Jardiner avec les enfants : cinq conseils pour se lancer
Une enfant dans un village vers Alès, dans le Gard. Jardiner avec son enfant apprend la « patience, la saisonnalité et le partage ». - © Marie Astier / Reporterre
Une enfant dans un village vers Alès, dans le Gard. Jardiner avec son enfant apprend la « patience, la saisonnalité et le partage ». - © Marie Astier / Reporterre
Durée de lecture : 8 minutes
Contact avec la nature, apprentissage de la patience... Jardiner avec les enfants a mille vertus. Que vous ayez un espace extérieur ou non, voici cinq conseils faciles pour vous lancer, donnés par des animatrices nature.
Une journée à se gaver de cerises cueillies à même l’arbre, des siestes toujours à l’ombre du même micocoulier, le goût des tomates cerises chipées dans le potager… « Qui n’a pas un souvenir lié à son enfance et au jardin ? » interroge Ghislaine Deniau. Animatrice nature, autrice d’un ouvrage sur le jardinage avec les enfants, elle aide écoles et centre aérés à créer leur potager. Des expériences remplies d’émotions pour les enfants, et pleines d’apprentissages.
« Jardiner remet en contact avec son corps, fait travailler la motricité fine et globale », énumère Ghislaine Deniau. Les plus petits doivent marcher sur un sol inégal ou dans les hautes herbes, manipuler des petites graines, mettre les mains dans la terre.
« Cela fait aussi travailler les compétences sociales », dit Laurie Aubanel, qui accompagne aussi la création de potagers en milieu scolaire avec son association Plumes et Graines. « Comme la patience, la saisonnalité et le partage, car je jardine avec plusieurs enfants. Les plus grands, cela leur apprend à réfléchir à “pourquoi ma plante a été mangée, qu’est-ce qui s’est passé, comment faire pour limiter cela ?” » Se rendre compte que l’on est capable de faire pousser des plantes renforce aussi « la confiance, l’estime de soi », ajoute Marie-Laure Girault, codirectrice du Frene — un réseau d’éducation à l’environnement.
« C’est enfin passer du temps dehors, en contact avec la nature », insiste Ghislaine Deniau. Bref, pour celles et ceux qui le pratiquent, l’intérêt de jardiner avec les enfants n’est plus à démontrer… Mais par où commencer ? Reporterre a listé cinq conseils utiles aussi bien pour jardiniers d’appartement que de plein air.
1 — S’adapter à chaque âge
Il n’y a pas d’âge pour s’y mettre. Mais avant 18 mois, le jardin est surtout un espace de découverte sensorielle. C’est le pari qu’a fait l’association Ecophylle, à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne). Sur 60 mètres carrés, elle a créé un petit jardin dédié avant tout aux assistantes maternelles et donc aux tout petits. « On a planté des plantes aromatiques qu’ils peuvent sentir, et un espace dédié avec matières différentes — sable, gravillons, galets — dans lesquelles les enfants peuvent toucher, marcher », dit Clément Charleux, codirecteur de l’association.
Puis, « à partir de 2 ans, on peut faire de petites plantations, arroser », dit Laurie Aubanel. C’est aussi l’âge des premières expériences, comme celle, classique, qui consiste à faire pousser des lentilles dans un bocal avec du coton. Attention, à cet âge-là, « ils ont envie d’arracher, de mettre les mains dans la terre », avertit l’animatrice. L’envie d’explorer peut vite créer des dégâts. « Alors je conseille de leur laisser un espace où ils peuvent se défouler. » Pas besoin que ce soit grand : un pot sur le balcon, un mètre carré au jardin, voire moins, suffisent.
« Jusqu’à 8 ans les enfants sont assez naturellement attirés par les activités comme planter, arroser, désherber », a remarqué Ghislaine Deniau. « Puis à partir de la pré-adolescence, ils commencent à traîner la patte. Avec des plus grands, je propose donc des activités plus compliquées de bricolage : cabane, composteur. » Reste une activité qui fonctionne avec « tous les âges, même les lycéens », poursuit-elle. « La récolte et la dégustation ! J’ai fait des dégustations de légumes crus où ils étaient ébahis de tous ces goûts. »
2 — Accepter de se salir
« Combien de fois j’entends “touche pas c’est sale !” » se lamente Laurent Bureau. « Non, ce n’est pas sale ! » s’exclame le retraité. Résident de Château-Thierry, il a eu l’idée il y a deux ans d’ouvrir son jardin aux écoliers avoisinants. Il a créé une association, Jardins d’enfants, incitant les jardiniers de toute la France à s’inscrire en ligne et faire de même.
Au centre aéré, « cela arrive que certains enfants arrivent le matin avec une jolie robe », note de son côté Ghislaine Deniau. Difficile dès lors de leur proposer d’aller patouiller dans la terre et l’eau. Pour que les enfants puissent pleinement profiter de l’activité, il vaut donc mieux prévoir des vêtements adaptés. Voire un grand plastique dans le salon en cas d’appartement sans terrasse.
« Transmettre un regard de curiosité plutôt que de prédation »
Nos deux passionnés de nature expliquent aussi lutter contre « la peur des petites bêtes, souvent transmise par les parents », constate Ghislaine Deniau. « Dans mon jardin, il y a des réserves d’eau avec des nénuphars, des libellules », raconte Laurent Bureau. « Avec une épuisette, je leur ai sorti des têtards et des larves de libellule. Ça leur a fait peur. »
Dans le même temps, combattre l’appréhension reste facile à ces âges. « Les animaux, c’est ce qui les intéresse le plus au jardin », a-t-il constaté. Un escargot ou une limace suffisent à créer l’attraction. « L’enjeu est de transmettre un regard de curiosité plutôt que de prédation, de domination de la nature », explique Clément Charleux.
3 — Se faciliter la tâche
Mieux vaut voir petit que de risquer d’abandonner en cours de route, lassé de tant de désherbage et d’arrosage. « Il est possible de commencer par une jardinière ou même une plante en pot », dit Ghislaine Deniau. « La graine de tomate, c’est déjà tout un petit monde. » Elle insiste sur la nécessité d’installer le coin jardinage « sous les yeux des enfants », afin de les aider à penser aux soins réguliers.
Il faut aussi « choisir des plantes faciles », dit Laurie Aubanel. « Salades, tomates, fraisiers, radis de dix-huit jours car cela pousse vite... » Pour que l’arrosage ne vire pas à l’inondation, elle conseille un vaporisateur plutôt qu’un arrosoir. « Les fèves et les haricots sont de grosses graines faciles à manipuler », ajoute Ghislaine Deniau. « Les courgettes aussi c’est facile, mais ça prend de la place ! » Côté fleurs, elle cite les capucines et les cosmos.
Les aromates sont recommandés par tous nos interlocuteurs, dehors comme en appartement : menthe, lavande, mélisse, thym, sauge, romarin. Ils demandent moins d’attention « sauf le basilic et le persil qui sont plus fragiles », avertit Laurie Aubanel.
« Si on a un balcon, les tours à pomme de terre fonctionnent bien aussi, la récolte a un côté chasse au trésor », dit encore l’animatrice. En revanche, si on n’a pas de balcon, mieux vaut éviter les légumes nécessitant une pollinisation (tomates et haricots par exemple).
Enfin, pour mettre toutes les chances de son côté, l’animatrice de Plumes et Graines recommande de prendre des graines récentes, avec encore une bonne qualité germinative et du terreau frais, plein de nutriments pour nos petites pousses.
4 — Persister sur le long terme
C’est l’une des principales contraintes du jardinage. Une fois l’atelier semis effectué, c’est très loin d’être terminé ! Voilà pourquoi il faut commencer petit, et « ne pas vouloir trop bien faire », dit Ghislaine Deniau. Vous n’aurez pas un potager parfait dès la première année… Ni jamais d’ailleurs ! « Il faut dédramatiser le fait de ne pas savoir faire, on peut apprendre avec son enfant », explique-t-elle. D’ailleurs, même un échec, en cherchant à l’expliquer, est une occasion d’apprendre.
Il faut aussi prévoir que « les enfants vont parfois être moins intéressés, oublier la plante », dit-elle. Dans ces périodes, « il faut accepter de prendre le relais. Notamment pour ne pas faire du jardinage une activité rébarbative et obligatoire ». En persistant, le parent montre l’exemple et « rappelle que le potager demande de la patience. C’est intéressant dans une société de l’immédiateté », pense Marie-Laure Girault.
Des efforts récompensés par les progrès des enfants. « Assez rapidement, ils sont dans le prendre soin. Ils se disent entre eux ou aux adultes : “attention, là, t’as marché sur telle ou telle plante” », a-t-elle observé.
5 — Ne pas compter que sur les parents
Trouver l’espace et le temps de jardiner n’est pas donné à tout le monde. Pour lutter contre les inégalités, « il est important de faire du jardinage avec des enfants dans les lieux éducatifs tels que les écoles ou les centres de loisir », insiste la responsable du réseau Frene.
Donner la possibilité aux enfants de jardiner est donc aussi une affaire de choix politique. Car le jardinage ne forge pas que de jolis souvenirs familiaux, il contribue aussi à « amener les futurs citoyens à comprendre dans quel monde on vit, et comment vivre sur cette planète dans des conditions acceptables et soutenables », estime-t-elle.
Quelles activités cet été ?
L’idéal est de commencer au printemps par des semis que l’on suivra jusqu’à la récolte. Si vous avez raté le coche, pas de soucis, cet été vous pouvez quand même mener quelques activités.
Par exemple, laissez votre enfant choisir une plante dont il sera responsable de l’arrosage, organiser une activité paillage pour limiter les besoins en eau au jardin, et bien sûr si vous avez la chance d’avoir des récoltes, le faire participer à la cueillette puis à la préparation des fruits et légumes du jardin. Vous pouvez aussi observer les papillons, insectes, oiseaux et autres habitants du jardin.
Quelques livres sur le sujet
- Les enfants ! Vous venez jardiner ?, Ghislaine Deniau, ed. Terre Vivante, 2017
- Jardiner au naturel avec les enfants, coll., Graine IDF, 2023
- Le grand livre de jardinage des enfants, Caroline Pellissier, Virginie Aladjidi, Elisa Géhin, ed. Thierry Magné, 2017