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Le gouvernement veut adapter la forêt à l’industrie

5 novembre 2016 / Lorène Lavocat (Reporterre)



Jusqu’à lundi 7 novembre, le projet de programme national de la forêt et du bois est en consultation publique. Définissant la stratégie forestière du pays, il donne la priorité à l’économie et à la production de bois, au détriment des enjeux sociaux et environnementaux de nos forêts.

Il reste quelques jours pour donner votre avis sur l’avenir de nos forêts ! Lancée le 17 octobre dernier par le ministère de l’Agriculture, la consultation publique sur le programme national de la forêt et du bois (PNBF) se termine lundi 7 novembre. Or, ce programme n’a rien d’anecdotique : il fixe les grandes orientations de la politique forestière pour les dix prochaines années. Et ce pour les 24,5 millions d’hectares de bois français (métropolitains et ultramarins) privés ou publics.

Issu de la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt (Laaf), ce programme national de la forêt et du bois a été établi « en concertation avec toutes les parties prenantes de la filière forêt-bois », précise le ministère de l’Agriculture dans un communiqué. À l’arrivée, un document d’une soixantaine de pages, qui est loin de faire l’unanimité.

Du côté du gouvernement, on le présente comme un plan ambitieux pour « créer de la valeur et de l’emploi à partir de la richesse de la forêt française en mobilisant cette ressource dans le strict respect d’une gestion durable ». Mais, pour le Snupfen, le principal syndicat de l’Office national des forêts (ONF), « ce programme vise à la seule industrialisation de la forêt aux prétextes de croissance verte et de changement climatique ».

« La forêt s’adapte à l’industrie alors que ce devrait être le contraire » 

Parmi ses mesures phares, le PNFB prévoit en effet d’augmenter la récolte de bois de 20 %, soit 12 millions de mètres cubes supplémentaires à l’horizon 2026. Le gouvernement met en avant un argument massue : « La forêt française, en constante augmentation depuis un siècle, est actuellement sous-utilisée ». Faux, répondent nombre de forestiers. « Les forêts exploitables sont exploitées, explique ainsi Gaëtan du Bus, ingénieur forestier indépendant. De nombreux massifs sont inaccessibles, morcelés, et donc très difficilement utilisables. »

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En Bretagne.

« On nous présente comme nécessaire le fait de récolter plus de bois, ajoute Philippe Berger, secrétaire général du Snupfen. En fait, il s’agit d’adapter la forêt aux demandes de la filière bois-énergie. » Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, l’État entend en effet développer les centrales à biomasse et les réseaux de chaleur bois. Problème, « à une échelle industrielle, on perd tous les effets vertueux. Ça signifie davantage de résineux, des coupes plus fréquentes sur des arbres plus jeunes, davantage de mécanisation, davantage de pesticides », note Philippe Berger. L’exemple le plus parlant est celui de la centrale de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône.

« La forêt s’adapte à l’industrie alors que ce devrait être le contraire, poursuit le syndicaliste. Ce programme porte une vision économiste, et les enjeux sociaux et environnementaux sont laissés de côté. » Résultat, la biodiversité pourrait s’en trouver menacée, notamment si les plantations de résineux — pour le moment minoritaires — prennent le pas sur les peuplements de feuillus.

Il reste encore des garde-fous 

Des lacunes écologiques pointées d’ailleurs par un avis de l’Autorité environnementale publié en juillet dernier : « Absence d’objectifs concrets » en matière de biodiversité et « effets positifs du PNFB sur l’environnement a priori souvent surévalués, effets négatifs probablement sous-évalués ». Pour Julie Marsaud, de France nature environnement, « il faut plus d’assurances sur les moyens alloués à la protection de la biodiversité » .

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En Isère.

Mais elle salue également les nombreuses avancées obtenues : mise en place d’un réseau de suivi des effets du changement climatique, suivi des zones où les récoltes vont augmenter, prise en compte des paysages et de l’environnement dans la gestion des espaces. « Nous sommes satisfaits des intentions édictées par ce PNFB, mais nous restons vigilants quant aux moyens qui seront donnés. »

D’après elle, il reste encore des garde-fous pour endiguer cette vague d’industrialisation forestière. « L’avis des citoyens pendant cette consultation publique peut jouer son rôle, puis tout dépendra de son application au niveau régional. » En effet, les régions auront deux ans pour mettre en place des programmes régionaux de la forêt et du bois (PRFB) une fois approuvé par décret le programme national (d’ici à la fin de l’année).




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Lire aussi : Forêt : au nom de l’économie, on détruit un capital naturel

Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos : © Laurent Mignaux/Terra
. chapô : La forêt landaise depuis la dune du Pilat.

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