L’Origine-score, un logo (inutile) sur la provenance des produits
Les agriculteurs demandent que l'origine des produits transformés soit inscrite sur l'emballage. - © AFP / Sylvain Thomas
Les agriculteurs demandent que l'origine des produits transformés soit inscrite sur l'emballage. - © AFP / Sylvain Thomas
Durée de lecture : 6 minutes
Le gouvernement envisage de lancer d’ici à l’été 2024 un indicateur sur l’origine des aliments transformés, mais il serait non obligatoire. Or, pour l’UFC-Que choisir, il est indispensable de l’imposer aux industriels.
Stop au poulet ukrainien, aux brocolis en provenance d’Italie et au miel argentin ! C’est le mot d’ordre du monde agricole depuis plusieurs semaines. Ces produits étrangers vendus en supermarché relèvent de la concurrence déloyale, estiment les agriculteurs. Et pour le dénoncer, ils ont mené de nombreuses opérations en magasin remplissant des chariots entiers de marchandises provenant d’autres pays européens ou de l’autre bout du monde.
Parmi les mesures que le gouvernement égraine pour apaiser leur colère, l’une consisterait à mieux informer les consommateurs sur l’origine des produits qu’ils achètent. Le 22 février dernier, Olivia Grégoire, ministre déléguée à la consommation, annonçait vouloir lancer avant l’été 2024 un nouvel indicateur : l’« Origine-score ».
L’origine des produits bruts est déjà obligatoire
Sur le principe du Nutri-score, qui aide le client à choisir les produits de meilleure qualité nutritionnelle, l’Origine-score doit permettre de repérer facilement la provenance exacte des ingrédients d’un produit semi-transformé ou transformé. Car pour les produits bruts — à savoir les fruits et légumes, la viande, le poisson, le miel mais aussi le vin — la réglementation française impose déjà la mention du pays d’origine, ou de la zone de pêche dans le cas du poisson sauvage.
Ce qui n’est pas le cas des ingrédients de la mayonnaise, l’exemple cité par Olivia Grégoire : « On a l’information selon laquelle les œufs sont d’origine française, détaille son cabinet. Sauf que lorsque vous retournez le pot, vous vous apercevez que vous ne savez pas du tout d’où vient l’huile qui constitue 70 % de cette mayonnaise. »
Cette proposition de nouvel indicateur émane du collectif En vérité, une association qui regroupe une cinquantaine de marques de l’agroalimentaire (D’aucy, Nod, Priméal, Jardin bio étic, Vrai, etc.) et dont l’objectif est de « permettre aux consommateurs de savoir ce qu’ils mangent, quel que soit le produit ». Pour cela, le collectif envisageait de demander au législateur, à travers une proposition de loi, d’imposer à toutes les marques l’affichage obligatoire des pays de provenance des ingrédients.
Un logo plébiscité par les consommateurs
Selon une étude publiée en octobre 2023, 86 % des consommateurs interrogés aimeraient disposer de cette information au moment de leur achat. « La situation actuelle ne leur convient pas. Ainsi, ils critiquent l’accessibilité, la fiabilité et la crédibilité de l’information sur l’origine des produits », constatait le collectif. Ce dernier en a profité pour tester un indicateur qu’il a imaginé. Conclusion : celui-ci a été perçu comme « deux fois plus crédible que les labels existants » (tels Origine France, AOP ou Fabriqué en France).
De là à ce que ce logo devienne obligatoire, il y a un grand pas que le gouvernement n’envisage pas, pour l’heure, ne voulant pas faire peser de contraintes sur les entreprises. « C’est pour ça que l’appel de la ministre est un appel pour une démarche volontaire », précise le cabinet d’Olivia Grégoire. Il rappelle que c’est le règlement européen concernant l’information sur les denrées alimentaires, dit « règlement Inco », qui encadre les mentions obligatoires des produits alimentaires. La France ne pourrait donc pas l’imposer seule.
Un test interrompu plus vite que prévu
Pourtant, l’affichage obligatoire de l’origine des ingrédients alimentaires a déjà été en vigueur en France. C’était de 2017 à 2021, après l’affaire de la viande de cheval frauduleusement introduite dans des lasagnes de bœuf. « Nous avions obtenu de haute lutte, secondés par des syndicats agricoles, dont la FNSEA, l’affichage obligatoire de l’origine des ingrédients carnés et laitiers utilisés dans les plats transformés », se souvient Olivier Andrault, chargé de mission alimentation à l’UFC-Que choisir.
Mais l’expérimentation a été interrompue plus vite que prévu. Lactalis a en effet obtenu l’annulation du décret qui imposait cet étiquetage sur le lait, une obligation jugée contraire au droit européen par le Conseil d’État. « La France — qui avait pourtant obtenu l’imprimatur de la Commission européenne pour ce test — n’a pas contesté cette décision, souligne Olivier Andrault. Elle n’a pas non plus demandé la prolongation de l’expérimentation. »
Savoir que la truffe est chinoise
L’UFC-Que choisir se dit bien sûr favorable, sur le principe, à un Origine-score et prête à participer, « si elle est invitée », à la réunion de concertation que le gouvernement a annoncée pour la mi-mars avec l’ensemble des acteurs. Mais elle plaide d’ores et déjà pour un affichage obligatoire du « pays d’origine exact », et refusera toutes mentions vagues telles que « Origine UE » ou « Origine non UE » qui permettraient aux industriels de contourner les règles.
« On voit bien avec le Nutri-score que les marques dont les produits seraient les moins bien notés refusent de l’afficher, explique Olivier Andrault. Et elles n’améliorent pas la composition de leurs produits. Contrairement aux marques qui ont adopté l’indicateur et dont le score des produits s’améliore significativement. »
Le pays exact doit, selon l’association de consommateurs, être affiché pour les ingrédients majoritaires mais aussi pour tous les ingrédients « caractérisants ou valorisants » du produit. « Imaginons du foie gras truffé. Non seulement le pays d’origine du canard devrait être affiché, mais aussi celui de la truffe. Car quand elle provient de Chine, la truffe ne sent en général rien et a été boostée aux arômes synthétiques. »
Les industriels achètent là où c’est le moins cher
Enfin, avec cet Origine-score, l’UFC-Que choisir voit un moyen de mettre fin à une dérive de l’agro-industrie : l’approvisionnement auprès d’une infinité de fournisseurs. « Les industriels achètent là où c’est le moins cher. Les acheteurs sont devenus des traders qui ont les yeux rivés sur les cours mondiaux des matières. Si la poudre de lait est moins chère en Nouvelle-Zélande, ils vont l’acheter en Nouvelle-Zélande », dénonce Olivier Andrault. Pour lui, ce système empêche les industriels de connaître la qualité et de suivre la traçabilité de leurs produits.
Mais quel industriel déciderait volontairement d’écrire noir sur blanc qu’il s’approvisionne à l’autre bout du monde ? Ce serait prendre le risque de voir les ventes s’effondrer. En revanche, quand les ingrédients sont Made in France, le fabricant s’empresse déjà de le signaler sur l’emballage. Pas besoin de lui suggérer ! Dès lors, un logo volontaire semble inutile.
Pour le rendre obligatoire, la France se dit prête à porter ce nouvel indicateur au niveau européen dans le cadre de la révision du règlement Inco prévue en 2025. Comme elle le fait actuellement pour le Nutri-score. Or la généralisation de ce dernier se heurte depuis de nombreux mois à l’hostilité de plusieurs pays, sous la pression des lobbies de l’agro-industrie. Il est fort à parier qu’il en sera de même pour le futur Origine-score.