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Énergie

Sites de batteries au lithium : les riverains redoutent des incendies

Deux ans après l’incendie de l’entrepôt Bolloré Logistics, à Grand-Couronne, près de Rouen, des analyses d’eau aux abords du site de stockage de batteries révèlent encore un taux très élevé de lithium.

À Vernou-la-Celle-sur-Seine, l’implantation d’un site de stockage de batteries au lithium provoque l’inquiétude de riverains. D’autres collectifs se mobilisent ailleurs en France sur des projets similaires.

C’est un champ de céréales surplombé par des lignes à haute tension, situé non loin de la Seine. D’ici quelques mois, cette terre agricole de Vernou-la-Celle-sur-Seine (Seine-et-Marne) pourrait devenir un site de stockage d’électricité. La société Neoen, l’un des principaux acteurs du secteur, compte y installer 74 conteneurs de batteries au lithium.

Ce projet inquiète les habitantes et habitants de ce village : elles et ils redoutent les risques d’incendie qui pourraient embraser ces conteneurs. Magali Watteaux, vice-présidente de l’association Vigilance environnement, affilée à France Nature Environnement (FNE), collectionne les coupures de presse relatant des accidents ayant touché des sites similaires en France, comme à Grand-Couronne près de Rouen, à Viviez en Aveyron ou encore à Saint-Consorce (Rhône).

« Le Sdis [Service départemental d’incendie et de secours] de Seine-et-Marne nous dit qu’il ne pourrait pas éteindre une batterie qui brûle. Imaginez les fumées toxiques ! Les entreprises nous assurent que les particules vont s’envoler dans l’atmosphère. Mais on n’en sait rien », déplore Magali Watteaux.

Lire aussi : Cauchemar des pompiers, les incendies de batteries lithium-ion se multiplient

Contactée par Reporterre, l’entreprise Neoen assure être à l’écoute des habitants. Pour prouver sa bonne volonté, elle a revu à la baisse le nombre de conteneurs (de 108 à 74) et réduit l’emprise terrestre (de 5,4 à 3,3 hectares). Neoen, qui opère trois autres sites similaires en France, n’avait jamais rencontré une telle opposition. « Ces installations sont effectivement nouvelles pour tout le monde et suscitent des questions. Nous sommes là pour y répondre », assure Marion Giraud, directrice Grand Nord pour Neoen.

Face au risque d’incendie, elle se déclare confiante. « Les technologies que nous utilisons sont meilleures qu’avant et les normes que nous imposons à nos constructeurs garantissent que si une batterie prend feu, elle ne peut pas propager un incendie à l’ensemble des conteneurs », promet Marion Giraud. Elle assure également avoir mené une étude avec l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) pour définir des normes strictes permettant de limiter les dégâts en cas d’accident, en installant notamment une distance suffisante entre deux conteneurs pour limiter la propagation des flammes.

Une pollution de l’air et de l’eau

Malgré toutes ces précautions, si une étincelle venait embraser les batteries, les pompiers seraient impuissants à étouffer les flammes, assure Sébastien Delavoux, responsable CGT des agents des Service départemental d’incendie et de secours. « Aucune technique utilisée actuellement pour éteindre les incendies ne fonctionne avec les batteries au lithium », explique-t-il.

La preuve avec les Tesla : il a fallu 45 500 litres d’eau pour endiguer l’embrasement d’un de ces véhicules électriques ayant pris feu sur une route américaine. « Alors que l’incendie d’une voiture classique peut s’éteindre avec 1 000 litres d’eau en moyenne », précise Sébastien Delavoux.

Les fumées qui s’échappent de la combustion de batteries au lithium pourraient également polluer l’air des riverains. Lors de l’incendie d’un entrepôt de stockage en Aveyron en 2024, le préfet avait imposé le confinement de la population.

« Les gaz toxiques entraînés dans les eaux d’extinction représentent un risque de pollution »

Le professeur du département de chimie de l’université de Montréal, Mickaël Dollé, questionné par Libération, indique : « Une batterie contient beaucoup d’éléments chimiques : lithium, nickel, carbone, manganèse, polymères, solvants, etc. » Selon lui, les fumées relâchées risquent de contenir ces différents éléments chimiques.

Des polluants qui risqueraient alors de se retrouver dans l’eau utilisée par les pompiers. « Les gaz toxiques entraînés dans les eaux d’extinction représentent un risque de pollution. Ces eaux contaminées doivent être confinées », peut-on lire sur le site de l’entreprise Msei Environnement, spécialisée sur le sujet.

La société Neoen compte installer 74 conteneurs de batteries au lithium sur des terres agricoles de Vernou-la-Celle-sur-Seine. Wikimedia Commons / Benjism89

Mais cette récupération peut s’avérer complexe. « On parle de quantités d’eau pharaoniques. Il faut également trouver une entreprise pour la récupérer. Si on est au milieu de nulle part, c’est encore plus compliqué », estime Sébastien Delavoux de la CGT. Deux ans après l’incendie de l’entrepôt Bolloré Logistics, à Grand-Couronne, près de Rouen, des analyses d’eau aux abords du site de stockage de batteries révèlent encore un taux très élevé de lithium.

Une réglementation balbutiante

Face à de tels risques, la réglementation reste balbutiante comme le relève cet article d’Actu environnement. En mai 2024, le bureau d’enquêtes et d’analyse sur les risques industriels, placé sous l’égide du Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD), a publié un rapport dans lequel il recommande de « faire évoluer la réglementation ».

Sauf que le ministère de la Transition écologique traîne les pieds. « Il est possible que ces travaux réglementaires demandent un certain temps compte tenu des positions relativement opposées de la profession et de la sécurité civile », avait indiqué Anne-Cécile Rigail, cheffe du service des risques technologiques, lors de la séance du Conseil supérieur de la prévention des risques (CSPRT) du 10 décembre dernier selon Actu environnement.

« Au moment où nous avons rédigé notre interpellation au ministre en avril 2024, la réglementation était inexistante et c’est encore le cas aujourd’hui », précise à Reporterre Sébastien Delavoux. « Le préfet nous a dit qu’il n’avait pas assez d’éléments à disposition pour cadrer le développement de ces sites qui poussent comme des champignons », renchérit Magali Watteaux de Vigilance environnement.

D’autres collectifs créés en France

Magali Watteaux n’est pas la seule à s’opposer à ces sites. Reporterre a contacté trois autres collectifs à Saint-Laurent-de-Terregatte (Manche), Dième (Rhône), à Avion (Pas-de-Calais) qui partagent ses inquiétudes. « Nous manquons d’informations sur ces projets, sur la nature des pollutions qu’ils pourraient engendrer. Aucune étude environnementale n’a été demandée », explique Caroline Vandalle, membre du collectif Dième on t’aime lancé en mars dernier contre un projet de 12 conteneurs de 600 batteries entre deux forêts.

Dans le Pas-de-Calais, 42 conteneurs de batteries pourraient être installés sur une ancienne friche industrielle précise la Voix du Nord. Enfin dans la Manche le collectif citoyen de Terregatte s’oppose à un site qui pourrait stocker jusqu’à 100 mégawatts d’électricité qui serait installé sur des terres agricoles.

« Le maire a vu une opportunité financière à saisir dans un contexte budgétaire compliqué »

À Vernou-la-Celle-sur-Seine, l’opposition ne faiblit pas et le collectif vient de déposer un recours juridique contre le permis de construire autorisé par la municipalité. À l’origine défavorable, celle-ci a fini par signer une convention avec Neoen. « En conseil municipal, nous avons fait le choix de négocier avec l’entreprise au cas où le projet devrait se faire, en échange de contreparties financières », explique le maire, Alain Momon au site Actu. Contacté, il n’a pas donné suite aux sollicitations de Reporterre.

L’entreprise s’est engagée à verser 1,5 million d’euros pour financer divers projets de réhabilitation de la voirie, de la piscine et de rénovation énergétique de l’école. Une belle somme pour une commune de 2 621 habitants. Mais le versement de subventions est une pratique habituelle chez Neoen. « Pour les projets d’énergies renouvelables, c’est même inscrit dans la loi. C’est ce qu’on appelle le partage territorial de la valeur. Quand on implante nos projets, l’idée est de permettre aux territoires de bénéficier d’une subvention pour financer les projets qu’ils portent », précise Marion Giraud, de Neoen.

« Le maire a vu une opportunité financière à saisir pour la commune dans un contexte budgétaire compliqué », poursuit Magali Watteaux. Elle assure que son collectif reste déterminé à s’opposer à la construction du futur site de stockage de batteries au lithium.

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