Le gouvernement a publié sa feuille de route énergétique jusqu’en 2028

Durée de lecture : 4 minutes

25 avril 2020



Le gouvernement a finalement adopté, jeudi 23 avril, sa feuille de route énergétique à l’horizon 2028, exprimant la volonté de développer les énergies renouvelables et de réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité.

La Programmation pluri-annuelle de l’énergie (PPE) pour 2019-2028 « est adoptée », selon un décret paru au Journal officiel. Son adoption était initialement attendue fin 2018, mais ce texte aux multiples implications a pris beaucoup de retard. Un second décret, visant l’adoption de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), a également été publié jeudi. Celle-ci fixe comme objectif la neutralité carbone de la France à l’horizon 2050.

« Nous publions aujourd’hui des textes écologiques structurants, qui impliquent la décarbonation de tous les secteurs d’activités et qui incarnent notre volonté intacte de poursuivre la transition écologique de notre pays », a écrit Élisabeth Borne, la ministre de la Transition écologique et solidaire, dans un communiqué.

Les arbitrages dans le secteur de l’énergie avaient été esquissés dès la fin 2018 par le président Emmanuel Macron et le projet de PPE avait ensuite connu plusieurs versions avant d’être soumis à consultation en début d’année.

Sur le nucléaire, le gouvernement confirme l’objectif de fermer 14 réacteurs d’ici 2035, dont les deux de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) qui doivent s’arrêter de fonctionner cette année. Le premier a déjà été arrêté en février, le second doit l’être le 30 juin. La France cherche ainsi à réduire sa dépendance au nucléaire en ramenant sa part dans sa production d’électricité à 50 % en 2035, contre plus de 70 % aujourd’hui.

Un objectif qui avait été repoussé de cinq ans et jugé insuffisant par le réseau Sortir du nucléaire, qui dénonce « le postulat de principe sur la prolongation de quasiment tous les réacteurs à 50 ans, ainsi que le projet de construction de nouveaux EPR. En pleine crise sanitaire, et alors qu’une crise économique s’annonce, il apparaît d’autant plus aberrant de prévoir d’engloutir des milliards dans d’hypothétiques travaux sur de vieilles centrales et dans de nouveaux réacteurs. Les priorités devraient être mises ailleurs. Dans un monde de plus en plus incertain, la sagesse exigerait d’en finir avec une technologie complexe, coûteuse et dangereuse, pour s’acheminer vers un système énergétique sobre, résilient et renouvelable. »

Sur le fond, la PPE publiée jeudi reprend pour l’essentiel le texte qui avait déjà été rendu public et mis en consultation : réduction de 40 % de la consommation d’énergies fossiles d’ici 2040, réduction de la consommation finale d’énergie de 7,5 % en 2023 et de 16,5 % en 2028 par rapport à 2012, augmentation de 60 % les capacités éoliennes et de 100 % des capacités photovoltaïques, etc. Il ne diverge que sur quelques mesures techniques portant sur les réseaux de chaleur (avec une sortie accélérée du charbon) et le photovoltaïque, selon le ministère de la Transition écologique et solidaire.

« Nous nous réjouissons de la publication de la PPE, qui donne, dans ce moment particulier de notre histoire, de la visibilité à nos différentes filières et confirme l’engagement de la France dans la transition énergétique, a salué Jean-Louis Bal, le président du Syndicat des énergies renouvelables (SER). Mais, nous devrons tous être très attentifs aux moyens mis en œuvre pour atteindre, dans les délais, les objectifs fixés », a-t-il ajouté, dans un communiqué.

Des ONG de défense de l’environnement ont en revanche critiqué le texte, estimant qu’il manquait d’ambition. « Le gouvernement s’est refusé à intégrer les mesures complémentaires nécessaires à l’atteinte des objectifs climatiques — pourtant insuffisants — et de baisse de la consommation d’énergie de la France, ont jugé dans un communiqué commun plusieurs associations (Réseau Action Climat, Amis de la Terre, Greenpeace, France Nature Environnement...). Il acte ainsi l’écart entre les discours et les actes et se prive de leviers clés pour une reprise économique compatible avec l’Accord de Paris. »





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