Le nucléaire n’est pas une énergie démocratique

16 mars 2018 / Mathilde Panot

La France Insoumise organise jusqu’au 18 mars une votation sur le nucléaire. La porte-parole de cette campagne, la députée Mathilde Panot, explique dans cette tribune pourquoi il faut, selon elle, que les citoyens se mêlent des choix énergétiques.

Mathilde Panot est députée de la France insoumise du Val-de-Marne. Elle est porte-parole de la campagne pour la sortie du nucléaire lancée par son parti.

Mathilde Panot.

L’introduction des technologies énergétiques n’a jamais fait l’objet de débats démocratiques. Ils ont systématiquement été décidés dans des conseils d’administration ou des couloirs ministériels. Pourquoi la machine à vapeur (à base de charbon) a-t-elle remplacé le moulin à eau au XVIIIe siècle ? Pour s’implanter dans les villes, loin des rivières, et pouvoir bloquer les grèves en déménageant lorsque les ouvriers protestaient contre leurs conditions de vie ! Les choix d’énergie sont des choix politiques. Lorsqu’ils sont abandonnés à l’oligarchie, ils sont toujours utilisés contre nous.

Les modes de production et de distribution de l’énergie touchent à tous les aspects de notre vie. La démocratie consiste à obtenir les informations, y compris les analyses contradictoires, et à prendre des décisions collectives. Aucune de ces conditions n’est réunie dans le champ énergétique français. Dans la filière nucléaire, le secret est de mise. Ou bien les autorités mentent sciemment aux Français (« le nuage qui n’a pas dépassé la frontière » au moment de Tchernobyl…), ou bien les informations ne sont pas rendues publiques (l’état de la sécurité des centrales, la santé des sous-traitants, la contamination radioactive des territoires lors des incidents réguliers…). De plus, les engagements politiques sont systématiquement trahis sous le poids du lobby nucléocrate. Déjà en 1981, le Parti socialiste avait promis un référendum sur le nucléaire. En 2012, François Hollande s’était engagé à fermer Fessenheim. À chaque fois, des paroles en l’air. Emmanuel Macron continue à s’entêter dans cette énergie avec la trahison de la baisse de la part du nucléaire pourtant votée à l’Assemblée, la livraison de six EPR à l’Inde à construire sur une zone sismique ou encore la répression des lanceurs d’alerte à Bure ou de Greenpeace.

La démocratie énergétique mobilise au premier chef les salariés du secteur 

Face à cette omerta, qui connaît ses droits ? Combien de citoyens en zone potentielle d’irradiation disposent de l’iode nécessaire et ont été formés à une évacuation ? Presque personne. Car cela concerne (au moins) les deux tiers de Français qui habitent à moins de 100 kilomètres d’un réacteur ! Qui sait qu’en cas d’accident, les Conventions de Paris et de Vienne exonèrent les exploitants de toute responsabilité ? EDF ne devrait verser que 91 millions d’euros si un de ses réacteurs connaissait un accident grave. Soit 0,4 % du prix d’une catastrophe comme Fukushima. Le reste, à la charge des contribuables ! Mais, partout, on nous répète que l’accident est impossible !

Alors que le nucléaire devient l’énergie la plus chère, à des prix exorbitants par rapport aux renouvelables, il est urgent d’ouvrir le débat de notre avenir. Des centaines de milliers de Français ne parviennent pas à s’acquitter de leurs factures chaque année. Ils doivent avoir voix au chapitre, pour exiger une baisse du prix de l’énergie et une tarification progressive pour surtaxer les consommations excessives et somptuaires. D’autant plus qu’en France, ce sont les riches qui polluent le plus, et les pauvres ou les classes moyennes qui s’acquittent de la facture.

La démocratie énergétique mobilise au premier chef les salariés du secteur. Aujourd’hui, les 30.000 sous-traitants du nucléaire sont bâillonnés. Ils sont envoyés absorber leurs doses de radioactivité annuelles, avec pour seul droit de se taire… et de se battre en solitaire lorsqu’un cancer est détecté. Il faut lutter pour une seule grande convention collective et des statuts réguliers, qui permettent à un travailleur qui a fait une erreur de la signaler sans risque d’être licencié ! L’absence de démocratie au travail menace les salariés et toute la population qui dépend de leurs signalements au bon moment.

Conquérir notre indépendance vis-à-vis des gouvernements étrangers et des marchands mondiaux 

Aujourd’hui, nous ne sommes pas libres de nos décisions énergétiques. Nous subissons deux influences. D’abord, la nécessité de protéger des voies d’approvisionnement, sans lesquelles nos industries s’écrouleraient. Dans le cas du nucléaire, il s’agit bien sûr de l’uranium. Il vient du Kazakhstan, où le dictateur sanguinaire est traité avec tous les honneurs du monde par la France, ou bien du Niger, à la frontière duquel nous avons projeté une force militaire, afin de sécuriser les mines régulièrement attaquées. La seconde menace pour notre indépendance prend la forme des cours boursiers. La mise sur le marché des matières premières et des combustibles nous rend dépendants de la moindre crise spéculative. Il faut conquérir notre indépendance vis-à-vis des gouvernements étrangers et des marchands mondiaux. Cela tombe bien : en France, nous avons de l’eau, du soleil et du vent, à prix zéro !

Le passage aux énergies renouvelables est donc un gage démocratique. Il permet en effet de se réapproprier les moyens de production avec des coopératives locales de production. C’est pourquoi la France insoumise a décidé de mener une campagne de conviction pour demander une décision politique immédiate pour planifier la sortie du nucléaire qui empêche le développement des énergies renouvelables et invite jusqu’au 18 mars les Français et Françaises à s’exprimer sur leur avenir énergétique sur le site dédié. L’énergie est un sujet politique. Il est temps de tourner la page du passé de l’atome et de construire le futur du 100 % renouvelable.




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Lire aussi : La France insoumise ne parvient pas à rassembler les antinucléaires

Source : Courriel à Reporterre

Photos :
. chapô : affiches de la votation citoyenne sur le nucléaire. © @MarieDuretPujol via Twitter
. portrait : © Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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