Il faut penser le déchet comme partie intégrante de l’économie

2 mai 2018 / Maxime Lerolle (Reporterre)

Dans son « Guide philosophique des déchets », Jean-Luc Coudray, qui mêle essais, maximes et blagues, offre un nouvel aperçu du modèle économique conquérant à travers le prisme des déchets.

« Si le monde était beau, c’est que notre économie serait en panne. » L’écrivain et scénariste de bande dessinée Jean-Luc Coudray a le sens de la formule. Néanmoins, son nouvel ouvrage, Guide philosophique des déchets, recèle dans ses maximes incisives une lucide analyse de notre société : nous vivons dans une « culture du déchet ».

La force du Guide philosophique des déchets consiste à replacer les déchets dans un système économique global. Contrairement à ce que les images effrayantes des « mers de plastique » et des dégâts de la pollution pourraient laisser croire, les déchets humains n’ont rien d’accidentel : ils découlent du modèle économico-industriel imposé par l’homme à la planète. Or, la production infinie de déchets sur un monde fini est absurde. En conséquence, il faut penser le déchet comme partie intégrante de l’économie. Autrement dit : la société industrielle produit industriellement du déchet, et ce dernier assure une utilité commerciale, valorisée par la publicité intempestive. « On s’aperçoit que la mondialisation est finie quand il est impossible de salir ailleurs chez nous », écrit-il avec un humour mordant.

Un nouvel aperçu du modèle économique conquérant à travers le prisme des déchets 

En cela, Jean-Luc Coudray rejoint les analyses que développe Jean-Baptiste Vidalou dans Être forêts. L’économie est d’abord un mode d’être, une manière d’appréhender le monde sous un angle strictement mathématique, qui nie ce que Coudray appelle la « sensibilité ». Si l’on peut garder des réserves quant au « sentiment religieux » qu’il voit poindre partout dans la nature, y compris chez « le lion affamé guettant la gazelle », on partage son diagnostic sur la mise en coupe réglée de la planète pour répondre aux désirs du « monstre thermodynamique » industriel.

Mais le déchet ne se cantonne pas aux empreintes physiques que laisse l’espèce humaine. Les « déchets symboliques » qui intéressent l’auteur ne sont rien d’autre que les classes à la fois incluses et exclues de la société.

En somme, ce livre hybride, qui mêle essais, maximes et blagues, offre un nouvel aperçu du modèle économique conquérant à travers le prisme des déchets. Et pour nous débarrasser de ces productions encombrantes, rien ne sert de promouvoir l’économie circulaire — un non-sens aux yeux de Coudray, étant donné que toute économie a pour finalité la production de déchets. Mieux vaut se replacer dans le « cycle du Soleil », et accepter de vivre au rythme des ressources naturelles.


  • Guide philosophique des déchets, de Jean-Luc Coudray, éditions i, avril 2018, 240 p., 16 €.



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Lire aussi : David Wahl : « Les déchets trahissent notre refus de la mort »

Source : Maxime Lerolle pour Reporterre

Dessin : © Berth/Reporterre

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