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Il faut protéger les requins des humains, alertent les naturalistes

Durée de lecture : 4 minutes

25 juillet 2015 / Emilie Unternehr (Reporterre)

A la Réunion, la peur pousse les autorités à organiser des pêches punitives contre les squales. Pourtant, aujourd’hui, ce ne sont pas les requins qui représentent une menace pour l’homme, mais bien l’inverse.


« Si les requins disparaissent, c’est toute la toile du vivant qui sera déchirée », proclame François Sarano, plongeur professionnel, docteur en océanographie et ancien conseiller scientifique du commandant Cousteau. C’est à la Maison des océans que François Sarano a pris la parole début juillet pour défendre les requins, lors de la conférence de lancement de la campagne « Les requins protègent les océans, protégeons les requins ». Cette campagne, organisée par l’ASPAS (Association pour la protection des animaux sauvages) et Longitude 181, a deux objectifs : agir juridiquement pour défendre les requins (avec Sea Sheperd notamment), ensuite mettre en place des actions de sensibilisation médiatique.

Selon Marc Giraud, naturaliste et vice-président de l’ASPAS, le problème principal est en effet la peur, largement alimentée par les médias. Une vidéo montrant des hommes en train d’essayer de sauver un requin blanc échoué sur une plage du cap Cod aux Etats-Unis a récemment fait le tour des réseaux sociaux. Sur cette presqu’île du Massachussetts, les baigneurs ont su garder leur sang froid face au squale.

- Voir la vidéo :

« Ici en France, les mentalités sont différentes, on ne verrait pas une telle réaction sur une plage française », affirme Marc Giraud. Selon lui, les Français ont peur des requins parce qu’ils ne les connaissent pas. Et ce manque de connaissances provient avant tout d’un problème de communication : « Les médias ont une idée préconçue des requins, les attaques sont rares donc spectaculaires, alors on continue de parler des requins comme d’un danger. »

Massacre de requins à la Réunion

A la Réunion, les pêches punitives subventionnées par le gouvernement se multiplient, et ce sous l’influence des associations de surfeurs. A coup de slogans du type « Sauvez nos enfants » ou « Rendez-nous la mer », elles s’assurent l’attention des médias et des pouvoirs publics. « Pour ces groupes de surfeurs, la mer est comme une piscine, ils n’acceptent aucune contrainte », juge Marc Giraud. Ces lobbys de surfeurs, pourtant peu nombreux, sont entendus par les autorités et règnent en maître sur l’océan réunionnais.

Certes, on a recensé dix-sept accidents avec des requins depuis 2011 à la Réunion. Ce qui a conduit à une psychose, la « crise requin » comme l’ont nommée les médias. Les requins de récif peuplent les côtes réunionnaises depuis toujours, mais cette espèce n’est pas dangereuse et les habitants de l’île la connaissent bien.

L’arrivée des requins bouledogue est quant à elle plus récente. Du fait de l’urbanisation qu’a connue la Réunion récemment, les stations d’épuration et de traitement des eaux sont saturées et avec la pluie, les eaux usées dégorgent rapidement dans l’océan. De même, les pêcheurs ont pris l’habitude de rejeter leurs déchets de pêches au niveau des ports. Tous ces déchets déversés dans l’océan constituent autant d’appâts qui attirent les prédateurs.

Les requins bouledogue, beaucoup plus dangereux, se retrouvent donc dans la zone côtière, qu’ils ne fréquentent pas en temps normal. C’est donc bien l’homme lui-même qui a fait déplacer les requins près des plages. Or les associations de surfeurs réclament des pêches punitives pour sécuriser leur terrain de jeu en éliminant tous les prédateurs.

Requin Longiman ou océanique

Des solutions plus logiques et plus simples existent pourtant. A long terme, l’enjeu serait d’épurer les eaux et de remettre aux normes le service de traitement des eaux usées. A court terme, il s’agit de jouer sur la sensibilisation des touristes et des habitants de l’île, ainsi que sur la surveillance des plages. Selon Marc Giraud, quelques règles de sécurité, si elles étaient respectées, pourraient sauver des vies. Notamment éviter de se baigner le soir ou lorsque les pluies diluviennes ont troublé l’eau de l’océan.

Apprendre la nature sauvage

Accepter le requin et apprendre à ne plus en avoir peur, c’est préserver la vie sauvage. Il faut éduquer la population à ne plus considérer le requin comme une espèce nuisible. « Les requins comme les loups sont nos remparts, la société doit apprendre à vivre avec eux, au lieu de les éliminer parce qu’ils gênent », affirme François Sarano. « Il est temps d’arrêter avec ces rumeurs, ces croyances que des films comme Les dents de la mer n’ont fait qu’entretenir », poursuit-il.

L’enjeu est d’apprendre à conserver des mondes dans lesquels l’humain n’intervient pas. « Aujourd’hui on emploie toujours le mot "biodiversité" pour parler de la nature, je trouve cela dommage, il est important d’accepter cette nature non maîtrisée que représente l’océan, un endroit dans lequel l’homme n’a pas encore trop d’emprise », confirme Marc Giraud.


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Source : Emilie Unternehr pour Reporterre

Photos : © M. Dupuis (voir le blog de Myriam Dupuis).

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