L’antiracisme au cœur des nouvelles marches pour le climat
Lors de la marche climat du 25 mai 2019 à Paris. - © Mathieu Génon / Reporterre
Lors de la marche climat du 25 mai 2019 à Paris. - © Mathieu Génon / Reporterre
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Qu’autant de collectifs antiracistes fassent partie de l’organisation d’une marche climat est « inédit », assure la cofondatrice de Banlieues Climat. Des « marches des résistances » sont prévues partout en France le 28 septembre.
Paris, reportage
« Il se passe quelque chose. Nous sommes à un tournant. » Installée dans les bureaux de Greenpeace à Paris, la cofondatrice de Banlieues Climat, Sanaa Saitouli, semble émue. Le 25 septembre, elle était aux côtés d’associations écologiques et de justice sociale, dont Attac et Ghett’up, pour présenter les objectifs des « marches des résistances — Climat, Justice, Libertés », dans les locaux de Greenpeace, qui auront lieu dimanche 28 septembre. Plus d’une soixantaine de mobilisations sont organisées, dans toute la France, pour faire « face à l’offensive réactionnaire ».
C’est la première fois qu’autant d’associations et collectifs décoloniaux et antiracistes sont parties prenantes de l’organisation d’une marche climat. « Nous avons observé beaucoup de marches où nous ne nous sentions pas représentés. Le fait d’être associés dès le départ nous permet de porter des sujets de justice sociale et environnementale. C’est inédit pour nous », dit Sanaa Saitouli.
« Au sein du mouvement climat, nos revendications étaient un peu des ovnis », enchérit Hala Bounaidja-Rachedi, des Impactrices — un collectif qui œuvre depuis 2017 à promouvoir une écologie « féministe, décoloniale et antiraciste ». Or « nos combats sont indissociables les uns et des autres », rappellent les organisatrices et organisateurs des marches.
« Le mouvement a évolué, il s’est élargi. Et nos mots d’ordre sont le reflet de cette évolution », explique Léa Geindreau, d’Action Justice Climat (ex-Alternatiba).
Gaza, COP30, ultrariches...
Lancées en 2015 lors de la COP21, les marches climat ont pris de l’ampleur en 2018, après la démission du ministre Nicolas Hulot, réunissant plusieurs dizaines de milliers de personnes dans toute la France. Le Covid-19 leur a porté un coup d’arrêt et, après 2022 et le relâchement des mesures antipandémie, elles n’ont jamais repris avec autant de vigueur. Ces dernières années, on compte sur les doigts d’une main le nombre de marches organisées nationalement.
« Les marches prennent souvent un caractère rituel, assurait Vincent Gay, sociologue et membre d’Attac sur Reporterre il y a trois ans. Mais tant qu’on n’en attend pas des miracles, il faut continuer de faire apparaître une majorité culturelle sur la question climatique et ne pas délaisser ces moments-là. »
« Le mouvement a évolué, il s’est élargi »
Les revendications de cette marche dépassent en effet largement les simples doléances climatiques. Ainsi, Hélène Coron, membre de Waves of Freedom, également présente à la conférence de presse, est venue parler des flottilles qui voguent vers Gaza pour dénoncer le génocide perpétré par l’État d’Israël et ouvrir un corridor humanitaire. Andressa dos Santo Duta, militante brésilienne contre le racisme, a, elle, évoqué la prochaine COP30, qui se tiendra à Belém en novembre. « La crise climatique n’impacte pas les personnes noires de la même façon. On doit reconnaître le racisme comme un producteur d’inégalités », a-t-elle déclaré.
Quant à Soraya Fettih, elle a présenté le mouvement Draw The Line, une coordination internationale réclamant la taxation des ultrariches. « Pourquoi tout ces sujets différents sous un même mobilisation ? Pour un même objectif : remettre le peuple dans l’espace public et obtenir des mesures contraignantes pour lutter contre les forces réactionnaires, le chaos climatique et le recul de nos droits sociaux, a assuré cette membre de l’ONG 350.org. Nos sujets ne peuvent pas être traités de manière isolée, on est tous liés contre un ennemi commun. »