Le festival Zadenvies relance les luttes pour l’écologie et contre la 5G

Durée de lecture : 6 minutes

31 août 2020 / Héloïse Leussier et Karoll Petit (Reporterre)



Le festival Zadenvies a rassemblé prés de trois mille personnes à la Zad de Notre-Dame-des-Landes les 29 et 30 août. Un événement à la programmation riche, qui a permis d’échanger sur des thématiques telles que le vivant, les nouvelles technologies ou l’exil, et d’esquisser les contours d’un monde post-confinement. En rassemblant les énergies pour les luttes à venir.

  • Zad de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), reportage

La Zad de Notre-Dame-Des-Landes est toujours bien vivante. Plus d’une centaine de personnes s’y investissent au quotidien, dans différents lieux de vie et projets autour du maraîchage, de la construction, de la forêt, et bien d’autres activités, sur une trentaine d’hectares. Une expérience assez unique en France, de par son histoire et par sa taille, qui attire et inspire de nombreux curieux et militants. Certains ont profité du festival Zadenvies, du vendredi 28 août au dimanche 30 août, pour venir découvrir ou re-découvrir le lieu et les idées qui l’animent. Mais ce fut aussi et surtout l’occasion de prendre part à d’intenses discussions, pour préparer les luttes des prochains mois, bientôt au-delà de la Zad.

Soutiens historiques de la lutte contre l’aéroport, étudiants issus des mouvements pour le climat, militants investis dans des luttes locales partout en France, sympathisants des environs, militants venus de l’étranger... les profils des participants étaient variés. Tout comme les thématiques abordées durant ces deux jours de festival. On a parlé de rapport au vivant, de féminisme, de travail, d’habitat léger, de numérique, d’énergie, des quartiers populaires ou encore de l’accueil des étrangers. Un programme intense, qui suivait la non-moins riche programmation des Rencontres Intergalactiques, consacrées aux soulèvements survenus dans le monde entier au cours des derniers mois, également organisées à la Zad, du 24 au 28 août.

En creux, au fil des discussions, il s’agissait de s’interroger sur la manière de repenser nos rapports au monde, dans un contexte de crise sanitaire et environnementale. Et de déconstruire certaines idées. Le premier intervenant, le philosophe Baptiste Morizot, a ainsi invité les participants à repenser le mythe de « l’exceptionnalité » de l’être humain par rapport aux autres êtres vivants. Selon lui, il faut renoncer à l’idée que la culture ou l’élevage sont des « productions » des hommes, et plutôt penser en termes de réciprocité. Une pensée complexe dans la lignée de celle de Philippe Descola, belle introduction à la manière dont la vie et les luttes s’envisagent désormais à la Zad.

Soutiens historiques de la lutte contre l’aéroport, étudiants issus des mouvements pour le climat, militants investis dans des luttes locales partout en France... Les profils des participants étaient variés.

Contre les infrastructures électro-numériques

Autre mythe déconstruit au cours de ces deux jours d’échanges : la transition énergétique. « Les énergies renouvelables reposent sur l’extractivisme, ne viennent qu’en complémentarité du nucléaire, et sont imposées aux habitants », rappelle Milan, l’un des organisateurs de Zadenvies. À ce sujet, les anciens habitants de la Zad de l’Amassada, expulsés en octobre 2019, sont venus raconter leur combat contre un projet de transformateur électrique géant dans l’Aveyron. Les travaux sur place ont commencé, mais ils n’entendent pas renoncer à lutter contre RTE, la filiale d’EDF en charge du projet. Au contraire, ils souhaitent mettre en avant « l’envers du décor », en levant le voile sur les actions d’EDF dans l’isthme de Tehuantepec au Mexique, où les projets éoliens se font au détriment de peuples autochtones. Ils sont allés recueillir des témoignages sur place et ont créé le groupe Stop Edf Mexique.

EDF, c’est aussi Enedis, et le compteur Linky, contre lequel de nombreux citoyens continuent à s’opposer. Bernard Neau, du collectif Résistance 5G-Nantes, est revenu sur le coût important et la faible efficacité de cet objet, et a regretté l’absence d’étude sanitaire sur la technologie CPL (Courant Porteur de Ligne). Les participants ont échangé sur leurs inquiétudes et les manières d’empêcher l’installation de ce nouveau compteur. Pour Bernard Neau, Linky prépare le déploiement des objets connectés, et est de ce fait complètement lié à l’arrivée imminente de la 5G. « Grâce aux ordonnances sur l’urgence sanitaire, les opérateurs peuvent désormais imposer leurs antennes 5G comme ils le veulent, sans prévenir », a-t-il dénoncé. « La maire de Nantes a promis un moratoire sur la 5G, auquel on ne croit pas du tout. Nous réclamons un véritable débat contradictoire ». Son collectif appelle à manifester à Lyon le 19 septembre. Mais, dans la salle, un participant a proposé une autre solution, le sabotage, rappelant que plusieurs antennes-relais ont déjà été dégradées en France ces derniers mois.

Un débat important a porté sur les luttes contre les compteurs Linky, la 5G, les énergies industrielles.

Dans la foulée de ces discussions sur les « luttes contre les infrastructures de l’ordre électro-numérique », des habitants de l’Amassada, de Notre-Dame-des-Landes et d’ailleurs, ont décidé ce dimanche de lancer un nouveau collectif contre les pratiques d’EDF et de RTE . « L’énergie est partout, on a du mal à penser le monde sans », souligne Anaël, l’une des initiatrices de ce nouveau mouvement, « il faut qu’on développe de nouveaux imaginaires ». Pour cela, le collectif appelle à se réunir entre les 16 et 24 octobre, à la Grange de Montabot, dans la Manche, pour plusieurs jours de discussions et un chantier de fabrication d’une éolienne.

Contre la « Réintoxication du monde »

Zadenvies fut aussi l’occasion de revenir sur l’appel du 17 juin contre la réintoxication du monde, lancée depuis la Zad durant le confinement. « Face à la multiplication des tribunes sur le monde d’après, et la lucidité accrue sur les conditions de vie dégradées sur la planète, nous avions voulu mettre les mots en actes. Nous avions contacté un certains nombres de groupes et nous sommes arrivés à plus de 200 signataires et 60 actions partout en France », a rappelé Nicolu, l’un des initiateurs de cet appel.

Blocages d’entreprises polluantes, manifestations, occupations... Chaque collectif s’est saisi à sa manière de cet appel, comme l’ont rappelé plusieurs intervenants. À Dijon, par exemple, l’occupation d’une friche débutée le 17 juin perdure encore aujourd’hui. Une Zad s’est aussi montée au Jardin des Vaîtes de Besançon, tandis qu’un projet immobilier a été stoppé à Rouen. À Reims en revanche, les fruits et légumes plantés par des habitants dans la ville ont été retirés par les services municipaux. Ces différents collectifs ont décidé ce dimanche de créer un comité de coordination pour faire suite à l’appel du 17 juin. Rendez-vous est déjà pris pour une nouvelle journée d’actions le 17 novembre.

Le festival Zadenvies a réuni toutes les générations.

De la réflexion, de l’action, mais aussi de la fête. Projections, concerts, spectacles et lâchers de ballons en papier ont émaillé cet événement très convivial et inter-générationnel. « Ça donne envie de venir vivre ici », nous a glissé une festivalière. « C’était la première fois que je participais à un événement militant, c’est beaucoup d’émotions », nous a dit une autre. Mais on n’en a pas pour autant oublié la pandémie de Covid 19. On se prépare à vivre de graves crises économiques et sociales. Ce sera l’un des enjeux des prochains mois. « Il faut qu’on aille vers un élan commun, qui ne rassemble pas uniquement des collectifs écolos, mais aussi des Gilets jaunes, des paysans, des ouvriers... », souligne Nicolu. En attendant, des convois sont partis dimanche de Notre-Dame-des-Landes à une soixantaine de kilomètres de là, au Carnet, pour rejoindre une manifestation contre un projet industriel dans l’estuaire de Loire. La rentrée des luttes a bel et bien débuté.





Source : Héloïse Leussier pour Reporterre

Photos : © Karoll Petit/Reporterre

DOSSIER    Notre-Dame-des-Landes 5G

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