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Énergie

Énergie : RTE présente son scénario de sobriété, Macron n’est pas intéressé

Des capteurs d'énergie solaire d'une école primaire à Langouët (Bretagne), en 2006.

Le gestionnaire du réseau RTE a détaillé deux nouveaux scénarios de mix électrique à l’horizon 2050 : la « sobriété » et la « réindustrialisation profonde ». Emmanuel Macron a choisi le second.

RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité haute tension, a dévoilé mercredi 16 février ses derniers scénarios de mix énergétique pour 2050 — les tant attendus scénarios de « sobriété » et de « réindustrialisation profonde ».

Ces derniers sont venus compléter les mix énergétiques présentés en octobre 2021. L’objectif était de présenter les différents scénarios possibles permettant de garantir la sécurité d’approvisionnement et d’atteindre la neutralité carbone — c’est-à-dire un équilibre parfait entre les émissions de gaz à effet de serre et leur absorption par des puits de carbone tels que la forêt, les sols, etc. — d’ici la moitié du siècle, conformément aux engagements climatiques de la France.

Ce qui change, ce sont les trajectoires de consommation étudiées. Les mix présentés en octobre correspondaient à la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), définissant la trajectoire dite « de référence » de l’évolution de la consommation électrique, qui prévoit d’atteindre 645 térawattheure (TWh) en 2050. Et c’est sur cette base incomplète que les médias avaient alors discuté et que M. Macron avait pu annoncer la construction de nouveaux réacteurs début novembre. Dans le complément publié le 16 février, RTE a approfondi deux autres trajectoires : une trajectoire dite « de sobriété », visant 555 TWh à la moitié du siècle, et une autre dite de « réindustrialisation profonde », visant 745 TWh. « Ces nouvelles conclusions complètent nos dix-huit enseignements du 25 octobre, elles ne s’y substituent pas et ne les contredisent en rien », a assuré Xavier Piechaczyk, le président du directoire, lors d’une conférence de presse.

Le scénario de sobriété décrit « une inflexion structurelle qui porte sur les modes de vie », notamment sur la question du logement, du travail, des déplacements et de la production de biens. « Cette évolution des consommations permet de soulager la contrainte sur les capacités de production de renouvelables nécessaires », souligne RTE. En clair, ce scénario nécessiterait moins d’éolien terrestre et marin, moins aussi de solaire photovoltaïque, que celui de référence. Mais l’implantation de renouvelables sur le territoire français devrait tout de même s’accélérer. « Et notamment dans les mix “100 % énergies renouvelables” qui restent assujettis à des rythmes significativement plus élevés de déploiement des renouvelables que ceux observés aujourd’hui », explique RTE.

Le choix de Macron : la consommation maximale

Quant au scénario de réindustrialisation profonde, il correspond à une hausse significative de la part de l’industrie dans le PIB français : 12 % en 2050 au lieu de 10 % dans le scénario de référence. « Il ne s’agit pas d’un retour aux années 1980 », prévient néanmoins Thomas Veyrenc, directeur exécutif de RTE chargé du pôle Stratégie, prospective et évaluation. « Ce scénario a été construit pendant la crise sanitaire, à un moment où la vulnérabilité du pays aux chaînes d’approvisionnement mondialisé était patente. La réindustrialisation est sélective et porte sur certains secteurs stratégiques : l’électronique, les batteries, la chimie, les médicaments, certains secteurs fortement exposés à la concurrence internationale. »

Le scénario de sobriété « permet de soulager la contrainte sur les capacités de production de renouvelables nécessaires ». Pixabay / CC / CarineH

Ces filières restent néanmoins très gourmandes en électricité. Le scénario de réindustrialisation implique une hausse de 60 % de la consommation électrique en 2050 par rapport à aujourd’hui. D’où la nécessité de « dépasser largement les capacités installées renouvelables prévues dans le scénario de référence ». Autre levier identifié : prolonger l’exploitation des réacteurs nucléaires existants « pour permettre au mix de couvrir une consommation plus importante, maximiser la production d’électricité décarbonée à moyen terme et fournir des marges au système électrique », note RTE.

Ces scénarios ne sont pas exclusifs et il est possible de combiner sobriété et réindustrialisation, prévient Xavier Piechaczyk. « Il faut voir ces scénarios comme des explorations de deux mondes très différents dont nous avons tenté de tirer des conclusions », explique Thomas Veyrenc.

10 milliards d’économie avec la sobriété

Sur le plan économique, la sobriété offre un avantage substantiel, de l’ordre de dix milliards d’euros par rapport à la trajectoire de référence, du fait d’une moindre consommation. Cette diminution des coûts porte sur l’ensemble des volets production, flexibilité et réseau, souligne RTE. « Dès lors que nous consommons moins, le système électrique n’a pas besoin d’être aussi bon », résume Xavier Piechaczyk. À l’inverse, le scénario de réindustrialisation nécessite dix milliards d’euros supplémentaires par rapport au scénario de référence en raison de besoins énergétiques accrus. Le coût au mégawattheure reste toutefois similaire quel que soit le scénario de consommation envisagé, selon les experts. Il reste principalement dépendant du mix électrique choisi et variera entre 0 et + 30 %.

D’un point de vue environnemental, les actions de décarbonation du système électrique permettront de diminuer la pollution atmosphérique, grâce à la transformation de secteurs polluants (transports, industrie, chauffage résidentiel, et tertiaire). Mais les besoins en métaux critiques et notamment sur en nickel, cobalt et lithium (tous les scénarios) et en cuivre (tous les scénarios et notamment 100 % renouvelables) constitueront de nouveaux enjeux géostratégiques. « Favoriser le recyclage constitue une mesure importante pour atténuer les pressions sur l’approvisionnement des ressources critiques », indique RTE. Mais contrairement à ce qui est souvent avancé, « le choix du scénario — 100 % renouvelables ou nucléaire — n’est pas de premier ordre dans la consommation de ressources et métaux critiques », selon Thomas Veyrenc, du fait de la numérisation de la société.

La présentation des résultats de RTE intervient une semaine après les déclarations d’Emmanuel Macron à Belfort. Le président de la République y a confirmé le projet de construire six EPR2 — la version simplifiée de l’EPR de Flamanville —, ainsi que le lancement d’études pour la construction de huit EPR2 « additionnels ».

L’actuel président de la République a choisi l’hypothèse maximaliste de réindustrialisation, s’appuyant sur un scénario qui n’avait pas été publié au moment de son annonce. Le président bientôt candidat souhaite ainsi une hausse de la consommation électrique de l’ordre de 60 % à l’horizon 2050.

Emmanuel Macron a également mis un milliard d’euros sur la table pour le développement de petits réacteurs modulaires (SMR) et de « réacteurs innovants capables de fermer le cycle du combustible et produire moins de déchets », par le truchement de son programme de réindustrialisation France 2030. Concernant le parc actuel, il a affirmé sa volonté de « prolonger tous les réacteurs qui peuvent l’être ». Des annonces qui rappellent les deux scénarios de référence de RTE qui misent le plus sur l’atome : l’un, dit N2, implique la construction de nouveaux réacteurs, et l’autre, dit N03, prévoit en plus le prolongement de l’utilisation des centrales nucléaires existantes.

« Il est urgent de débattre des chemins de transition, y compris de la sobriété »

Si le directeur du directoire estime que « ce n’est pas à RTE de commenter les décisions politiques », il se réjouit toutefois que « des orientations politiques soient prises ». « Nous estimons que nous avons fait notre travail pour que le débat public puisse se dérouler et que les orientations puissent être prises. »

À l’instar d’Emmanuel Macron, les prétendants à l’Élysée ont commencé à esquisser leurs ambitions en matière énergétique. Fabien Roussel (Parti communiste) ou Valérie Pécresse (Les Républicains) misent également sur l’atome, quand Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) ou Yannick Jadot (Europe Écologie-Les Verts) prônent la sobriété énergétique et les énergies nouvelles, avec la sortie du nucléaire.

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