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Luttes

En Bretagne, ils s’unissent contre le lobby agroalimentaire

Vingt-sept syndicats, associations et chercheurs se sont unis le 1er février dans le Morbihan pour créer la Coordination pour une agriculture paysanne sociale et environnementale en Bretagne. Objectif : peser contre le lobby agroalimentaire régional.

Rennes, correspondance

Ce sont des militants aguerris qui ont décidé, mardi 1er févier à Guéhenno, dans le Morbihan, d’unir leurs forces et leurs compétences pour développer des modèles agro-environnementaux plus respectueux du vivant, une alternative au modèle productiviste breton. Le nom de la nouvelle structure : la Coordination pour une agriculture paysanne sociale et environnementale en Bretagne.

Ces militants ont l’expérience des victoires comme celle contre Triskalia, entreprise agroalimentaire condamnée pour avoir intoxiqué ses salariés aux pesticides ; ou celle contre un poulailler géant à Langoëlan, dans le Morbihan. Ils ont aussi de l’endurance et des années de mobilisation derrière eux, comme sur la lutte contre les algues vertes ou la campagne des pisseurs de glyphosate.

« En août dernier, on s’est retrouvés à l’université d’été des mouvements sociaux, se rappelle René Louail, militant paysan écologiste de longue date. La salle était pleine à craquer et les gens nous ont dit : “Vous ne pouvez pas vous arrêter, il faut aller plus loin.” On ne s’attendait pas à voir une force aussi importante dire “Allons-y”. Alors, c’est ce qu’on a fait. »

Algues vertes à Saint-Brieuc, dans les Côtes-d’Armor. © Julie Lallouët-Geffroy/Reporterre

L’union fait la force, dit-on, et Serge Le Quéau, militant au syndicat Solidaires, très mobilisé dans le scandale de Triskalia, confirme le dicton : « Nous avons gagné le combat contre Triskalia, car nous avions rassemblé des soutiens très larges. C’est exactement ce que l’on fait avec la Coordination, nous rassemblons des syndicats, des associations, mais aussi des scientifiques. Nous structurons la résistance. Nous sommes un lobby, mais transparent et démocratique. »

L’« enjeu crucial » : l’installation de paysans

« C’est extraordinaire qu’un mouvement aussi large porte un projet d’agriculture paysanne, et que nous parlions d’une seule voix : forte et unie », se félicite René Louail. La Coordination veut mettre en place un observatoire régional des politiques agroalimentaires et environnementales pour « monter le niveau d’expertise et être force d’analyses détaillées et de propositions », mais aussi « croiser les savoirs des savants et les savoir-faire des militants », complète Serge Le Quéau. Autres objectifs : interpeller les acteurs régionaux, organiser des débats publics sur les grands enjeux agricoles, et installer massivement des paysans. « C’est un enjeu crucial, qui passe par l’ouverture des robinets pour financer les formations à l’installation », souligne Julien Hamon, maraîcher et porte-parole de la Confédération paysanne du Morbihan. Des formations financées par la Région, qui sont « trop peu nombreuses, faute de moyens financiers suffisants », estime-t-il.

Entre 2010 et 2020, la Bretagne a perdu un quart de ses exploitations tout en conservant ses surfaces agricoles. Le recensement agricole montre « une diminution des micro, petites et moyennes exploitations ». Avec une vague de départs en retraite d’ici dix ans, le président de la Région, Loïg Chesnais-Girard (Parti socialiste, PS), a promis en octobre dernier d’installer 1 000 agriculteurs par an, lors du lancement des états généraux de la transmission et de l’installation. Une promesse qui exige des moyens, mais aussi de la diversité, assène Julien Hamon, qui s’agace de voir les Jeunes agriculteurs, organisation liée à la la FNSEA — le syndicat majoritaire —, intervenir dans les centres de formation, mais pas les membres des autres syndicats, malgré des demandes répétées.

La Coordination annonce dans sa déclaration vouloir « imposer, dans de brefs délais, une nouvelle politique qui favorisera une agriculture véritablement nourricière, paysanne et biologique, créatrice d’emplois de paysan·ne·s et de salarié·e·s. Cette politique fondée sur l’accroissement du nombre des exploitations à taille humaine contribuera à enrayer la désertification des zones rurales et favorisera le secteur coopératif respectueux des valeurs de l’économie sociale et solidaire ».

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