Il n’y aura pas mille vaches à la ferme-usine des Mille vaches

Durée de lecture : 3 minutes

16 avril 2015 / Barnabé Binctin (Reporterre)

Comptant aujourd’hui moins de cinq cent vaches, la ferme-usine des Mille vaches devait monter rapidement en effectif. Mais, comme le révèle Reporterre, le ministre de l’Agriculture a finalement décidé qu’une enquête publique était nécessaire avant toute extension.

Comme l’a confirmé mercredi soir 15 avril le cabinet du ministre de l’Agriculture à Reporterre, Stéphane Le Foll a décidé qu’une enquête publique s’imposait avant toute augmentation du nombre de bovins installés dans la ferme-usine des Mille vaches, dans la Somme. Un acte perçu comme une victoire par les opposants à ce projet de ferme industrielle.

Une confirmation de plusieurs propos qui nous avaient été rapportés depuis quelques jours, mais qui restaient encore au conditionnel. « Je suis favorable à une enquête publique et je l’ai dit à la préfète ». C’est ce que Stéphane Le Foll avait dit, mardi, auprès de Barbara Pompili, la député EELV de la Somme. Il avait dit de même à la Confédération Paysanne, lors de l’événement du Marché Paysan, à Paris, samedi 11 avril.

Joint dans l’après-midi, les services de communication de la préfecture se faisaient un devoir de prudence « tant que nous n’avons pas de communiqué officiel du ministère de l’Agriculture », confirmant que « le dossier pourrait évoluer rapidement » : ce dossier est « actuellement en instruction par les services compétents de la préfecture pour savoir si l’économie générale du projet est remise en cause et nécessite, auquel cas, une enquête publique ».

Vers une enquête publique sur la demande d’agrandissement

L’enjeu ? La possibilité pour la ferme-usine des Mille Vaches d’agrandir son cheptel jusqu’à 880 vaches. Aujourd’hui, l’autorisation d’exploiter vaut pour 500 vaches maximum – mais l’on ne sait exactement combien de vaches y sont réellement exploitées (485 ?), un manque de transparence dénoncé par les opposants locaux au projet.

Le 23 mars dernier, le porteur du projet, Michel Ramery, a déposé une demande d’autorisation d’exploiter pour un cheptel réévalué à 880 vaches, comme le projet initial, conçu pour accueillir mille vaches, le laissait présager.

Or, la position du ministère de l’agriculture sur cette question avait été clairement exposée en septembre 2014, quelques jours après le blocus : « De 500 à 899 vaches : il appartiendra à la préfecture d’évaluer le caractère substantiel des modifications envisagées au regard notamment des impacts environnementaux et sanitaires, et d’évaluer sur ces bases la nécessité d’une nouvelle enquête publique ; au-delà de 900 vaches, la procédure d’enquête publique sera obligatoire avant toute décision » (info ici).

En fixant son nombre à 880, Michel Ramery espérait donc éviter le passage par une nouvelle enquête publique et s’agrandir le plus rapidement possible, avant le jugement du recours en référé qui avait été déposé et qui doit juger sur le fond du permis de construire ainsi que de la demande d’autorisation initiale.

Avec cette prise de position politique lourde de sens, Stéphane Le Foll remet-il en cause le fondement du projet de la ferme-usine ? Le ministre de l’Agriculture a, par le passé, plusieurs fois pris des positions ambigües sur ce projet.

En décidant la tenue d’une enquête publique, il ouvre la voie à un large débat sur la ferme-usine : « Avec la médiatisation dont fait l’objet la ferme-usine des Mille vaches, il sera difficile pour les services administratifs de continuer à ignorer la mobilisation citoyenne qui s’y oppose », dit-on à la Confédération Paysanne.

En tout cas, ce nouvel épisode donne un fort coup de frein au projet de la ferme industrielle.


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Lire aussi : Tout savoir sur la ferme-usine des Mille vaches si vous avez loupé les épisodes précédents

Source : Barnabé Binctin pour Reporterre

Photo : Agriculteur normand

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