« L’être humain ne devrait pas être l’alpha et l’oméga de la réflexion sur l’avenir de la planète »

Durée de lecture : 18 minutes

26 avril 2019 / Entretien avec Pierre Rigaux

Quel est le rôle des naturalistes dans la défense de la biodiversité ? Faut-il connaître la nature pour la protéger ? Quelles contraintes pèsent sur les ONG environnementalistes ? Pierre Rigaux, dans cet entretien, explique pourquoi il a quitté la Ligue de protection des oiseaux pour s’engager publiquement, notamment contre la chasse et les tirs de loups.

Reporterre poursuit une grande série d’entretiens de fond avec celles et ceux qui renouvellent la pensée écologique aujourd’hui. Parcours, analyse, action : comment voient-elles et voient-ils le monde d’aujourd’hui ? Aujourd’hui, Pierre Rigaux, naturaliste spécialiste des mammifères, membre de la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM) et de Cap loup, militant contre la chasse et les tirs de loups.


Reporterre — Comment en êtes-vous venu à l’écologie ?

Pierre Rigaux — J’ai grandi à l’interface entre la banlieue et la campagne, au nord de l’Île-de-France. Enfant, j’ai été frappé par l’urbanisation qui avançait à vue d’œil. En quelques mois, un bosquet était remplacé par des lotissements. Il y avait aussi la culture intensive : dans notre lieu de vacances, là où je voyais des pies-grièches dans des haies, il n’y avait l’année suivante qu’un immense champ vide. J’étais attiré par tout ce qui est sauvage, sans emprise humaine, et je voyais ça être détruit petit à petit.



Comment acquiert-on une telle connaissance sur le monde sauvage ?

J’ai passé beaucoup de temps sur le terrain. À l’époque, il n’y avait pas Internet, j’ai appris dans des ouvrages sur les traces d’animaux ou dans les numéros de La Hulotte. J’avais des cassettes avec les chants d’oiseaux et des jumelles offertes par mes parents, et j’essayais de mettre en correspondance ce que je voyais avec les jumelles et les dessins dans les livres, ce que j’entendais comme chants et la cassette. Jusqu’à 20 ans, je n’ai jamais rencontré personne qui s’intéresse à ce sujet. Je me suis formé en autodidacte.



Pourquoi vous intéressez-vous aux mammifères ?

Nous sommes des mammifères ! Quand on est en contact avec un mammifère, il se passe un truc qui ne se passe pas avec un oiseau. C’est un monde très varié : des petits, des grands, des modes de vie différents. Rien à voir entre étudier un mulot et un loup. Ils sont plus difficiles à observer, ce qui explique en partie le moindre nombre de naturalistes spécialisés à leur sujet. Moi, j’aime ce côté défi.



Vos études de biologie à l’université ont-elles été complémentaires de votre savoir pratique ?

J’ai choisi les plantes, une spécialité que je connaissais peu. C’était un enseignement riche, même si parfois déconnecté du terrain. En maîtrise, après quatre ans à étudier le fonctionnement d’une plante, la plupart des étudiants ne savaient pas identifier un hêtre ou un chêne. Ce n’est pas pour les blâmer, mais pour montrer les absurdités de la formation. Lors d’un stage à l’Inra [l’Institut national de la recherche agronomique], mon maître de stage ne faisait pas la différence entre deux herbes distinctes d’une prairie. Il étudiait la biologie de la prairie en passant les brins d’herbe au scanner !

« Par rapport aux autres enjeux écologiques, la biodiversité est très peu prise en compte. »

Comment en êtes-vous venu à travailler à la Ligue de protection des oiseaux ?

J’ai toujours voulu travailler dans la protection de la nature. Étudiant, j’étais bénévole dans des associations environnementales et je faisais beaucoup d’inventaires d’oiseaux. C’est comme ça que j’ai été embauché. Mon premier travail à la LPO consistait à aller dans les recoins de la région et à noter tous les oiseaux que je voyais. Le rêve !

Mais, au bout de quelques années, j’ai été lassé et déçu du fonctionnement associatif. Pour moi, l’engagement associatif doit viser à faire bouger le système, mais les ONG de protection de la nature en France sont complètement dans le système. Elles ont deux modèles économiques possibles : les subventions ou le don. Mais les gens adhèrent et donnent peu en France. Quant à la dépendance aux subventions, elle crée un fonctionnement aberrant. L’objectif principal n’est plus de résoudre tel problème environnemental, mais de payer les quatorze salariés et donc éviter de vexer le conseil régional, le conseil départemental, les « partenaires ». Par exemple, ne pas froisser EDF qui gère les barrages hydrauliques, parce que l’entreprise pourrait nous payer pour faire un suivi intéressant sur la biodiversité aquatique.

Quand j’étais salarié de la LPO à la région Paca [Provence-Alpes-Côtes d’Azur] sur les mammifères, le directeur m’avait interdit de parler, d’intervenir ou de faire une action sur le loup, par crainte de déranger des élus anti-loups qui financent l’association. L’association se contentait d’un petit communiqué ou d’une action juridique de temps en temps pour satisfaire les adhérents, mais il ne fallait surtout pas faire trop de bruit à ce sujet.



Une autre source de financement des ONG est les études d’impact préalables à un chantier…

Oui, et cela produit toujours un débat interne. Certains disent qu’en faisant les études d’impact, on peut influer sur les projets. D’autres qu’on ne parvient jamais à faire bouger les choses et qu’on sert plutôt de caution. Ce n’est pas blanc ou noir, mais à cause des études d’impact et des subventions publiques, la marge de manœuvre des ONG est très faible, avec une autocensure immense.



Est-ce pour cela que vous avez quitté la LPO ?

J’ai été fortement aidé dans ma décision puisque j’ai été licencié économique. Mais je pense que mon licenciement n’est pas étranger au fait que j’ai pris publiquement position sur certains sujets comme le loup. Paradoxalement, le fait que je sois engagé pour l’écologie gênait. Certains dirigeants redoutaient que cela donne une image d’association engagée. Dans les Hautes-Alpes, à la suite d’un recours juridique d’associations contre un arrêté préfectoral de tirs de loup, le préfet a dû retirer son arrêté et le président du conseil départemental a annoncé qu’il arrêtait les subventions à la LPO.



Quand on pense naturaliste, on imagine un explorateur découvrant de nouvelles espèces. Aujourd’hui, qu’est-ce que les naturalistes peuvent encore nous apprendre ?

Dans certaines zones du globe, il reste plein de choses à découvrir. En Europe, la liste des espèces ne s’allonge plus trop, les seules nouvelles découvertes sont le fruit de la génétique. Par exemple, à la suite d’un séquençage du génome, on a « découvert » qu’il existait deux espèces de taupes différentes dans le Sud-Ouest… pourtant visuellement les mêmes !

Notre rôle n’est plus tant de découvrir que de préserver. Les naturalistes et les ONG font un énorme travail de recueil de données quantitatives, ce qui permet de voir les tendances. En recomptant les oiseaux, les mammifères, les insectes avec les mêmes protocoles année après année, on constate concrètement la baisse des animaux. Informer, alerter, c’est essentiel.



Comment voyez-vous la situation écologique aujourd’hui ?

Catastrophique, désespérante. Le système libéral est totalement incompatible avec une réelle écologie. À l’inverse du discours des aménageurs, qui se plaignent de ne plus pouvoir rien faire à cause des normes environnementales, nos campagnes continuent d’être détruites.

L’unique amélioration est la prise en compte nécessaire des espèces protégées. Même si dans le principe « éviter, réduire, compenser » censé guider les politiques publiques, c’est toujours compenser qui est retenu, jamais éviter.

Par rapport aux autres enjeux écologiques, la biodiversité est très peu prise en compte. Les conseillers du ministère de l’Écologie sur ces questions, diplômés de grandes écoles, n’ont aucune culture naturaliste. On est obligé de leur expliquer le B.A-BA du fonctionnement d’un écosystème.

« Dans un monde meilleur, il n’y aurait pas besoin d’ONG de protection de la nature et je serais photographe nature plutôt que naturaliste. »

Pourquoi ce manque d’intérêt pour la biodiversité ?

La déconnexion des gens avec la nature. Ils n’ont pas de contact avec un arbre, un oiseau. On me demande parfois : qu’est-ce que ça va changer dans ma vie si un crapaud disparaît ? Je réponds à cette question rhétorique par l’absurde. La disparition d’une espèce n’entraîne pas de bouleversement écologique et n’a donc pas de conséquence sur les humains ; mais, si l’on élimine tout ce qui ne nous apporte rien de concret dans l’immédiat, à la fin il ne restera rien. D’ailleurs, les effets cumulés ne sont jamais pris en compte dans les études d’impact. Quand il détruit une zone humide, l’aménageur indique que l’impact est faible puisqu’il ne s’agit que du millième des zones humides du département. Il n’y a pas de vision globale.

Malheureusement, on utilise souvent — et c’est mon cas, par déformation professionnelle — l’argument utilitaire de l’impact pour les humains parce que c’est le seul qui est écouté par les politiques et certains citoyens. Mais la question qu’on devrait se poser est : a-t-on le droit de faire disparaître une espèce ? Un crapaud est important pour lui-même. L’être humain ne devrait pas être l’alpha et l’oméga de la réflexion sur l’avenir de la planète.

La conscience n’est pas le propre de l’humain, mais nous avons quand même une conscience particulièrement développée de nos actes. Cela nous confère une responsabilité de faire attention aux conséquences et le devoir de ne pas détruire.



Faites-vous le lien entre connaître la nature et de la protéger ?

Il n’y a pas besoin d’une connaissance précise pour une protection globale. Du moment qu’on refuse que la prairie soit détruite et qu’on ne veut pas d’un nouvel aéroport, peu importe si ce qu’on protège est telle ou telle sous-espèce de tulipe sauvage. Et à l’inverse, des gens passionnés par l’observation et l’étude des animaux sauvages prennent l’avion tous les ans pour aller voir tel oiseau en Australie ou la banquise qui fond !

La connaissance naturaliste peut être utile quand il s’agit d’empêcher concrètement un projet. Il faut avoir la connaissance technique pour identifier une espèce, savoir si elle est protégée et comment faire un recours. C’est par défaut qu’on a besoin de nous. Dans un monde meilleur, il n’y aurait pas besoin d’ONG de protection de la nature et je serais photographe nature plutôt que naturaliste.



Que pensez-vous des programmes de sciences participatives entre le Muséum national d’histoire naturelle et nombre d’ONG, avec cette idée qu’en encourageant les gens à observer, on les sensibilise à la protection ?

Même si on parvient à intéresser les gens au monde sauvage, cela n’empêche rien car ils sont pris dans un système de consommation. Quand Nicolas Hulot faisait ses émissions télé sur l’Amazonie, il donnait envie aux gens d’aller voir la forêt, donc de prendre l’avion. On pousse davantage les gens à agir quand on leur montre le côté crade. Au départ, c’est surtout voir des petits jardins ouvriers, des friches ou des petits bouts de forêt disparaître à côté de chez moi qui m’a poussé à agir. Il faut que ce soit concernant.



Pourtant, vous partagez aussi sur les réseaux sociaux des quiz sur les empreintes d’animaux, les chants d’oiseaux… Pourquoi ?

Parce que si je pense qu’il faut choquer, je n’en suis pas sûr non plus. J’essaie de voir ce qui marche et ce que font les autres. Souvent, les ONG font 80 % de caméra cachée dans les abattoirs, 20 % de petit agneau gambadant dans l’herbe.



D’après vous, contre quoi faut-il se battre en priorité pour protéger la biodiversité ?

Contre soi-même. Le système politico-économico-social est incompatible avec une réelle mise en œuvre d’un programme écologique. Au ministère, c’est totalement verrouillé. Pour changer le système, il faut que les gens le veuillent et luttent contre leur envie de confort facile. J’ai des amis naturalistes qui tiennent un discours écolo mais prennent l’avion cinq fois par an pour le bout du monde. Moi-même, j’ai un smartphone depuis peu de temps. Si l’on ne remet pas en question son mode de vie, on ne peut pas demander à un gouvernement de devenir écolo.



Comment avancer dans ce combat ? Comment choisissez-vous vos actions, par exemple votre appel pour la suppression du rayon chasse de Decathlon ?

J’agis avec mes petits moyens là où je pense pouvoir être le plus efficace. Les animaux et la nature sont mon cœur de métier et mon intérêt premier et je connais bien la chasse. Si j’étais ingénieur physicien nucléaire, je m’intéresserais aux centrales nucléaires.

J’essaie de cibler une action et d’obtenir quelque chose. Je ne vais pas obtenir tout seul la fin de la chasse aux oiseaux migrateurs. Mais Decathlon, une enseigne parmi les préférées des Français, vend des produits de chasse et participe à faire accepter socialement cette activité comme un loisir. Si l’on arrive à faire bouger ça ou au moins à le médiatiser, peut-être que les gens se diront qu’il n’est pas normal qu’un loisir se pratique avec un fusil.

« S’il n’y avait plus d’élevage, les cultures serviraient principalement à l’alimentation humaine. »

Vous parlez beaucoup d’actions individuelles. Est-ce parce que pour vous la lutte ne passera pas par des structures organisées comme les ONG et les partis politiques ?

Les ONG peuvent être très efficaces pour obtenir de petites choses concrètes. Ces dernières décennies, il y a plein d’exemples d’espèces protégées grâce à des ONG, de recours d’ONG qui ont permis d’éviter la destruction de telle zone… Mais ce sont des victoires ponctuelles, qui ne nous font jamais changer de direction.



Vous vivez à la campagne, auprès de chasseurs et d’éleveurs et vous luttez contre la chasse et les tirs de loup. Comment mobiliser en milieu rural sur ces questions qui peuvent être très clivantes localement ?

Je cherche à parler au plus grand nombre. Mais je ne dépense jamais d’énergie à essayer de convaincre quelqu’un qui ne sera jamais d’accord. Quand j’habitais dans la Drôme, mon voisin agriculteur était chasseur ; il n’était pas d’accord avec moi mais je n’allais pas me lancer dans un débat avec lui.

Je ne vais pas changer de discours pour autant. C’est pour ça que certains petits éleveurs me détestent. Je les connais, je connais leurs moutons, je vois ce qu’ils font. Ça les dérange que je raconte ce qui se passe. Pareil pour la chasse. Quand j’étais dans la Drôme, j’ai diffusé la photo d’un cerf tué par les chasseurs, en masquant les visages. Pour moi, c’était de l’information. Un chasseur a réagi en venant me menacer de mort chez moi : il a sorti une balle de sa poche et m’a dit qu’elle me finirait entre les deux yeux si je n’arrêtais pas de dire du mal de la chasse.

Si un gars de Paris parle de la chasse, comme les chasseurs se revendiquent de la ruralité, ils jouent sur le clivage ville/campagne. Mais si c’est un mec de la campagne qui le fait…



Pensez-vous qu’il y a trop d’urbains et qu’il faut réinvestir les campagnes pour changer notre rapport à la nature ?

Si beaucoup de gens de la ville allaient vivre à la campagne, les campagnes deviendraient la banlieue. Il y a déjà beaucoup d’étalement urbain et de zones dortoirs en périphérie des villes. En parallèle, les surfaces agricoles déclinent, de moins en moins de gens y travaillent et une grande partie des plantes cultivées servent à l’alimentation des animaux d’élevage.

On n’a pas besoin d’exploiter tous ces animaux et de les envoyer à l’abattoir, pour leur viande ou leur lait. S’il n’y avait plus d’élevage, les cultures serviraient principalement à l’alimentation humaine et on aurait besoin de moins de terres agricoles. On pourrait adopter des modes d’agriculture moins chimiques, moins mécanisés, qui feraient travailler plus de monde — des gens qui s’installeraient à la campagne mais pour y travailler et la faire vivre. Certes, les prairies sont très importantes, mais on peut imaginer les maintenir en y installant des animaux qui ne serviraient pas à la production agricole, dans des fermes-refuges par exemple — ça existe déjà.

Les terres agricoles qui ne serviraient plus à l’alimentation animale pourraient être « réensauvagées ». Redevenir des zones humides par exemple, des milieux essentiels qui ont peu à peu disparu à cause de l’urbanisation et des pratiques agricoles. On pourrait aussi laisser évoluer spontanément des forêts, car les forêts exploitées sont beaucoup plus pauvres écologiquement.



Mais alors, comment reconnecter les gens à la nature en ville ?

En leur montrant ce qui existe près de chez eux, la vie sauvage à l’intérieur des villes. Et en leur enseignant des rudiments de biologie : comment pousse une plante, vit un animal… On n’a pas besoin d’être au cœur de la campagne ou de la forêt pour connaître ça, et encore moins partir en voyage organisé sur la banquise ou en Australie. Et j’en reviens à ma première idée : se reconnecter à la nature, c’est bien, mais regarder ce qui ne va pas l’est autant, voire plus.

« Sur des sujets aussi clivants, on s’en prend plein la tronche : des chasseurs qui menacent, des gens au ministère qui sont censés être des alliés mais qu’on en vient à considérer comme des adversaires, etc. »

Quelle serait la première mesure politique à prendre pour protéger la biodiversité ?

On pourrait revoir le statut des espaces naturels. Aujourd’hui, face à un projet d’aménagement du territoire, les naturalistes font des inventaires en espérant trouver des espèces protégées, parce que la protection des espaces est faible et que c’est la seule manière d’éviter ou de limiter la destruction d’un site. J’ai été contacté un jour par la Dreal [la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement] du Limousin parce qu’un agriculteur était en train d’assécher une zone humide et qu’elle n’arrivait pas à l’empêcher réglementairement. Elle avait trouvé des campagnols amphibies sur le site et voulait que je l’aide à rédiger un argumentaire technique sur cette espèce, pour montrer que l’agriculteur risquait de l’impacter avec son tracteur-pelle. Pour protéger une zone humide, on est obligé de recourir à l’argument d’une espèce ! Ces zones humides devraient être protégées en tant que telles.



Dans ce monde dans lequel on vit, est-ce que ça vaut le coup de faire des enfants ?

Une mesure écologique individuelle forte est de ne pas faire d’enfant. Si l’on consomme végétarien, bio et local, qu’on essaie de ne pas trop prendre la voiture et l’avion, c’est pour réduire son impact ; une réduction d’impact encore plus forte est de ne pas créer un individu en plus qui produit tous ces impacts. Je n’ai pas d’enfant et je ne prévois pas d’en faire. Mais je ne me permettrais pas de juger les gens qui ont des enfants et je ne sais pas si un jour je ne serai pas rattrapé par la passion et les circonstances. Tout cela est tellement triste !



Qu’est-ce qui vous fait tenir malgré tout ?

99 % du temps, l’action ou le combat ne va pas aboutir. En ce moment, avec une ONG, nous demandons au ministère de protéger le putois d’Europe, menacée à cause de la destruction de son habitat et du piégeage mais toujours classé comme nuisible. Les institutions, les naturalistes, le ministère, l’ONCFS [l’Office national de la chasse et de la faune sauvage], le Muséum, tout le monde est d’accord pour dire que l’espèce est menacée. Mais les gens du ministère disent que la protéger déplairait aux chasseurs. Les chasseurs ne s’intéressent pas au putois d’Europe, mais si on leur retire une espèce, ils vont hurler que c’est la porte ouverte aux interdictions. Donc, cette mesure ponctuelle nécessaire a peu de chances d’aboutir.

Je pars du principe qu’une action, normalement, ne va pas aboutir. Cela me permet de ne pas être déçu. Les rares fois où ça fonctionne, ça fait vraiment plaisir. En 2012, on a obtenu la protection du campagnol amphibie, une espèce rare mais assez répandue sur le territoire. Cela permet d’améliorer des projets d’aménagement. Je suis aussi porté par le soutien des gens. Sur des sujets aussi clivants, on s’en prend plein la tronche : des chasseurs qui menacent, des gens au ministère qui sont censés être des alliés mais qu’on en vient à considérer comme des adversaires, etc.

Enfin, quand je m’accorde des pauses, être dans la nature. S’asseoir au bord d’une rivière ou en montagne, arrêter le téléphone et regarder le paysage. Il reste des endroits préservés, même s’ils sont minoritaires. Hier, j’ai regardé le coucher du soleil au bord de la Drôme, à un endroit où la rivière est vraiment sauvage et où elle fait des tresses. C’était somptueux. On se dit « waouh ! merci la nature ». Ça aide à vivre !

  • Propos recueillis par Lorène Lavocat et Émilie Massemin

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Source : Lorène Lavocat et Émilie Massemin pour Reporterre

Photos : © Mathieu Génon/Hans Lucas/Reporterre

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