Le rejet de la loi Asile et Immigration, une victoire pour les écologistes
Après le rejet du projet de loi Asile et immigration, Gérald Darmanin a proposé sa démission, refusée par Emmanuel Macron, le 11 décembre 2023. - © Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Après le rejet du projet de loi Asile et immigration, Gérald Darmanin a proposé sa démission, refusée par Emmanuel Macron, le 11 décembre 2023. - © Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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L’Assemblée nationale a adopté le 11 décembre la motion de rejet des écologistes. La députée responsable du groupe écologiste explique la politique de son mouvement sur l’immigration.
Cyrielle Chatelain est députée écologiste-Nupes de la 2e circonscription de l’Isère et présidente du groupe écologiste à l’Assemblée nationale.
Reporterre — Les députés ont adopté par 270 voix contre 265 la motion de rejet préalable, déposée par votre groupe politique, du projet de loi Asile et immigration. En quoi est-ce une victoire écologiste ?
Cyrielle Chatelain — Il s’agit d’une victoire au-delà des écologistes. Premièrement, l’adoption de cette motion de rejet permet, enfin, l’affirmation de l’Assemblée nationale. Après un an et demi de 49.3 de la part d’un gouvernement refusant de reconnaître qu’il n’est pas majoritaire, les députés ont établi un rapport de force. Nous lui signifions que cela suffit et que, à présent, il va falloir travailler avec nous.
En tant qu’écologistes, nous avons porté la voix de celles et de ceux qui combattent ce texte abject, c’est-à-dire les associations et syndicats qui étaient très inquiets pour les personnes qu’ils accompagnent. Cette motion de rejet est d’abord une première victoire pour toutes les personnes qui ont choisi de construire leur vie en France, une vie qui aurait été rendue extrêmement difficile par un texte reprenant les obsessions identitaires de l’extrême droite.
Était-ce un problème de voter cette motion de rejet avec la droite et l’extrême droite ?
Nous n’avons pas voté avec l’extrême droite. Notre position est très claire à ce sujet : nous ne votons pas avec le Rassemblement national (RN), parti opposé à nos valeurs. De même, nous n’avons pas du tout le même projet politique que Les Républicains.
En revanche, s’il y a eu cette majorité à l’Assemblée, c’est parce que le « en même temps » du gouvernement a fini par craquer. Il a fait des promesses à tous les bords politiques, mais il n’y a pas d’« en même temps » possible sur l’immigration. Une mauvaise mesure, qui va réduire les droits de nombreuses personnes, n’est pas compensée par une mesurette. La question aujourd’hui n’est pas tant de savoir qui a voté la motion de rejet, mais plutôt de constater l’échec du gouvernement.
Que va-t-il désormais se passer pour ce texte, qui pourrait retourner au Sénat ?
Le combat va continuer contre des mesures qui contreviennent profondément aux droits des étrangers et plus globalement à la cohésion sociale et à l’intérêt général. Le projet de loi pourrait passer en commission mixte paritaire, avec des parlementaires de l’Assemblée nationale et du Sénat, mais celle-ci ne peut pas être conclusive. Le texte pourrait aussi retourner au Sénat, avant de revenir à l’Assemblée.
« Nous avons une responsabilité dans l’accueil des personnes que nous avons fragilisées »
En vérité, ce projet de loi n’a pas de majorité : une partie de la majorité présidentielle ne votera jamais ce texte, qui a été largement durci à l’issue de son examen par le Sénat en novembre. La seule solution est le retrait du texte, pour recommencer un débat sur des bases objectives, factuelles et apaisées.
La gauche porte-t-elle une politique migratoire ?
Il y a une crise de l’accueil ; depuis trente ans, notre pays a adopté des textes sur l’immigration tous les dix-sept mois. De quoi complexifier et empiler des procédures qui sont parfois contradictoires, et plonger de nombreuses personnes dans une situation de précarité administrative et financière. Le gouvernement ne cesse de multiplier les conditions d’accession à un certain nombre de droits. À l’inverse, selon nous, l’accès aux droits permet de travailler, d’apprendre le français, etc., et a fortiori de s’inclure dans la société et d’y vivre pleinement et sereinement.
La gauche doit donc déjà respecter sa promesse, et instaurer le droit de vote pour les étrangers. Il faut aussi garantir le droit inconditionnel à l’hébergement et aux soins : lorsqu’on a un hébergement, on peut souffler, suivre une formation, travailler, etc. Il faut en outre régulariser les travailleurs sans-papiers, qui contribuent à des secteurs économiques entiers en occupant des métiers difficiles et indispensables, dans le BTP ou le secteur de l’aide à la personne.
Pourquoi la question migratoire est-elle une question écologiste ?
L’écologie est une politique des relations et de l’interdépendance entre la nature, les humains, les non-humains. À partir de là, notre conception de l’accueil et des solidarités, que ce soit à l’intérieur d’une nation ou entre les peuples, est évidente : elle est internationaliste.
Il s’agit aussi de prendre conscience de la responsabilité d’un État comme le nôtre dans la dégradation de l’environnement. En allant extraire des ressources naturelles dans un certain nombre de pays, nous avons dégradé leur environnement et contribué au réchauffement climatique. En conséquence, aujourd’hui, des zones de la planète sont inhabitables. Nous avons donc une responsabilité dans l’accueil et la protection des personnes que nous avons fragilisées.