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ReportageMunicipales 2026

« Je promeus une écologie heureuse » : un militant contre le chlordécone réélu maire

Harry Durimel, le maire écologiste de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, le 20 mars 2026.

Municipales — Largement réélu maire de Pointe-à-Pitre le 15 mars, cet avocat guadeloupéen, impliqué dans la lutte contre le chlordécone, est un militant de la cause environnementale depuis vingt ans.

Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), reportage

Il fallait le voir, tout sourire dans les rues de Pointe-à-Pitre, le dimanche 15 mars à l’annonce des résultats du premier tour des municipales en Guadeloupe. Harry Durimel, largement réélu avec 57,47 % des suffrages [1] avec sa liste divers écologiste, chantant et dansant en compagnie des Pointoises et Pointois pour fêter l’événement. Chemise verte et petites lunettes rondes, l’édile de 68 ans, né à Morne-à-l’Eau, conserve non seulement la confiance de la population, mais atteste du virage vert pris par la capitale économique de la Guadeloupe.

Car Harry Durimel est un écologiste convaincu, depuis toujours : « J’ai plus de vingt ans de militantisme derrière moi », nous dit-il tout sourire dans son bureau de maire. Il est d’ailleurs le seul édile écologiste de tout le bassin caribéen. Les enjeux environnementaux sont pourtant nombreux dans cette région du monde qui figure parmi la liste des 36 points chauds en matière de biodiversité.

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« L’écologie est encore vue comme trop élitiste avec beaucoup d’interdits. Moi, je promeus une écologie heureuse, explique-t-il. L’idée n’est pas de dire qu’il faut être les conservateurs d’une belle nature en ne touchant à rien, mais plutôt d’avoir conscience que l’on peut exploiter notre biodiversité tout en la préservant, afin de léguer quelque chose aux générations futures. »

Scandale du chlordécone

Avocat de formation, Harry Durimel a été de toutes les luttes pour la préservation de l’environnement en Guadeloupe. Pollution de la Grande Rivière à Goyaves par l’usine Bonne-Mère. Mobilisation contre l’implantation d’un hôtel cinq étoiles avec terrain de golf de dix-huit trous sur l’habitation Roussel, à Marie-Galante. Démarches judiciaires contre la pollution générée par la distillerie Bologne à Baillif… Le sexagénaire a été de presque tous les combats, dont un toujours en cours : celui du scandale du chlordécone, qu’il a porté, avec des associations et d’autres confrères, devant les tribunaux en 2006.

Ce pesticide utilisé dans l’agriculture antillaise entre 1972 et 1993, classé « cancérigène possible » par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) depuis 1979, est encore présent dans les sols et les eaux antillaises. Il est responsable d’une épidémie de cancers en Guadeloupe et en Martinique, notamment de la prostate (environ 220 cas pour 100 000 habitants aux Antilles, contre 90 cas sur 100 000 en Hexagone).

Si un non-lieu a été prononcé en 2023 par le tribunal de grande instance de Paris, Harry Durimel fait partie de ceux qui ont saisi la cour d’appel de Paris, qui rendra sa décision le 22 juin 2026.

Harry Durimel a longuement milité contre le chlordécone. En 2006, il a porté le scandale devant les tribunaux, avec des associations et confrères. © Sandrine Gueymard / Reporterre

Régime budgétaire

Le maire de Pointe-à-Pitre garde toujours un œil sur cette affaire, malgré ses missions d’élu local et de gestionnaire capable de remettre les finances de la ville au vert. « Pendant six ans, j’ai été un maire mendiant. En arrivant au pouvoir en 2020, la ville affichait une dette de 75 à 80 millions d’euros. Au bout de six mois, j’ai constaté que les deux tiers des agents publics de la ville n’avaient aucune compétence. Certains écrivaient “papa” avec trois “p”. Nous étions face à une accumulation d’emplois fictifs liés au clientélisme pratiqué par l’ancien maire. Nous avions près de 700 fonctionnaires pour la ville quand la Cour régionale des comptes estimait qu’une commune comme Pointe-à-Pitre n’avait besoin que de 400 agents. »

Pour se désendetter, la ville a signé en 2022 un contrat de redressement en outre-mer (Corom), renouvelé pour la période 2024-2026. Ce dernier garantit un accompagnement financier et humain de l’État pour remettre sur de bons rails les finances de la commune.

Une politique qui s’est faite dans la douleur pour la ville : « Aucun investissement n’a été fait durant la mandature. L’état des routes et des bâtiments publics est déplorable, juge François Pellecuier, ex-adjoint de Harry Durimel lors de sa première mandature. Pointe-à-Pitre perd entre 1 000 et 1 500 habitants tous les ans, et la fiscalité locale augmente. Est-il normal que la taxe foncière soit plus élevée ici qu’à Paris ? » La part communale de la taxe foncière s’élève à Paris à 20,50 %, contre 72,81 % en 2024 dans la capitale administrative de la Guadeloupe, selon l’Observatoire national des taxes foncières.

Salle du conseil municipal de la mairie de Pointe-à-Pitre. © Sandrine Gueymard / Reporterre

Le plan Corom oblige également la ville à s’engager sur une trajectoire de redressement et d’amélioration de sa gestion. « Depuis 2020, nous comptons une soixantaine de départs de fonctionnaires à la retraite qui ne seront pas renouvelés. D’ici la fin de ma nouvelle mandature, il y en aura 180 de plus », précise Harry Durimel. La ville a également dû se séparer d’une partie de son patrimoine immobilier, en vendant pour près de 30 millions d’euros les logements sociaux qu’elle possédait.

Un patrimoine immobilier bradé, selon Loïc Martol (Parti socialiste), élu de l’opposition qui a échoué à ravir la mairie cette année. « Nous parlons tout de même de 20 hectares et 1 680 logements qui rapportaient tous les ans près de 2 millions d’euros de loyer. Ce manque à gagner va se faire sentir lors de cette mandature. » Sans parler, selon lui, de la qualité de relogement des habitants qui « n’a pas été au rendez-vous ». « Ces gens payaient un loyer de 200 à 300 euros par mois, mais les offres de relogement sont pour des appartements où les loyers frisent les 700 à 800 euros. »

Pointe-à-Pitre se met au vert

En matière d’environnement, quelques grands projets ont néanmoins pu être menés à terme. Des actions ont ainsi été lancées pour favoriser les mobilités douces, rappelle Harry Durimel, « notamment avec la mise en place de stations de vélos en libre-service en partenariat avec le Syndicat mixte des transports (SMT) » ; une « politique volontariste » a également été engagée en matière de gestion des déchets, « avec des interventions quotidiennes sur le domaine public contre les dépôts sauvages et la destruction de véhicules hors d’usage ».

Et le maire de citer le projet Best Life 2030, « engagé avec des plantations, un travail sur les corridors écologiques et le lancement d’un projet de pépinière pour restaurer les fonctions écologiques de [leurs] sols ». Enfin, grâce au Fonds vert de l’État, près de 580 points lumineux solaires autonomes ont été installés dans la ville, calcule-t-il. « J’y tenais, je crois au photovoltaïque. Cela faisait trente ans que je disais aux Guadeloupéens et Guadeloupéennes que ça n’a pas de sens d’avoir un tel soleil au-dessus de nos têtes et de ne pas en profiter en préférant importer du fioul pour s’alimenter en énergie. »

«  Nous allons intégrer davantage de nature en ville  », dit Harry Durimel. © Sandrine Gueymard / Reporterre

En effet, malgré ses 1 400 heures d’ensoleillement annuel, 86 % de l’énergie consommée est importée en Guadeloupe et 81 % provient d’énergies fossiles, selon l’Observatoire régional de l’énergie et du climat (Orec). Désendettée, Pointe-à-Pitre va ainsi pouvoir investir davantage. De l’installation de panneaux photovoltaïques en toiture sur l’ensemble des bâtiments publics, en passant par la réduction de la place de la voiture, les projets du maire sont nombreux.

« Nous allons intégrer davantage de nature en ville », dit Harry Durimel, en citant la création de lieux de fraîcheur, de jardins partagés, de circuits arborés, précisant que son « ambition va encore plus loin ». « Nous souhaitons créer plusieurs écoquartiers. Ils permettront de repenser l’aménagement urbain dans sa globalité, en intégrant habitat, mobilités, nature, gestion de l’eau et performance énergétique. Ils seront conçus comme des espaces exemplaires, favorisant la mixité des usages, le lien social et la qualité de vie, tout en répondant aux exigences climatiques et environnementales propres à notre territoire insulaire », indique-t-il.

Harry Durimel souhaite réactiver la section locale des Écologistes qu’il avait fondée en 1997. © Sandrine Gueymard / Reporterre

Une ambition qu’il porte pour sa ville… et pour la Guadeloupe. Sous le regard d’un tableau d’une Marianne noire qui semble l’observer, Harry Durimel dessine son avenir politique : « Je vais, dès la semaine prochaine, renouveler mon adhésion au parti national Les Écologistes et réactiver sa section locale que j’avais fondée en 1997. »

Et d’espérer que « les enjeux environnementaux auxquels [son] territoire est confronté, qu’il s’agisse du changement climatique, de la montée du niveau de la mer, de la vulnérabilité des infrastructures ou de la préservation de [leur] biodiversité, infusent dans toute la population guadeloupéenne ». Une étiquette qui permettrait au maire de Pointe-à-Pitre de faire entendre une voix singulière et verte pour la Guadeloupe.



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