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Énergie

Chute du gouvernement : un coup dur pour la sortie des énergies fossiles

Une éolienne devant la centrale nucléaire de Cruas-Meysse (Ardèche), le 12 février 2025

La chute du gouvernement Bayrou a mis entre parenthèses la programmation pluriannuelle de l’énergie, un texte essentiel pour la sortie des fossiles et déjà maintes fois retardé.

« Incertitude totale », « Toute une politique en péril ». Quatre mois après avoir échappé à un moratoire complet sur les renouvelables, les acteurs de la transition énergétique sont de nouveau dans le brouillard après la chute du gouvernement Bayrou. Son départ laisse inachevée la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) 2025-2035, qui organise notamment la sortie du pétrole et du gaz pour les remplacer par des énergies renouvelables.

Auparavant peu connu, ce document de planification est devenu la nouvelle cible du Rassemblement national (RN), mais aussi désormais des Républicains (LR), farouchement attachés à une politique 100 % nucléaire, même si celle-ci est irréalisable. En face, les macronistes et leurs soutiens se révèlent bien timorés pour défendre la « stratégie plurielle combinant nucléaire et énergies renouvelables » vantée par Emmanuel Macron depuis 2022.

Court-circuit estival

Le gouvernement, lui, est resté dans une vision de très court terme, terrifié par la menace de censure. En témoigne le navrant épisode de cet été. En pleines vacances, le 31 juillet au soir, journalistes comme professionnels de l’énergie ont appris, grâce à la fuite d’un communiqué, que le décret PPE tant attendu allait finalement être publié. Sauf que le gouvernement a oublié un détail : imprimer au Journal officiel un décret avec 200 pages d’annexes impose un minimum de temps et de logistique. Un délai de quelques jours, qui permet aux opposants les plus farouches à cette PPE, chez LR comme au RN, de monter au créneau, brandissant à nouveau la signature de ce texte par le gouvernement comme une ligne rouge.

Au même moment, le Premier ministre recevait une note confidentielle du Haut Commissaire à l’énergie atomique alertant sur les « surcapacités » qu’engendrerait le développement des renouvelables.

Qu’importe si celle-ci contredit tous les scénarios de neutralité carbone, du gestionnaire du réseau et de l’Agence de la transition écologique (Ademe). Même les plus sobres scénarios prévoient une hausse sensible de la consommation d’électricité en substitution des énergies fossiles, qui représentaient encore en 2024 plus de la moitié de nos consommations d’énergie pour une facture moyenne de 100 milliards d’euros par an.

Lecornu et les questions énergie

L’épisode se trouve à l’exact opposé de la vision de long terme qu’exige une programmation jusqu’en 2035. Pour Jules Nyssen, président du Syndicat des énergies renouvelables, la PPE est même « la condition nécessaire pour sortir de notre dépendance aux énergies fossiles, car elle sert de fondement aux soutiens publics ».

Subventions, appels d’offres, crédits d’impôt, tous les dispositifs sont basés sur les objectifs indiqués dans cette programmation, et conditionnent les investissements à tous les échelons.

Qu’il s’agisse des communes qui élaborent depuis deux ans des « zones d’accélération » des énergies renouvelables pour mieux répartir géographiquement les projets ; des investisseurs dans l’éolien en mer qui attendent le feu vert des appels d’offres en suspens pour démarrer les chantiers dans les usines de Saint-Nazaire et du Havre : tout ce qui est prévu au-delà de fin 2026 est conditionné à cette PPE.

Le nucléaire lui-même pourrait faire les frais de ces retards en cascade. Même EDF a besoin d’une PPE signée et solide pour s’engager dans le mur d’investissements pour ses nouveaux EPR, qui seront essentiellement financés par des fonds publics.

« On est sur un raisonnement qui tourne en rond, constate Mattias Vandenbulcke, délégué général adjoint du syndicat professionnel France Renouvelables. Les détracteurs disent que l’électrification n’augmente pas. Mais même avec le bouclier énergétique, les années passées ont tondu financièrement une partie de la population. Et les entreprises qui avaient commencé à investir pour électrifier les usages se retrouvent désavantagées, comme la fiscalité reste toujours plus favorable aux énergies fossiles. »

Au Réseau Action Climat, Bastien Cuq, responsable énergie, espère que les « enjeux assez colossaux » qui se profilent — en matière d’emploi industriel et de position de la France et de l’Union européenne sur les ambitions climatiques — permettront d’avoir un vote rapide d’ici la fin d’année et la signature de la programmation. Et ce, en mettant « réellement l’accent sur la sobriété et l’efficacité énergétique, et en soutenant le développement des énergies renouvelables et la sortie des énergies fossiles ».

Clin d’œil de l’histoire, le nouveau Premier ministre désigné par Emmanuel Macron le 9 septembre, Sébastien Lecornu, avait parmi ses nombreux mandats précédents été le secrétaire d’État chargé des questions d’énergie en 2018, déjà sous Macron. Il avait alors piloté les débats préparatoires à la PPE encore en vigueur.

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