Joyeuse mobilisation populaire à Amiens pour le premier procès des Mille vaches

2 juillet 2014 / Vladimir Slonska-Malvaud (Reporterre)



Neuf militants de la Confédération paysanne étaient convoqués, ce mardi 1er juillet, devant le tribunal correctionnel d’Amiens pour leurs actions de protestation contre la ferme-usine des Mille vaches. Le procès a été reporté. Environ 300 sympathisants avaient fait le déplacement pour les soutenir dans une ambiance joyeuse.


- Amiens, reportage

Reporté au 28 octobre. Les centaines de sympathisants réunis devant les grilles du palais de justice d’Amiens, dans le centre-ville, laissent éclater leur joie, malgré le côté attendu de la décision. À l’intérieur, les neufs militants de la Confédération paysanne, poursuivis pour des « dégradations » à la ferme-usine des mille vaches – une action de septembre 2013 et le démontage d’installations de la salle de traite, le 28 mai – ont fait valoir l’impossibilité de préparer leur défense du fait de difficultés d’accès à certaines pièces de la procédure. Le contrôle judiciaire dont ils faisaient l’objet – interdiction de se rencontrer, de quitter le territoire national et de se rendre dans la Somme – a été partiellement maintenu avec la reconduction de l’interdiction de séjourner dans le département.


- Quatre prévenus : Pierre-Alain Prévost, Laurent Pinatel, Thierry Bonnamour et Valentin Sic -

Tôt le matin, des cars étaient partis de plusieurs endroits en France, notamment de Paris et de Rouen, avec à leur bord de nombreux militants de la Confédération paysanne, d’associations de protection de l’environnement et de la condition animale. À Paris, le bus, parti de Gallieni aux premières heures du jour, est plein. Objectif du rassemblement : apporter un soutien visible aux neufs militants poursuivis et poursuivre la contestation contre ce projet de ferme-usine géante de 1750 têtes. Mille vaches laitières et 750 veaux et génisses doivent en effet former à terme cette exploitation intensive et hors-sol sur le territoire des communes de Drucat-le-Plessiel et de Buigny-Saint-Maclou, dans la Somme, près d’Abbeville, en combinaison avec un méthaniseur géant pour produire de l’électricité ensuite revendue à EDF.

Semer des graines de mobilisation

« On ne veut pas de ce projet chez nous, mais on n’en veut pas ailleurs non plus », expliquent Alain Miarlet et Gérard Leborgne, deux militants de la première heure de Novissen, l’association des opposants à la ferme-usine, rencontrés dans le rassemblement. « C’est un mode de vie qui va s’étendre si on ne fait rien », s’alarment les deux amis, qui se définissent comme « des militants de la base ».


- Gérard Leborgne et Alain Miarlet -

Dans le petit square situé au pied du palais de justice, l’impression de lutter contre le poste avancé de l’industrialisation de l’agriculture est généralisée. Les drapeaux de la Confédération paysanne dominent, mais il y a aussi les oriflammes d’EELV, du Front de gauche-PC, de Sud, et de la Fédération anarchiste.

Des parallèles sont dressés avec les autres combats sociaux et environnementaux. « Je ne me voyais pas ne pas être là", nous dit Magalie, fonctionnaire du service pénitentiaire d’insertion et de probation.


- Magalie -

Les luttes doivent se rejoindre ; il faut semer des graines, elles fleuriront bien à un moment ». « Ce qui est fort, c’est la convergence », renchérit Laurent, étudiant en master de sciences sociales des religions. Depuis peu investi comme clown militant, il se félicite, lui aussi, du caractère transversal du combat contre la ferme-usine.


- Laurent (à gauche) -

« Ce qui se passe ici touche à différentes sphères, comme l’écologie, l’emploi ou l’économie. » « La lutte réunit énormément de personnes de beaucoup de milieux culturels et politiques différents : c’est un vrai mouvement citoyen, avec déjà plus de 2000 membres », confirment pour leur part les deux adhérents de Novissen.

Au chapitre des convergences, les neufs désobéissants de la Confédération paysanne peuvent aussi compter sur la présence de syndicalistes de la CGT, dont Xavier Mathieu, ancienne figure de la lutte des Conti, et du soutien du syndicat Sud. Des militants du Parti communiste (PCF), pourtant en rupture avec les écologistes sur le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou sur le nucléaire, sont également venus soutenir les prévenus. « On est franchement pour l’agriculture paysanne », expliquent Michel Guillochon et Chantal Leblanc, la secrétaire de section du PCF à Abbeville. « Avec ce type de projets, il va se passer dans la filière laitière ce qu’on a déjà vu avec la concentration dans d’autres secteurs : les supermarchés qui ont fait disparaître les petits commerces, par exemple », dit Michel Guillochon. « Il faut se poser la question de l’intérêt pour la population ; certaines industries peuvent être bénéfiques, mais ici cela ne crée pas d’emploi et nous aurons des produits de moins bonne qualité », continuent les deux militants, également très critiques de l’utilisation de terres agricoles pour la production d’agrocarburants. « Nous ne sommes pas contre la transition énergétique, mais cela ne peut pas se faire contre les salariés », se défendent-ils quand on leur rappelle les positions souvent favorables aux industriels du PCF.


- Xavier Compain, Michel Guillochon et Chantal Leblanc -

« Pas paysan pour aller à l’usine »

Vers 10h15, la sortie des militants poursuivis du tribunal et l’annonce du report du procès interrompent momentanément les prises de paroles qui se succèdent, depuis le matin, sur l’estrade installée par la Confédération paysanne devant le palais de justice. De nombreux applaudissements accueillent leurs premiers mots suite à l’audience.


- Les prévenus sortent, joyeux, du tribunal -

Le ciel se fait menaçant, mais retient la pluie. « Je ne suis pas paysan pour aller à l’usine », lance Laurent Pinatel, porte-parole national du syndicat et éleveur, sous les applaudissements. Il avait été arrêté le 28 mai et accusé de recel. La levée partielle du contrôle judiciaire est qualifiée de « première victoire, qui en appelle d’autres le 28 octobre », nouvelle date de la tenue du procès. « ’L’impertinence’ revendiquée de la Confédération paysanne est qualifiée de ’joyeuse’, parce que nous sommes convaincus que ce que nous faisons est juste », poursuit le porte-parole. Les huit prévenus présents (l’un n’a pas pu venir) appellent à un nouveau rendez-vous lors de la prochaine audience, puis quittent la scène.

Un repas paysan, préparé par la fédération de la Somme, est servi, avant la dispersion dans le calme du rassemblement et le départ des cars en tout début d’après-midi. Rassemblé par la dénonciation de Michel Ramery, l’industriel à l’origine du projet qualifié de « Bouygues du PS », et de la répression des militants syndicaux, le mouvement contre la ferme-usine de la Somme a montré son unité et sa capacité à mobiliser, malgré le faible enjeu du jour, le report du procès ayant été considéré comme presque certain depuis le début. Un essai à transformer pour la prochaine audience, le 28 octobre, avec pour espoir d’obtenir un non-lieu pour les neufs militants.


- Un citoyen présent à Amiens -


Complément d’info :

- Reporterre est intervenu dans la "table ronde" exposant les faits du dossier des Mille vaches. Après Antoine Jean, Guillaume Vialette, Michel Kfoury et Mikel Hiribarren et avant Xavier Mathieu, Hervé Kempf a présenté l’enquête de Reporterre sur les liens entre les Mille vaches et l’affairisme du PS dans le nord de la France.

- Au même moment, à Lyon, se tenait un rassemblement de soutien, unissant paysans, cheminots et intermittents.




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Source : Vladimir Slonska-Malvaud pour Reporterre

Photos : Vladimir Slonska-Malvaud, sauf sortie du tribunal (Hervé Kempf).

Dessins : Trax

Consulter le Dossier de la ferme-usine des Mille vaches

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