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ReportageLuttes

En Haute-Provence, des militants envahissent le chantier d’un parc photovoltaïque

Le 19 mars 2024, des militants ont stoppé le chantier de construction d'une centrale photovoltaïque dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Ils ont entraîné l’arrêt d’une énorme machine : le 19 mars, une dizaine d’activistes s’est rendue sur le chantier d’une centrale photovoltaïque à Montfort, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Ils dénoncent le défrichage de 11 ha de forêt.

Montfort (Alpes-de-Haute-Provence), reportage

« Quelle autre solution avons-nous que de mettre nos corps face aux machines pour les empêcher de continuer leurs dégâts irréversibles ? » Sylvie n’en est pas à sa première action de défense de la montagne. Mardi 19 mars au matin, elle faisait partie de la dizaine de militants réunis sur le chantier de construction d’une centrale photovoltaïque à Montfort (300 habitants), dans les Alpes-de-Haute-Provence. Pierrot Pantel, chargé de mission juridique à l’Association nationale pour la biodiversité, estime que 1 000 hectares sont ou vont être affectés par ces projets dans le département.

L’un des militants s’est enchaîné, vers 11 heures, à la foreuse qui perce la montagne pour créer un large passage aux immenses engins de l’entreprise de BTP Manitou. Le numéro d’une avocate a été inscrit au feutre sur son avant-bras, en cas de garde à vue. Les conducteurs de la machine, sur laquelle a été déployée une banderole du nom de leur collectif — Elzéard, Lure en résistance — ont aussitôt coupé les moteurs. A suivi une discussion entre les ouvriers de ce chantier d’Engie Green, protégé par l’entreprise de gardiennage Edy Sécurité, et les militants du collectif et de la branche locale du Groupe national de surveillance des arbres.

Ces derniers, assurent-ils, ne sont pas contre les énergies renouvelables mais souhaitent qu’ils soient posés sur des surfaces déjà anthropisées. Tous tentent d’imaginer des tactiques de résistance sur le terrain pour lutter contre ces projets destructeurs.

Un « éveil des consciences »

Moins de deux heures plus tard, les militants et les quatre gendarmes arrivés sur le site étaient repartis. Les opposants ont arpenté les terres déboisées afin de montrer aux journalistes les effets concrets d’un tel chantier : un désert de brindilles et quelques grosses souches, seuls vestiges d’une forêt encore pimpante avant que le chantier commence, en octobre dernier. « À force de faire des actions contre la destruction de la nature et du vivant, on crée un éveil des consciences », espère un militant.

Car la centrale va s’étendre sur 10,5 hectares — dont 50 000 m2 de panneaux solaires — et nécessite le défrichage et le débroussaillage d’une vingtaine d’hectares de forêt, au nom de la « nécessaire transition énergétique », comme l’écrit le rapport de l’enquête publique. Cinquante-neuf espèces protégées sont déjà affectées par les travaux, a calculé Pierrot Pantel, ancien inspecteur de l’environnement et ingénieur écologue.

Construire la centrale nécessite le défrichage d’une vingtaine d’hectares de forêt. Elzéard, Lure en résistance

Ce n’est pas la première fois que des écologistes se mobilisent contre ces mégaprojets photovoltaïques dans le département. Sylvie, l’une des « gardiennes de Lure » — montagne emblématique en Haute-Provence — avait été condamnée en février dernier pour s’être allongée devant des engins de chantier commandés par la multinationale canadienne Boralex pour la construction d’un parc photovoltaïque à Cruis.

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