Joignons nos colères pour que la peur change de camp

Durée de lecture : 7 minutes

2 novembre 2019 / De multiples collectifs en lutte

« Nous avons la force du nombre et une intelligence collective illimitée », écrivent les auteurs et autrices de cette tribune collective. Ils lancent un appel aux coopérations entre les groupes en lutte et à l’établissement d’un agenda commun.

Tant de révoltes populaires et de résistances à l’oppression ont été réprimées par la violence du système, ici en France et ailleurs dans le monde. Partout, les peuples se soulèvent, portés par un vent de démocratie et la volonté de vivre dignement, en harmonie avec le monde vivant.

Plus que jamais, nous nous devons d’être solidaires avec tous les peuples et de coopérer partout où c’est possible, pour avancer ensemble vers un avenir meilleur !

Malgré les cris d’alarme et les suicides de celles et ceux qui ont choisi d’œuvrer pour le bien commun ; malgré les grèves et les manifestations qui se multiplient de mois en mois ; malgré les catastrophes naturelles, l’effondrement de la biodiversité et l’épuisement des ressources ; malgré toutes nos propositions pour construire une société plus juste et plus durable, ils ne changent pas. 

Nous ne changerons pas de cap non plus. Le peuple s’est levé massivement, pour des combats a priori différents, mais toujours contre un même système et ses conséquences. Finalement, nous nous retrouvons dans un but commun, la fin des dominations : de l’humain sur la nature, de l’homme sur la femme, du fort sur le faible, du blanc sur le non-blanc, des riches sur les modestes et les pauvres, des grands patrons sur les employé.es, des politiques sur le peuple, du capital sur le vivant…

Bien sûr, le gouvernement souhaite nous diviser 

Parce que c’est bien la jonction de toutes nos colères qui stoppera le gouvernement et les grands dirigeants de ce monde, nous multiplierons et renforcerons nos coopérations et nos interactions. Pour cela, nous appelons à la création d’une stratégie collective, et à l’établissement d’un calendrier de rencontres communes. Nous encourageons les mobilisations dans la rue, le week-end comme en semaine, dans le respect des modes d’expression, des convictions et des choix de chacun.e. Ne reproduisons pas dans la coordination de nos luttes ces rapports de domination qui sont la cause de nos souffrances.

Toutes nos mobilisations conjointes, comme celle du 21 septembre, nous ont permis de nous connaître davantage ainsi que de nous renforcer, mutuellement. Nous tirons parti de nos différences ! 

Le 5 octobre, nous avons occupé un des plus grands centres de consommation, et ce grâce a notre complémentarité. Durant la semaine de la rébellion internationale d’octobre, des rencontres entre les luttes se sont même faites sur l’occupation de la place du Châtelet, à Paris. Nous n’en resterons pas là ! Que Macron comprenne bien que ce n’était que le début.

Le 21 septembre 2019, à Paris.

Bien sûr, le gouvernement souhaite nous diviser en stigmatisant les « gentil.le.s » manifestant.e.s d’un côté et les « méchant.e.s » casseurs.ses de l’autre, en épargnant les militant.es d’XR [Extinction Rebellion] et en s’acharnant sur les Gilets jaunes ou, institutionnellement, sur les musulmans. Cela justifie ainsi l’emploi démesuré de la force dans une répression violente de toute forme de contestation. Mais cela ne fonctionne pas, face à la marche, les convergences, elles, dansent !

La police, cette milice du capital, viole sciemment les droits fondamentaux en dissuadant de manifester, en arrêtant préventivement, en humiliant, en blessant gravement, et en tuant les nôtres. Nous n’oublierons jamais Steve, Zineb, Zyed, Bouna, Rémi et Adama et encore bien d’autres vies injustement volées. 

Mais nous voulons que la peur change de camp. Nous avons la force du nombre et une intelligence collective illimitée. Bien sûr, chacun.e doit prendre conscience que l’accomplissement de nos idéaux nécessitera des années d’engagement, que ce soit pour résister, ou pour construire une nouvelle société. Nous avons déjà commencé, et nous affirmons que, quelle que soit la forme de son engagement, toutes et tous seront bienvenu.e.s à nos côtés.

Nous appelons à élargir cet esprit de dialogue, de solidarité et d’entraide qui nous a tant émerveillés depuis le mouvement des Gilets jaunes 

Pour la suite, nous appelons donc tous les collectifs à dépasser leurs logiques individuelles en participant à la construction d’un calendrier commun de luttes depuis le niveau local jusqu’au national, à diffuser leurs événements et à valoriser ensemble toutes les mobilisations et les démarches de convergence.

Les 16 et 17 novembre, investissons les grandes métropoles régionales et Paris, ensemble ou séparément, mais en nous coordonnant. Et pour que ces mobilisations laissent des traces, marquons le terrain de nos revendications et de nos couleurs, ouvrons de nouvelles maisons du peuple, construisons de nouvelles cabanes, multiplions les Zad 

Occupation du centre commercial Italie 2, à Paris, le 5 octobre 2019.

Pour les grèves de décembre qui s’annoncent, nous invitons tous les collectifs à établir un dialogue avec les travailleurs et travailleuses par la base, via les syndicalistes ou les organisations syndicales, comme les unions locales. Nous invitons également tou.te.s les travailleurs et travailleuses, syndiqué.e.s ou pas, à participer à la construction de la grève générale. Nous diffuserons les informations rappelant les conditions d’exercice de notre droit, si mal connu. Reprenons-le en main et ne le déléguons plus à aucune instance qui s’arrogerait le pouvoir de négocier en notre nom. Nous appelons enfin à ce que chaque secteur revendique à la fois ce qui est nécessaire pour satisfaire ses besoins sociaux propres, et qu’il se batte solidairement pour la cause des autres, pour une grève de tou.te.s pour tou.te.s.

Et parce que, quelle que soit l’issue de ces prochaines échéances, nous devons nous préparer à nous mobiliser sur le long terme, nous appelons enfin à tisser des liens durables entre toutes les formes de luttes et les projets qui œuvrent à freiner les effets délétères de ce système, voire à le remplacer par la base. Nous encourageons et favoriserons la multiplication des pratiques coopératives locales et connectées entre elles, et, ensemble, nous nous organiserons pour faire face aux attaques écologiques, économiques et démocratiques auxquelles nous sommes et serons toutes et tous confronté.e.s dans un futur proche.

Nous appelons à élargir cet esprit de dialogue, de solidarité et d’entraide qui nous a tant émerveillés depuis le mouvement des Gilets jaunes. C’est dans la rencontre et le dialogue, d’égal.e à égal.e, que nous sommes les plus humain.e.s, et nous appelons donc à rendre sa voix au peuple et aux militant.e.s en privilégiant l’horizontalité et en multipliant les assemblées de luttes, interluttes, interprofessionnelles ou citoyennes locales et en les faisant se rencontrer.

Comme pour les Gilets jaunes qui se rencontreront ainsi à l’« Assemblée des assemblées » de Montpellier du 1er au 3 novembre, l’Assemblée citoyenne de Commercy appelle les assemblées citoyennes et populaires, ainsi que les listes municipales de démocratie directe à les rejoindre les 23 et 24 novembre pour poser, ensemble, les fondations d’une fédération des communes libres.

Par delà nos différences, par delà nos intérêts personnels, retrouvons-nous également prochainement dans une grande assemblée des assemblées des collectifs mobilisés !

Nous le disons à toutes et tous, aux citoyen.ne.s comme aux syndicats et aux organisations : c’est ensemble que nous pourrons vaincre ce système et le changer durablement dans l’intérêt de toutes et tous. 

Pour que la résistance s’organise !

  • Liste des signataires :

Cerveaux non disponibles
Collectif La Thébaïde
Collectif Les Aindisponibles
Collectif Lyon rébellion
Collectif Peuple uni
Collectif Plein le dos
Collectif Printemps du changement
Collectif Peuple révolté
Collectif Stalingrad Connection
Comité de Libération et d’Autonomie Queer
Deep Green Résistance France
Désobéissance Ecolo Paris
Désobéissance fertile
Front social 57
Gilets jaunes d’Ancenis
Gilets Jaunes Enseignement Recherche 
Gilets Jaunes de Chateaubriant
Gilets Jaunes de Commercy 2
Gilets jaunes Metz Borny
Gilets jaunes Nancy Porte Sud
Gilets jaunes Rouen Centre
Gilets Jaunes de Saint Avold
Maison du Peuple Nantes
Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB)
Radiaction
L’union syndicale Solidaires
La Vérité pour Adama
XR Metz
L’artiste Camille Louis



Lire aussi : Gilets jaunes : « Il faut se tenir prêts pour la prochaine étincelle »

Source : Courriel à Reporterre

Photos :
. chapô : lors de l’occupation du centre commercial Italie 2, le 5 octobre, à Paris. © NnoMan/Reporterre
. 21 septembre : © Jean Segura/Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

DOSSIER    Gilets jaunes

THEMATIQUE    Luttes
9 novembre 2019
Chute du mur de Berlin : les écologistes étaient en première ligne
Info
9 novembre 2019
« Notre histoire s’est bâtie pour partie sur des violences populaires »
Tribune
8 novembre 2019
La réforme de l’assurance chômage va « hacher menu » les précaires
Entretien


Dans les mêmes dossiers       Gilets jaunes



Sur les mêmes thèmes       Luttes