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JO 2024

La flamme olympique débarque à Marseille sous les critiques de collectifs militants

En face des usines ArcelorMittal à Fos-sur-Mer, le 7 mai 2024.

La flamme olympique et son cortège de célébrations investissent les rues de Marseille pour l’arrivée de la torche en France. Une occasion saisie par des collectifs militants pour dénoncer les conséquences néfastes des Jeux.

Dans le centre-ville de Marseille, le message officiel s’affiche sur de nombreux panneaux publicitaires : « Marseille fière d’accueillir la flamme olympique ». L’arrivée par la mer de la torche en France va animer la cité phocéenne, mercredi 8 et jeudi 9 mai, avec de nombreuses animations. Et si les habitants accueillent pour beaucoup l’événement avec flegme, certains n’adhèrent pas au discours des autorités.

« Nous ne nous retrouvons pas dans le récit glorifié de cet événement imposé, qui vient amplifier les problèmes écologiques, économiques ou sociaux actuels », déclare un représentant d’Extinction Rebellion en ouverture d’une conférence de presse destinée à présenter les arguments des anti-JO.

Outre l’organisation écologiste, la coordination rassemble Technopolice Marseille, qui lutte contre la surveillance électronique généralisée ; Saccage 2024 et NO JO 2030, qui dénoncent les conséquences des JO de Paris et de ceux qui devraient être organisés à l’hiver 2030 dans les Alpes ; BDS, opposée à la participation d’Israël ; ou encore Lounapo, qui milite pour l’accès à la voile et la mer pour tous et toutes à Marseille.

Derrière la performance des «  rebelles rouges  » d’Extinction Rebellion, une banderole de la «  Coalition pour un fer juste  », qui regroupe des activistes du monde entier affectés par l’exploitation du fer, et sur laquelle on peut lire «  Des affirmations brillantes, de sales flammes  ». © Arthur Larie / Reporterre

« Quelle ironie que ce soit une ville comme Marseille, où la majorité des gens n’ont pas accès à la navigation, qui accueille les épreuves de voile », s’insurge Virginie, membre de Lounapo, association qui organise des sorties en mer à prix libre, pour que le plus grand nombre puisse en profiter.

Pour elle, le problème réside moins dans le nombre d’équipements que dans le choix de ceux à qui ils sont dédiés et pour qui ils sont accessibles : « Nous réclamons un ponton pour les voiliers associatifs à la Métropole et la Ville depuis plusieurs années… Et les JO viennent limiter un peu plus le nombre de places à Marseille, parce qu’on a déplacé des dizaines de bateaux pour construire cette marina olympique hors de prix », déplore-t-elle, arguant que « ce n’est pas de nouveaux équipements dont on a besoin pour démocratiser l’accès à la mer ».

Dans la deuxième ville de France, où près d’un enfant sur deux ne sait pas nager, le nombre de piscines est bien moins important qu’ailleurs, notamment dans les quartiers pauvres du nord de la ville, d’où on met souvent une heure en transports en commun pour accéder au littoral. Et si un large périmètre de la rade sera interdit aux plaisanciers une partie de l’été en raison des JO, ce sera aussi le cas pour certaines plages, « notamment celles du Prado, qui sont familiales et populaires », pointe Virginie.

Patrick Noto, ancien employé d’ArcelorMittal pendant 37 ans, est atteint de problèmes de santé liés à l’amiante présente dans les usines. Il est désormais activiste et lutte pour les droits des travailleurs face à ArcelorMittal dans la région de Martigues. © Arthur Larie / Reporterre

Restriction de l’accès à la mer, accélération de l’installation de la surveillance de masse, risque de gentrification encore accru dans une ville déjà soumise à l’expansion d’Airbnb, pollution du littoral liée à un tourisme massif… Les raisons de s’opposer aux JO tels qu’ils sont organisés aujourd’hui ne manquent pas, d’après ces collectifs militants, qui appellent à un rassemblement aux Réformés, dans le centre de Marseille, à 14 heures mercredi. Ils seront sous la surveillance d’un impressionnant dispositif sécuritaire, avec 6 000 policiers, des hélicoptères et une armée de drones aériens et sous-marins.

Au-delà des dégâts causés par l’événement en lui-même, les manifestants dénoncent les méfaits environnementaux et sociaux des multinationales qui sponsorisent les Jeux. L’association locale Clean my calanques, qui organise des ramassages collectifs de déchets sur le littoral marseillais, a ainsi refusé de porter la flamme olympique. La présence parmi les financeurs de l’événement de Coca-Cola, dont elle récupère les canettes et bouteilles plastiques sur les plages depuis des années, ne lui semblait pas compatible avec ses valeurs.

Des ONG venues du Brésil, du Mexique, du Liberia et d’Afrique du Sud ont dénoncé la toxicité des activité d’ArcelorMittal face à ses usines de Fos-sur-Mer. © Arthur Larie / Reporterre

Des ONG venues du Brésil, du Mexique, du Liberia et d’Afrique du Sud, ont quant à elles organisé mardi 7 mai un rassemblement devant l’usine ArcelorMittal de Fos-sur-Mer, à une quarantaine de kilomètres de Marseille. Elles dénoncent les activités toxiques de la multinationale de l’acier, premier émetteur de CO2 industriel en France et fabricant officiel de la torche olympique.

« Ouvrir la voie à des Jeux respectueux de la terre qui les accueille »

À leurs côtés se tenaient des habitants du pourtour de l’étang de Berre, empoisonnés par la pollution industrielle, notamment causée par le géant de la sidérurgie. Également présents devant l’aciérie, des « rebelles rouges » d’Extinction Rebellion, ont brandi une torche émettant une fumée noire, symbole de l’envers de « l’acier vert » qu’ArcelorMittal se vante désormais de produire.

Les opposants aux JO ne veulent pourtant pas en rester uniquement à la critique : ils et elles se réuniront aussi mercredi après-midi dans le centre-ville de Marseille pour un « bal populaire et engagé » organisé par un collectif d’artistes. Une fête pour « ouvrir la voie à des Jeux respectueux de la terre qui les accueille » et montrer, selon Extinction Rebellion, qu’il est possible de célébrer le sport et l’amitié entre les nations sans « exploiter, accaparer ou détruire ».

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