« La Promesse verte », le thriller écologique qui dénonce le désastre de l’huile de palme
« La Promesse verte » s'intéresse aussi aux populations autochtones indonésiennes chassées de leurs terres. - © Thomas Lavelle
« La Promesse verte » s'intéresse aussi aux populations autochtones indonésiennes chassées de leurs terres. - © Thomas Lavelle
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Édouard Bergeon, réalisateur du film « La Promesse verte », considère que les responsabilités du scandale de l’huile de palme sont partagées entre les politiciens occidentaux et les exploitants d’Asie du Sud-Est.
Martin avait une obsession : dévoiler au grand jour le désastre des cultures d’huile de palme, en Indonésie. Les forêts éventrées par les bulldozers, les peuples autochtones réprimés par les milices privées. Emprisonné dans le couloir de la mort pour trafic de drogue, un motif fallacieux, il ne peut plus compter que sur sa mère, Carole. Portée par un amour viscéral, elle s’élance dans une bataille inégale, où de puissants lobbies ont les cartes en main.
En salles mercredi 27 mars, La Promesse verte est un thriller écologique, dans la lignée de Goliath sorti en 2022. Le réalisateur Édouard Bergeon, fils d’agriculteur et ancien journaliste, ne parvient pas à signer un film aussi bouleversant que son premier long-métrage, Au nom de la terre, sur l’endettement des paysans français. La comédienne Alexandra Lamy réussit toutefois à nous embarquer dans l’univers sans scrupule de l’huile de palme, où l’écologie et les droits humains sont bafoués.
Reporterre — À quel moment est née l’idée de mettre en scène l’industrie de l’huile de palme ?
Édouard Bergeon — L’envie d’écrire ce film m’est venue lors du tournage de mon premier long-métrage, Au nom de la terre, en 2018. En épluchant la presse, j’avais appris le blocage d’une raffinerie de Total près de Marseille. Les agriculteurs dénonçaient les importations d’huile de palme venue d’Asie du Sud-Est.
L’État les avait incités à cultiver du colza pour produire du biocarburant et voilà que ces importations s’apprêtaient à faire baisser les cours de leur marché. Cette colère paysanne, d’ailleurs toujours d’actualité, m’a poussé à vouloir comprendre ce qui se jouait en coulisses, à l’autre bout du monde.
Dans l’une des scènes, Carole, jouée par Alexandra Lamy, tente d’éliminer de ses placards tous produits contenant de l’huile de palme. Et ce n’est pas si simple…
La survie des orangs-outans est devenue l’étendard de la lutte contre l’huile de palme, et Nutella le principal coupable. Pourtant, elle est partout. Dans la bouffe transformée, les lessives, les cosmétiques et puis, désormais, les prétendus biocarburants.
Les industriels, comme certains politiques, nous vendent ces carburants comme un miracle écologique. Il n’en est rien. Les cultures nécessaires à leur production sont parmi les plus écocides du globe. Des forêts primaires, véritables poumons de notre planète et remparts essentiels contre le changement climatique, sont dévastées. Les engrais chimiques sont utilisés en quantités folles et le produit fini est transporté par des cargos polluants jusqu’en Europe.
Sans oublier le désastre humain pour les peuples autochtones, chassés de leurs terres ancestrales, et pour la biodiversité locale. J’ai été fasciné, lors du tournage, par tous les bruits émanant de ces forêts. À l’inverse, dans les plantations de palmiers, il n’y a plus un son. Rien.
Le film s’attache aussi à démontrer le partage des responsabilités.
Exactement. Avant le tournage, je me suis beaucoup documenté. J’ai multiplié les entretiens avec les associations luttant contre la peine de mort, des anciens du quai d’Orsay [le ministère des Affaires étrangères], des lobbyistes. J’ai lu des bouquins sur le sujet, visionné des documentaires et je suis parti faire quelques repérages, là-bas... Mes vieux réflexes journalistiques.
Or, ce travail m’a poussé à la nuance. Je ne voulais pas jouer au procureur. Bien sûr, le film dénonce l’appétit dévorant des exploitants indonésiens, qui déforestent aveuglément. Seulement, il interroge aussi les intérêts financiers des Occidentaux et montre que nos dirigeants politiques ferment les yeux sur ce désastre. Qu’importe que ce système ne soit pas viable, tant que l’huile de palme reste une incroyable manne financière.
Certains rôles sont-ils inspirés de véritables personnes ?
Le film n’est pas tiré d’une histoire vraie, mais il pourrait l’être. Les informations au sujet de la déforestation, de la diplomatie française, de l’industrie de l’huile de palme, sont vraies. Les scènes ont été tournées dans de véritables cellules de prison, de véritables usines et palmeraies, ainsi que dans un véritable tribunal, où le thermomètre dépassait les cinquante degrés.
Nila, l’activiste rencontrée par Martin au commencement du film, est l’archétype même des militantes dayak, comme [la militante écologiste] Mina Setra. Ces communautés autochtones indonésiennes vivent sur l’île de Bornéo. Pour eux, les arbres abritent les esprits de leurs ancêtres et sont au cœur de leur spiritualité et de leurs croyances. Seulement, aujourd’hui, ils attisent aussi de nombreuses convoitises.