LGV Lyon-Turin : un convoi à vélo pour alerter les habitants des ravages du tracé
Le convoi de vélos relie en neuf jours Lyon à Modane, à la frontière italienne. - © Antoine Boureau / Reporterre
Le convoi de vélos relie en neuf jours Lyon à Modane, à la frontière italienne. - © Antoine Boureau / Reporterre
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Pendant neuf jours, un convoi de vélos part à la rencontre des habitants du tracé français de la LGV Lyon-Turin. Reporterre a fait un bout d’étape avec les opposants à ce projet pharaonique.
Entre l’étang de Malseroud (Isère) et Avressieux (Savoie), reportage
Des dizaines de vélos, chargés de sacoches et de matériel de camping, sont parqués à la lisière du petit bois qui jouxte l’étang de Malseroud (Isère). C’est le lieu de la pause pique-nique en ce troisième jour des Déraillantes. Ce convoi militant à vélo proteste contre le chantier de la LGV Lyon-Turin, un projet pharaonique lancé dans les années 1980 pour construire une nouvelle liaison ferroviaire de 270 kilomètres, dont 202 de tunnels, entre les deux villes.
Regroupés en Collectifs contre le Lyon-Turin (CCLT), les opposants dénoncent un projet « inutile, ruineux et extrêmement nuisible pour l’environnement » avec la destruction de terres agricoles et de zones humides, des impacts sur les ressources en eau, des millions de mètres cubes de gravats déplacés, la circulation de centaines de camions... Cofinancé par la France, l’Italie et l’Union européenne, le coût du chantier a été évalué à 26,1 milliards d’euros par la Cour des comptes en 2012, un montant en constante augmentation.
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Parti de la place Bellecour, à Lyon, le 24 mai, le convoi, qui compte pour le moment une cinquantaine de cyclistes, doit atteindre Modane, à la frontière italienne, le 1er juin. Pour rendre le parcours accessible, les étapes ne dépassent pas 30 à 40 km par jour, avec des pauses régulières et des voitures-balais en cas de coup de fatigue.
« C’est super d’y aller à vélo : on peut facilement s’arrêter dans les maisons, discuter avec les gens », apprécient les Lyonnaises Perrine, 23 ans, et Eva, 24 ans. L’objectif du convoi est en effet d’aller à la rencontre des habitants concernés par le futur tracé du Lyon-Turin et de les informer sur les conséquences des travaux et leurs droits en cas d’expropriation.
« Nous sommes tous concernés, pas seulement les habitants directement touchés par le tracé »
Après le pique-nique, les cyclistes repartent par petits groupes pour faire du porte-à-porte. Ce lundi 26 mai, Reporterre a suivi des participants qui se rendaient à Chimilin, commune de 1 500 habitants dont certaines maisons se trouvent pile sur le tracé du projet de ligne ferroviaire.
Jean-Pierre et Éliane vivent dans un ancien corps de ferme tout proche de l’autoroute A43. Le couple de retraités ne risque pas d’expropriation, car leur terrain est situé à 200 mètres environ du tracé, mais il s’inquiète des futures nuisances, « en particulier pour les générations plus jeunes » sans cacher une certaine résignation. « Quand ils ont construit l’autoroute, mon père, qui était agriculteur, a dit : “Je ne les laisserai pas passer, je les attendrai avec le fusil.” Finalement, l’autoroute s’est faite et il a dû céder ses terrains agricoles », relate Éliane. Un jeune militant leur assure que le projet peut encore être arrêté.
« Gaspillage d’argent public »
En fin de journée, le convoi est accueilli pour la nuit au château de Montfleury, à Avressieux (Savoie), un village qui sera lui aussi fortement affecté par le projet. Sur place, une réunion publique, animée par des représentants du CCLT Chartreuse, rappelle l’ampleur de ce qui est en jeu. « Nous sommes tous concernés, pas seulement les habitants directement touchés par le tracé », déclare un intervenant. « Un milliard d’euros a été dépensé entre 2002 et 2012 pour la remise en état de la ligne Lyon-Turin existante » et « déjà trois milliards » ont été engloutis dans le chantier. « C’est du gaspillage d’argent public », alerte-t-il.
Selon les opposants, le promoteur du projet est dans une « phase d’excitation » avec l’approche de la fin de la validité de la déclaration d’utilité publique en 2028. « Il est urgent de réagir ! » préviennent-ils. « Tous les territoires traversés par ce projet seront mis sens dessus dessous, c’est garanti ! » rappelant les dégâts du chantier en Maurienne, avec des montagnes de gravats « qui défigurent le paysage ».
« Sauver la beauté du monde », c’est précisément ce qui anime Fabien, participant à l’action. « Tous ces paysages voués à disparaître pour créer une nouvelle voie de circulation : pour quoi faire ? » s’interroge le quinquagénaire. Ravi de l’ambiance festive de la mobilisation, il rejoindra à nouveau le convoi jeudi avec son fils de 8 ans, à qui il souhaite transmettre cette conscience.