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ReportagePolitique

La gauche et les écologistes consacrent une coalition historique

Jean-Luc Mélenchon lors de la convention d'investiture de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes), le 7 mai à Aubervilliers.

La convention d’investiture de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) en vue des législatives s’est tenue le 7 mai, à Aubervilliers. Le but : célébrer la « résistance collective à une ère de maltraitance sociale, écologique, démocratique ».

Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), reportage

Le lieu choisi pour l’occasion avait une saveur symbolique. Pour sa convention d’investiture, la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) a donné rendez-vous ce samedi 7 mai dans Les Docks d’Aubervilliers, situés à une poignée de mètres de la station de métro Front populaire, au cœur de cette commune de Seine-Saint-Denis. Aux cris de « un-ion po-pu-laire », « on va ga-gner », plus de 1 500 militants et candidats étaient réunis pour célébrer cette coalition « historique » de la gauche et lancer la campagne des élections législatives des 12 et 19 juin prochains.

Les figures des Insoumis, des Verts, des Socialistes et des Communistes ont dévoilé les contours de cette alliance concrétisée après treize jours et nuits de négociations autour d’un programme commun et sur l’attribution de circonscriptions. Avec cet accord, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise, LFI), arrivé en troisième place au premier tour de l’élection présidentielle (21,95 % des voix), aspire à imposer une cohabitation à Emmanuel Macron.

D’emblée, le ton est donné. « Si nous sommes ensemble, c’est parce que nous savons que notre responsabilité face à l’urgence du moment est d’oublier les rancœurs du passé pour construire notre avenir commun », a lancé en préambule Manuel Bompard, l’eurodéputé de La France insoumise, chargé de la campagne des législatives de la Nupes. Sous les applaudissements de la salle, il a souligné l’unité d’un mouvement déterminé à prendre à bras le corps « la crise climatique » et à « refonder la démocratie pour retrouver l’unité du peuple ». Empruntant le slogan du mouvement altermondialiste, il a conclu : « Oui, un autre monde est toujours possible ! »

Pour souligner l’union et la multiplicité des forces, plusieurs figures de gauche ont ainsi déroulé tour à tour leurs discours, telles que le patron des Verts Julien Bayou, le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) Olivier Faure, le chef de file du Parti communiste français (PCF) Fabien Roussel, ou encore la députée insoumise Mathilde Panot.

Planification écologique et règle verte

Au-delà de ce souffle d’espoir, c’est une transformation en profondeur d’un modèle de société qui est attendu. Celle d’un monde où justice sociale, lutte contre le réchauffement climatique et renouveau démocratique ne font qu’un. Portée par cette union, un programme détaillé de gouvernement et de « rupture » doit être présenté cette semaine. Avec comme mesures phares : le blocage des prix des produits de première nécessité, l’augmentation du Smic à 1 400 euros nets, l’impôt sur la fortune, et l’égalité réelle entre les femmes et les hommes — « Il y aura enfin le milliard d’euros pour lutter contre les violences faites aux femmes », a annoncé la coordinatrice du programme de La France insoumise, Clémence Guetté.

Deux grandes pierres angulaires guident le socle idées autour de l’écologie : la planification écologique — une « bifurcation écologique de notre économie dans tous les secteurs » — et l’instauration de la règle verte qui prévoit d’inscrire dans la législation un principe supérieur qui imposerait de ne pas prendre davantage à la nature que ce qu’elle peut donner. En exemple, les candidates et candidats fraîchement intronisés ont cité pêle-mêle : la rénovation thermique des logements, la réforme d’un système agricole « basé sur l’agro-business » qui « détruit la nature », ou encore « le droit à la mobilité et aux transports propres ».

Signe de l’importance accordée à la lutte contre le réchauffement climatique, la notion de « maltraitance écologique » a particulièrement ponctué le discours du prétendant à Matignon. Vers 16 heures 30, « le grand Mélenchon » — comme l’a intronisé la députée insoumise Clémentine Autain — est monté sur scène sous l’ovation de la foule. Parfois solennel, parfois malicieux, il a souligné « la profondeur historique » du moment qui pose « un acte de résistance collective à une ère de maltraitance sociale, écologique, démocratique ». Le leader des Insoumis a rappelé que « c’est la première fois qu’il y a un accord général de toutes les forces dès le premier tour sur des candidatures uniques, dans toutes les circonscriptions ».

« Les quarante années de néolibéralisme dominant la planète, saccageant nos sociétés, pillant la nature, détruisant les humains, sont arrivées à bout de souffle, et tout le monde le sait », a-t-il constaté, avant d’évoquer les sécheresses qui touchent déjà une partie du pays et deviennent tristement « ordinaires ». Le député des Bouches-du-Rhône a alerté sur leurs « conséquences innombrables », notamment sur les récoltes de blé.

Jean-Luc Mélenchon s’en est pris au nucléaire. « Quand ça chauffe, on ne peut pas refroidir les centrales nucléaires, le niveau des rivières descend et donc on met des réacteurs à l’arrêt. Il y a déjà dix-sept réacteurs à l’arrêt. Qu’est-ce que le pouvoir a prévu de faire ? Rallonger la vie des vieilles centrales ! » a-t-il dit, en dénonçant une « décision absurde, ruineuse et irresponsable compte tenu du danger que cela représente ».

Surtout, il a plaidé en faveur d’un « changement de nos manières d’être ». « Nous ne voulons plus voir l’épidémie d’obésité, et pour cela il faut que tout le monde mange bien et, pour que tout le monde mange bien, il faut que les paysans produisent de beaux produits dans de bonnes conditions, sans pesticides. Et pour cela, il faut les payer plus », a-t-il martelé, soulevant l’ovation de la salle.

Le leader de l’Union populaire a conclu en citant Victor Hugo : « “Tenir bon, tenir tête. Voilà l’exemple dont les peuples ont besoin et la lumière qui les électrise”. Vive la France, vive la République ! » Dans la pénombre de la salle, tout le monde s’est levé au son de la Marseillaise, les doigts en V, la forme du logo de la Nupes. Ça tombe bien, c’est le symbole de la victoire.

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