En Nouvelle-Calédonie, de nouvelles aires marines critiquées
- Wikimedia Commons/CC BY-SA 4.0 Deed/Laigle karl
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Une bonne nouvelle… qui l’est un peu moins dans le détail. Le 19 octobre, le gouvernement de Nouvelle-Calédonie a voté la création de 105 000 km² de nouvelles réserves marines. 10 % de ses eaux sont désormais sous « protection stricte », c’est-à-dire préservées de toutes les formes d’activités extractives, et donc salutaires pour la biodiversité. De quoi se réjouir pour la myriade de requins, de baleines et d’oiseaux marins qui en dépendent. Seul bémol : ces réserves ont été sciemment placées dans des zones où les pêcheurs industriels n’opèrent pas, révèle Bloom dans un rapport publié le 6 décembre.
L’association a analysé 135 000 lignes de données satellites relatives à l’effort de pêche dans la zone depuis 2021, obtenues via la plateforme Global Fishing Watch. Cela correspond à un total de 130 479 heures de pêche.
Résultat : « Ces nouvelles réserves ont été placées de façon à ne pas déranger les intérêts en place des industriels. Ça protège des écosystèmes exceptionnels de destructions futures, mais ça n’aura aucun impact sur l’effort de pêche actuel », regrette l’auteur de ce rapport, le biologiste marin Raphaël Seguin. Une stratégie assumée par le gouvernement de Nouvelle-Calédonie : dans le rapport du projet d’arrêté, il justifiait le choix des zones d’implantation des nouvelles aires par sa volonté de « ne pas impacter significativement les résultats économiques de la filière ».
Éviter consciencieusement les zones de pêche pourrait limiter l’efficacité de ces réserves marines. La pêche est la première cause de destruction de l’océan, selon les experts du « Giec de la biodiversité » (ou IPBES). Et si les méthodes de pêche les plus néfastes — comme le chalut, la senne, la drague ou les lignes de traîne — sont interdites depuis 2014 dans les eaux néo-calédoniennes, une vingtaine de palangriers mesurant entre 20 et 30 mètres de long continuent d’y opérer.
Ils pourraient avoir des effets notables sur l’environnement : une étude de 2021 cite la surpêche, au cours des cinq dernières années, parmi les causes possibles du déclin « catastrophique » des oiseaux marins dans la région. Une autre estime qu’elle menace les écosystèmes coralliens locaux, qui font partie des plus intacts au monde.
Si ces nouvelles réserves restent une « une bonne nouvelle » pour les écosystèmes marins, Bloom regrette que la Nouvelle-Calédonie ne cible pas ses efforts de protection « là où ils sont pourtant le plus urgent ». Une stratégie courante en France : dans un précédent rapport, l’association avait montré que 47 % de la pêche industrielle de l’Hexagone avait lieu dans des zones supposément protégées, au mépris des recommandations scientifiques.