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ReportageLuttes

L’entrepôt géant Green Dock bientôt abandonné ?

Les manifestants face à l'entrée du site du projet d'entrepôt Green Dock.

Des opposants au projet d’entrepôt logistique géant Green Dock ont manifesté le 1er juin, plus confiants que jamais après l’avis très sévère de l’autorité environnementale. Le maire de Gennevilliers se dit prêt à renoncer.

Gennevilliers (Hauts-de-Seine), reportage

À pied, à vélo ou en kayak, ils étaient plusieurs dizaines à s’élancer, dimanche 1er juin, pour « semer les graines de la victoire ». Ces militants et riverains se mobilisent contre le projet d’entrepôt géant Green Dock sur le port de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), pour un acte 2 des Soulèvements de la Seine, une série d’actions menée contre des projets qui affectent le bassin du fleuve.

Encouragés par la mélodie du chardonneret et l’envol du faucon crécerelle, des espèces qui ont trouvé refuge dans la zone, le groupe de cyclistes pédale sur les berges en direction de la zone logistique. Il est rapidement intercepté par la police. Après un concert de sonnettes de vélo et quelques minutes de négociation, ils obtiennent l’autorisation de se rendre aux abords du site du futur entrepôt, escortés par les agents. Arrivée devant les grilles, Lola, des Soulèvements de la Terre Île-de-France, annonce au mégaphone : « On prend de l’élan, une bonne respiration, et on lance aussi loin qu’on peut ! » 

Des dizaines de boules de graines sont projetées à l’intérieur du site, dont la terre est désormais à nu après la démolition des anciens bâtiments. Des graines « pionnières et indigènes », comme la moutarde, l’amarante ou la luzerne, que les militants espèrent voir germer et « recoloniser l’espace ». En auront-elles le temps ? En tous cas, « le projet a déjà pris beaucoup de retard », constate Damien, des Soulèvements de la Terre Île-de-France.

Les manifestants ont jeté des boules de graines à l’intérieur du site prévu pour l’entrepôt Green Dock. © NnoMan Cadoret / Reporterre

Dans un contexte morose pour l’écologie et ses luttes, les opposants à Green Dock, ont retrouvé un peu d’espoir depuis la publication de l’avis, cinglant, de la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAE) sur le projet du promoteur immobilier Goodman, rendu le 23 avril.

Étude d’impact « tronquée et insuffisante »

Des impacts sous-estimés avec des « lacunes manifestes » et des « biais méthodologiques »… L’autorité environnementale demande au groupe australien de revoir sa copie sur un bon nombre de points. Son étude d’impact est jugée « tronquée et insuffisante », car elle élude la chaîne logistique dans laquelle doit s’insérer l’entrepôt. « Le rapport démontre point par point tout ce qu’on dit depuis le début », constate Damien, des Soulèvements de la Terre Île-de-France.

Le face-à-face entre le convoi à vélo et la police, qui bloquait l’accès au site de Green Dock. © NnoMan Cadoret / Reporterre

Selon la MRAE, les incidences du projet risquent d’être « majeures », notamment sur la zone Natura 2000 située sur l’Île-Saint-Denis, en face du futur bâtiment de 34 mètres de haut, dont l’ombre risque de plonger dans l’obscurité des niches écologiques dépendantes de la lumière naturelle. Quant à la renaturation des berges, promise par le porteur du projet, elle apparaît « peu vraisemblable », car le site sera trop proche de la Seine. 

Le permis de construire en balance

Même si cet avis sévère de l’Autorité environnementale n’est que consultatif, il risque de peser dans la balance. D’ailleurs, la direction de Goodman ne s’y trompe pas. « Ils m’ont appelé le lendemain de la parution en disant que l’avis exagère et que c’est fait avec de mauvais chiffres », révèle Patrice Leclerc, le maire (PCF) de Gennevilliers, qui penche plutôt en faveur de l’implantation de l’entrepôt, dont il espère des retombées économiques pour le territoire.

Le site prévu pour l’entrepôt Green Dock, dont la terre est à nu après la destruction d’anciens bâtiments. © NnoMan Cadoret / Reporterre

« Le fait que ça touche la zone Natura 2000, c’est la ligne à ne pas franchir. Si Green Dock ne bouge pas pour suivre l’avis de l’autorité environnementale, je ne signerai pas le permis de construire », tranche l’élu, interrogé par Reporterre. Une position qu’il a réaffirmée dans une lettre adressée au maire de l’Île-Saint-Denis, Mohamed Gnabaly, que nous nous sommes procurée.

La lettre envoyée par Patrice Leclerc, maire de Gennevilliers, à Mohamed Gnabaly, maire de l’Île-Saint-Denis. Document remis.

« Les remarques formulées par la MRAE […] montrent qu’il y a un impact plus important sur la zone Natura 2000 que celui initialement présenté par les porteurs du projet », écrit Patrice Leclerc, en affirmant qu’à défaut d’une démonstration de l’absence d’impact ou d’adaptation du projet, « la ville de Gennevilliers ne pourra délivrer le permis de construire ».

Les germes d’un contre-projet

Dans son avis, l’Autorité recommande de réévaluer le besoin d’une dérogation à la protection des espèces, dont le projet a été jusqu’ici épargné. Une suggestion qui réjouit les membres du collectif des Naturalistes des terres, qui ont réalisé des inventaires participatifs de la faune et de la flore présentes aux abords du site prévu pour accueillir l’entrepôt.

Moineaux domestiques, cormorans, hérons… Toutes ces espèces et tant d’autres que Thérèse, habitante d’Épinay de 74 ans, espère pouvoir continuer à apercevoir au cours de ses promenades le long de la Seine. À la place de « ce gros mastodonte », elle préférerait que les berges soient « révégétalisées et leurs abords aménagés pour la balade ».

Les Soulèvements de la Seine luttent contre les projets affectant le bassin du fleuve, comme le canal Seine-Nord Europe. © NnoMan Cadoret / Reporterre

C’est le choix fait par plusieurs municipalités franciliennes en bord de Seine et l’une des options discutées par des militants, riverains et ouvriers de la logistique dans l’élaboration d’un contre-projet pour « penser une autre logistique » sur le port : des « entrepôts alimentaires » pour acheminer des produits issus de fermes franciliennes, une « charte des activités logistiques » pour améliorer les conditions de travail et une « ré-écologisation » du site de Green Dock.

Les opposants placent désormais leurs espoirs dans l’intransigeance du maire de Gennevilliers et aiguisent leurs arguments en prévision de l’enquête publique qui approche, à une date encore incertaine.

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