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EnquêteAnimaux

Lions, tigres, panthères : l’État finance un sanctuaire douteux

Michael Cardinel est à l'initiative du projet Big Cats.

Pourquoi le projet de sanctuaire pour grands félins Big Cats, dans les Landes, ne parvient-il pas à obtenir d’autorisation ? Les objectifs réels du fondateur, qui s’affiche en bon samaritain, interrogent. Et ce, alors que le projet est surtout financé... par l’État.

Un demi-million d’euros d’argent public a-t-il servi à financer un projet d’élevage de félins déguisé en sanctuaire ? C’est ce qui pourrait se cacher derrière le projet Big Cats. Reporterre a enquêté pendant trois mois et épluché des dizaines de documents. Sous couvert de bien-être animal, ce projet visant à accueillir des grands félins dans les Landes repose sur un business model qui interroge.

Au cœur du projet Big Cats, Michael Cardinel, un ex-militaire qui souhaite désormais « œuvrer pour le bien-être animalier ». À l’autre bout du fil, l’homme peine à garder son calme. Voilà trois ans qu’il cherche à ouvrir ce sanctuaire pour grands félins dans les Landes, sur son domaine privé à Mézos. Mais le projet piétine, en l’absence du feu vert de l’administration. « Tout est fait pour nuire au projet. Les personnes qui instruisent ce dossier font tout pour essayer de nous bloquer. C’est une histoire de fou ! » s’énerve-t-il.

Sur le papier, pourtant, tout avait bien commencé. Il souhaite accueillir les lions, tigres et panthères issus des cirques itinérants qui n’auront plus l’autorisation de les détenir d’ici au 1er décembre 2028, en vertu de la loi Dombreval de 2021. Dès aujourd’hui, les circassiens cherchent des solutions d’accueil pour leurs animaux, mais les places sont rares. C’est pourquoi l’État a lancé en 2022 un premier appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour la création de refuges destinés à accueillir ces animaux de cirque.

Parmi les lauréats, le projet de Michael Cardinel, baptisé Big Cats, présenté comme le premier sanctuaire pour grands félins de France et qui devrait dans un premier temps accueillir quinze fauves. Mais après deux refus de la préfecture des Landes de lui accorder l’autorisation d’ouverture d’établissement (AOE), notre homme commence à perdre patience.

« On ne peut plus attendre », trépigne Michael Cardinel auprès de Reporterre. « Depuis dix mois, une lionne croupit dans une remorque. Elle ne travaille plus, ne sort plus. Impossible de lui trouver un refuge. À deux heures de là, des tigres blancs patientent depuis plusieurs années dans leurs camions-remorques [...] Et personne ne s’en émeut », se lamente-t-il aussi auprès du magazine Le Point. Dans une vidéo, il assure que les premiers félins arriveront cet été, coûte que coûte. Une pétition réclamant l’ouverture du sanctuaire a déjà recueilli plus de 40 000 signatures. La ministre de la Transition écologique en personne a été saisie de l’affaire, et a confié cet hiver une mission d’inspection à l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (Igedd) pour dénouer les blocages dans ce dossier. Le rapport est en cours de finalisation.

Michael Cardinel n’a pas l’habitude de baisser les bras. Ancien parachutiste de la DGSE, il a « porté les armes pour la France pendant quinze ans au sein du CPIS [centre parachutiste d’instruction spécialisée] », comme il l’écrit sur son site. Sur l’image qui illustre l’article, il apparaît en bras de chemise, les mains sur les hanches, campé devant un paysage de savane africaine. Aujourd’hui, les médias affichent son visage à la mâchoire carrée, encadré de cheveux grisonnants, arborant l’air soucieux de celui qui est victime d’un coup du sort.

Sur le site de Big Cats, Michael Cardinel dit s’être spécialisé «  en lutte antibraconnage et en protection des grandes aires protégées  ». Capture d’écran / Big Cats

Moins médiatisée que lui, sa femme, Alix Cardinel — auparavant Alix de Belloy de Saint Liénard —, est la vice-présidente du projet. Quelques rares photos montrent son visage souriant entouré de cheveux blonds. Elle se présente comme une amoureuse des animaux et de la nature, et précise son rôle : « J’apporte mes compétences en gestion de projet ainsi que mon esprit critique pour aborder les différentes problématiques qui se présentent à nous. »

Estimé à 2,9 millions d’euros, leur projet de sanctuaire est financé par de l’argent public. Dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt de 2022, le ministère de la Transition écologique s’est engagé à financer la première phase du projet à hauteur de 80 %, soit une enveloppe de 544 000 euros. Le gérant du futur sanctuaire a déjà reçu près d’un demi-million d’euros de l’État (435 200 euros), le reste étant bloqué, en attente de l’autorisation d’ouverture. À cela s’ajoutent 200 000 euros, accordés par la Fondation Brigitte Bardot, qui s’est aussi engagée à prendre en charge les frais d’entretien des animaux ; et près de 400 000 euros promis par la Fondation 30 Millions d’amis, une fois l’autorisation d’ouverture obtenue.

Mais voilà déjà deux fois que la préfecture des Landes la lui refuse. En cause : lacunes dans la sécurité des installations, manque de personnel, flou dans les objectifs du projet, fortes conséquences environnementales… En juin 2024, puis en janvier 2025, le projet a été jugé trop bancal sur le plan réglementaire. C’est que sous ses airs de bon samaritain des félins, l’ex-militaire emploie des méthodes obscures.

Expérience douteuse

Sa capacité à s’occuper des félins est d’abord questionnée. Son certificat de capacité, sorte de diplôme pour s’occuper de félins en captivité, a été acquis dans des circonstances douteuses, d’après des documents administratifs consultés par Reporterre.

Avant de se lancer dans le projet Big Cats, Michael Cardinel a été pendant plus de dix ans éleveur de reptiles dans le Gard, et détenait notamment une « collection de 80 serpents parmi les plus venimeux de la planète », selon ses dires. « Aucun accident n’est jamais arrivé », certifie-t-il à Reporterre. Une expérience toutefois insuffisante pour se voir confier des félins.

Selon le Code de l’environnement, il aurait dû passer au moins deux mois auprès de félins en captivité pour obtenir l’autorisation de détenir des fauves. Sauf que le 20 avril 2022, Michael Cardinel a obtenu son certificat de capacité grands félins en ne faisant valoir qu’une seule expérience de neuf jours au Refuge de l’Arche, en Mayenne... Il argue aussi qu’un séjour de trois mois dans la brousse camerounaise, du 4 mars au 31 mai 2013, lui aurait donné suffisamment d’expérience. Mais il s’agit surtout d’observation des animaux dans leur milieu naturel, et non de gestion de félins en captivité, ce qui est sensiblement différent.

Ce n’est pas tout : pour obtenir ledit certificat, l’ex-éleveur de reptiles a indiqué avoir été en contact avec le Centre Athénas, dans le Jura, qui recueille des lynx. Or, son gérant, Gilles Moyne, lui-même capacitaire grands félins, affirme avec force qu’il n’a jamais échangé avec Michael Cardinel : « Je l’ai vu en photo dans le dossier, c’est tout. Et il n’a jamais contacté personne d’autre du centre. Cette fausse affirmation est de nature à faire planer le doute sur le reste de ce qui est contenu dans ce dossier », soulève l’éleveur de lynx, contacté par Reporterre. « J’ai appelé [le Centre Athénas], et je suis tombé sur l’accueil, j’ai dû avoir une stagiaire au téléphone, je n’ai pas eu Gilles Moyne en personne », se justifie aujourd’hui Michael Cardinel. Le directeur du centre, lui, ne possède aucune trace de cet appel.

Michael Cardinel mentionne également un échange avec Cécile Erny, la directrice de l’Association française des parcs zoologiques (AFDPZ). Il l’a bien contactée il y a plusieurs années, mais celle-ci n’a jamais donné suite à son appel, considérant que l’association n’a pas de rôle de conseil. « Il n’y a donc pas eu d’échange avec l’AFDPZ », explique l’association dans un mail à Reporterre.

Manque de sécurité

Autre point noir dans ce dossier : les premières installations du projet Big Cats présentent des failles de sécurité. De quoi mettre en danger les riverains et le personnel de l’établissement, en première ligne en cas d’évasion.

Aux yeux de l’administration, les grillages des enclos prévus pour contenir les fauves sont trop bas pour les tigres et surtout les panthères, qui sont d’excellentes grimpeuses. « La réglementation française ne donne aucune précision sur les hauteurs des grillages », se justifie Michael Cardinel. Soit. Mais l’administration se base sur les lignes directrices (« guidelines ») internationales, des documents utilisés dans les grands zoos du monde entier, et qui constituent un excellent référentiel pour pallier cette absence de législation.

Ces lignes directrices recommandent ainsi d’enfouir les grillages à minimum 91 cm de profondeur, pour éviter que certaines espèces de félins creusent sous la clôture, surtout quand le sol est meuble comme c’est le cas ici. Or, Michael Cardinel n’a prévu qu’un soubassement antifouissage en acier galvanisé de 50 cm de profondeur.

Les premières installations du projet Big Cats. Capture d'écran / Big Cats

Par ailleurs, le grillage en maille souple peut être abîmé par les félins. Alors, comment empêcher les animaux d’approcher la clôture ? Le projet prévoit une électrification du grillage, mais aucune solution de secours n’est envisagée en cas de panne d’électricité... Quant au système de vidéosurveillance, aux alarmes en cas d’évasion et aux caméras nocturnes — ces animaux ayant une activité la nuit —, le projet ne prévoit rien de tout cela.

Malgré tout, l’ex-militaire soutient que ses installations sont plus sécurisées que la moyenne : « Dans de nombreux refuges, ce sont des grillages à poulets, ou des grillages de jardin fixés avec des bouts de bois et des vis. Nous, on a les moyens de faire quelque chose de mieux, et on nous dit que ça ne va pas ! » s’agace-t-il.

Du grillage a déjà été installé sur le site pour les enclos. Capture d'écran / Big Cats

Autre point faible : le manque de personnel qualifié. La structure ne comporte pour l’instant aucun autre capacitaire grands félins apte à remplacer M. Cardinel s’il venait à prendre des congés, ce que l’administration juge nécessaire au vu de la dangerosité des espèces. L’ensemble du personnel est constitué de soigneurs bénévoles et de plusieurs vétérinaires expérimentées en félins. Ces dernières seront partenaires de l’établissement, et non salariées, c’est-à-dire qu’elles se sont engagées à prendre en charge les soins des animaux seulement si cela est nécessaire. Problème : aucune d’entre elles ne possède de certificat de capacité grands félins.

Pour y remédier, Michael Cardinel compte recruter une ancienne dresseuse d’animaux de cirque, qui devrait bientôt passer son certificat de capacité grands félins et qui pourra le remplacer en échange d’un logement gratuit. « Ce n’est même pas une obligation d’avoir plusieurs capacitaires sur place. On est bien au-delà de tout ce qui est fait dans d’autres établissements zoologiques, s’obstine Michael Cardinel. Malgré tout, on continue de nous refuser ce papier ! »

Un élevage de félins ?

La véritable vocation du projet interroge également : sanctuaire à but non lucratif, programme de conservation et de réintroduction ou élevage d’agrément ? Michael Cardinel n’est pas clair.

Dans la convention AMI, l’État s’était engagé à financer un sanctuaire visant à accueillir les animaux, sans en tirer profit par la reproduction, comme le précise l’article L413-1-1 du Code de l’environnement. Sauf que dans les premières versions de sa demande d’autorisation — qui ont été refusées par la préfecture des Landes —, l’ex-éleveur de reptiles expliquait vouloir y faire de la reproduction avec des félins « en voie de disparition », comme les panthères des neiges et panthères de l’Amour, afin d’œuvrer à leur conservation.

Bien qu’il ait officiellement retiré ce projet reproductif dans son dernier dossier de demande d’autorisation d’ouverture, il figure toujours sur le site du projet, et Michael Cardinel continue de le soutenir auprès de Reporterre : « Dans vingt ans, il n’y aura plus d’animaux de cirque, donc ce serait dommage d’avoir investi des millions dans cette structure pour qu’elle ne serve à rien. Le but, c’est d’abord de s’occuper des animaux de cirque, et ensuite de s’occuper des programmes de conservation des espèces en voie de disparition. » Cette activité d’élevage est pourtant incompatible avec la notion de sanctuaire, où la reproduction est interdite.

« Il n’y a pas d’obligation de reproduction dans les programmes de conservation, se défend Michael Cardinel. Et si une éventuelle reproduction des animaux dans le futur a lieu, elle ne concernera que les espèces en danger d’extinction. »

« Soit c’est un sanctuaire,
soit c’est un centre d’élevage »

« Il n’y a pas de demi-mesure, soit c’est un sanctuaire, soit c’est un centre d’élevage avec des programmes de reproduction. Ça ne peut pas être les deux », tranche Gilles Moyne, lui-même capacitaire grands félins.

Michael Cardinel envisage aussi de remettre les plus jeunes fauves (essentiellement des lions) en semi-liberté, dans le parc national de Bouba Ndjida, au Cameroun, comme il l’écrit dans la présentation de son projet pour l’AMI. Le gestionnaire de ce parc, le Français Paul Bour, est un grand ami de Michael Cardinel. C’est lui-même qui a signé une lettre de recommandation permettant à l’ancien militaire d’obtenir son certificat de capacité grands félins. Paul Bour est gérant du lodge qui accueille les visiteurs au cœur du parc, et propose des safaris-photos aux touristes. Il a aussi été responsable pendant près de quinze ans de la gestion des aires de chasse. Aujourd’hui, il œuvre pour la conservation de la faune dans le parc.

« Les animaux seront placés dans de vastes enclos, car ils sont incapables de vivre en totale liberté, ils se feraient tuer. Cela permettra aussi de sanctuariser la réserve », affirme Michael Cardinel.

Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), ce parc à la frontière avec le Tchad constitue un réservoir d’animaux pour la chasse traditionnelle et sportive, notamment la chasse au lion. « Il y a beaucoup de chasse aux félins dans les zones de chasse autorisées autour du parc, confirme une source locale ayant requis l’anonymat. Les animaux ne s’arrêtent pas aux frontières de la réserve : ils traversent vers les zones de chasse, et il arrive que des chasseurs eux-mêmes se retrouvent à chasser dans le parc. »

Piste ULM et loutres dérangées

Loin de la savane africaine, le projet landais de sanctuaire pour félins aura aussi un effet très concret sur la biodiversité locale : les enclos jouxtent une zone Natura 2000, le long du ruisseau de Capas. Ils traversent même le cours d’eau à deux endroits. La zone est recouverte d’une belle forêt composée de chênes tauzins et de pins des Landes, comme celle qui a brûlé en 2022 en Gironde. Pour mener leurs travaux de terrassement et de défrichement, Michael Cardinel et sa femme ont donc dû demander des autorisations, vu les qualités écologiques du milieu.

Sur le défrichement, les Cardinel ont obtenu l’autorisation auprès de la direction départementale des territoires (DDTM) de défricher une parcelle de 2,6 hectares au titre de l’élevage de félins. Or, seule une petite partie de cette parcelle (0,4 hectare) est concernée par le projet d’élevage : les plus grands enclos se trouvent sur d’autres parcelles plus au sud. « C’est une parcelle forestière, destinée à la sylviculture. Ce n’est pas naturel », minimise l’ex-militaire.

À quoi servira le reste de l’espace défriché ? À une piste pour... ULM. D’après des documents consultés par Reporterre, la préfecture a en effet délivré aux Cardinel une autorisation pour construire à l’endroit défriché une plateforme pour ces aéronefs ultralégers motorisés, dans le cadre d’un usage privé et familial. Et ce, au titre de l’élevage félin.

« On n’allait quand même pas se priver de notre piste privée »

Au départ, le couple voulait effectivement proposer au public de survoler les enclos à l’occasion d’un baptême d’ULM. Une petite partie du prix du baptême aurait ensuite été reversé à l’association Big Cats. Monsieur et madame Cardinel étant tous deux pilotes, ils auraient pu assurer les vols.

Passionnée d’aviation et ingénieure chez Dassault, Alix Cardinel possède d’ailleurs une société d’aéronautique nommée Alism, dont le siège social se situe depuis 2021 au Moulin de Capas, le domicile des Cardinel. Mais le projet de survol en ULM a été retoqué par l’administration, au motif qu’il risque de déranger les animaux, et considérant qu’il s’agissait d’une forme de présentation au public, incompatible avec le projet de sanctuaire originel.

Toutefois, les Cardinel n’ont pas abandonné le projet de piste ULM à vocation privée : « On n’allait quand même pas se priver de notre piste privée, juste parce qu’on n’a pas le droit de survoler les enclos, s’indigne Michael Cardinel. Je ne vais pas abandonner mon mode de vie, arrêter d’aller faire un tour en ULM avec mes enfants, le soir en partant de chez moi. »

Implantation de la piste ULM. Capture d’écran de l’arrêté portant création d’une plateforme ULM

Outre le défrichement, le cours d’eau pose aussi question. Pour accueillir les félins, Michael Cardinel veut clôturer à deux endroits le ruisseau de Capas : un cours d’eau classé Natura 2000, qui traverse les enclos sur près de 1 km. Pour ce faire, il a prévu d’enfoncer un barreaudage assez large dans le lit de la rivière, pour laisser passer les espèces aquatiques.

Bémol : « Si l’on veut que les fauves ne puissent pas sortir, il y aura forcément une rupture de continuité [le ruisseau sera coupé], explique Marine Hediard, salariée de l’association Landes Nature, chargée de l’animation du site Natura 2000. Il faut que les barrières soient suffisamment solides et arrimées pour empêcher les fauves de s’échapper, et dans un sol sableux, ça va être très compliqué de le faire sans affecter le milieu… »

« C’est mon choix, et c’est chez moi »

Sollicitée pour donner un avis technique sur le projet, cette spécialiste de l’environnement s’inquiète surtout des conséquences sur les espèces protégées. « Il y a une présence avérée de la loutre, on a retrouvé plusieurs épreintes [déjections de loutre] dans le ruisseau de Capas », confirme Marine Hediard. C’est aussi un habitat potentiel pour les visons d’Europe, une espèce en voie d’extinction.

Un détail, pour Michael Cardinel, au vu de l’enjeu de préservation des fauves : « Moi, je préfère sauver vingt grands félins et déranger potentiellement une loutre sur 800 m. C’est mon choix, et c’est chez moi. »

Mais chez soi, on ne fait pas toujours ce que l’on veut, surtout quand on touche à un cours d’eau. Or, les Cardinel prévoient de réaliser plusieurs passages à gué : des points de franchissement du cours d’eau où la chaussée est légèrement immergée dans l’eau, permettant de traverser la rivière à pied ou avec un véhicule. Ce genre d’ouvrage nécessite de gros travaux de terrassement et d’empierrement, pouvant abîmer les berges et le lit de la rivière, à plus forte raison dans un milieu sablonneux, sensible à l’érosion.

L’état actuel d’une parcelle de terrain et du ruisseau concernés par le projet. Capture d'écran / Big Cats

Dans ses recommandations, l’association Landes Nature avait d’ailleurs plutôt préconisé de « privilégier l’implantation d’une seule passerelle pour un véhicule non motorisé (ou maxi du genre quad) afin de ne pas faire d’obstacle et de ne pas fragiliser les berges ». Michael Cardinel n’a pas suivi leurs conseils. « On ne peut pas tomber d’accord sur tout, répond-il. Sinon, il fallait racheter ces parcelles et les laisser libres. Mais aujourd’hui, c’est moi qui en suis propriétaire pour y faire un sanctuaire, donc je suis bien obligé de mettre des clôtures dans l’eau et des passages à gué. »

« On n’est pas contre ce projet de sanctuaire pour félins, précise Marine Hediard, de Landes Nature. On trouve simplement que ce n’est pas normal que Big Cats ne soit pas soumis aux mêmes règles que tout le monde. »

« On a besoin de place en sanctuaires ! » renchérit Lorène Jacquet, de la Fondation 30 Millions d’amis. Elle s’inquiète que la stigmatisation du projet Big Cats empêche la création d’autres projets de sanctuaires pour accompagner la fin des animaux sauvages dans les cirques d’ici 2028. « Environ 500 animaux de cirque, dont 300 fauves, sont concernés par cette mesure », selon le ministère de la Transition écologique. Le sort restera indécis si l’État ne permet pas aux nouveaux sanctuaires de voir le jour... À condition de s’assurer qu’il s’agit bien de projets sérieux et cohérents.

Interrogés concernant les sommes déjà versées au projet Big Cats, le ministère de la Transition écologique et la fondation Brigitte Bardot n’ont pas répondu aux questions de Reporterre dans les délais impartis.

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