campagne.

Nombre de citoyens s’emparent donc de la boussole démocratique 

Porté par ce vent favorable, le parti écolo se sent pousser des pales d’éolienne, et espère s’ancrer solidement dans plusieurs villes françaises. EELV ne cache pas ses ambitions : remplacer la social-démocratie dans le mix énergétique de la gauche française. Sur les mêmes terres urbaines que les écolos, la République en marche dit vouloir semer les graines du macronisme de demain. Mais depuis quelques semaines, à grand renfort de « circulaires Castaner », la majorité s’agite plutôt en mode pompier, en vue de limiter une moisson catastrophique. Quant au Rassemblement national, il parfait sa recette « localiste » : un peu d’environnement et beaucoup d’immigration, le tout enrobé de protectionnisme.

Dans cette foire bio, une maire n’y trouverait pas ses petits ! Pour ne pas s’y perdre, nombre de citoyens s’emparent donc de la boussole démocratique. Dans la foulée fluorescente des Gilets jaunes, l’aspiration participative — municipaliste même — semble n’avoir jamais été aussi forte. Les listes citoyennes ont le vent en poupe, insinuant leur souffle révolutionnaire jusque dans les appareils partisans engourdis. L’exigence sociale et démocratique se fait d’autant plus forte que les choix politiques à faire pour enrayer la crise écologique seront radicaux et difficiles. Car il faudra bien limiter la voiture individuelle, stopper l’étalement urbain (donc les constructions de maisons pavillonnaires), diminuer drastiquement notre consommation de viande et d’eau. Ces mesures ne seront liberticides que si elles sont faites sans les plus pauvres, et sans le plus grand nombre. La transition écologique des territoires ne se fera pas sans démocratie ni justice sociale.

Autant de raisons pour lesquelles Reporterre s’intéresse de près à ces élections municipales. D’ici au 23 mars, il s’agira pour nous d’étudier les enjeux, d’analyser les stratégies, d’ouvrir le débat et d’entretenir la boîte à idées. Pour vous donner des clés de compréhension et des pistes de réflexion. Car, à condition d’être pleinement populaires et participatives, ces élections sont une formidable occasion d’accélérer la transition écologique. Une de celles qui ne se présentent qu’une fois par décennie (ou presque).

Dans les prochaines semaines, on vous prépare, entre autres : un « guide » pour mesurer les programmes écolos des candidats ; des bilans de fin de mandat à Paris, Grenoble et Saillans ; une plongée dans la pensée municipaliste, toujours vivace ; une enquête sur les politiques écolos des maires d’extrême droite ; un reportage à la rencontre des maires ruraux ; une analyse sur l’influence des luttes de territoire dans ces élections municipales…






Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Dessin : © Red !/Reporterre

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