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ReportagePolitique

Loi Asile et immigration : la gauche enfin réunie

Le 4 décembre 2023, les principales forces de gauche étaient réunies dans la salle parisienne de la Bellevilloise contre la loi Asile de Gérald Darmanin.

Un meeting organisé par Générations a rassemblé les forces de gauche contre la loi Asile et immigration. Face aux « horreurs » de la droite et l’extrême droite, elles sont prêtes à mener « la bataille de la fraternité ».

La Bellevilloise, XXe arrondissement (Paris), reportage

En s’accrochant à son projet de loi Asile et immigration, jugé très à droite y compris au sein de la macronie, le gouvernement a resserré les rangs de la gauche. Le lundi 4 décembre, un parfum d’alter-Nupes flottait dans la salle parisienne de la Bellevilloise, comble. La députée communiste Elsa Faucillon, le socialiste Boris Vallaud, l’insoumis Andy Kerbrat et les écologistes Cyrielle Chatelain et Benjamin Lucas partageaient la même scène à l’occasion de la « soirée de la fraternité » organisée par le parti Générations. Une première depuis la mobilisation contre la réforme des retraites.

Il faut dire que l’heure est grave. Benoît Hamon, en retrait de la vie politique après avoir été candidat du Parti socialiste à l’élection présidentielle 2017, a dénoncé « l’état de délabrement intellectuel de la droite dite républicaine ».

Benoît Hamon a dénoncé «  l’état de délabrement intellectuel de la droite dite républicaine  ». © NnoMan Cadoret / Reporterre

Au Sénat, a-t-il rappelé, le texte a été durci dans le sens de « la préférence nationale, un principe historiquement attaché à l’extrême droite », après les suppressions de l’Aide médicale d’État (AME) et des allocations pour les étrangers vivant sur le territoire français depuis moins de cinq ans. « C’était horreur sur horreur. Avec l’assentiment du ministre de l’Intérieur, la droite sénatoriale ne s’est jamais arrêtée », s’est insurgé le socialiste Boris Vallaud, sur l’estrade.

« Ce projet de loi va aggraver les souffrances »

Le projet de loi immigration – le vingt-neuvième depuis 1980 – est arrivé le 27 novembre à l’Assemblée nationale. À partir du 11 décembre, les députés l’examineront en séance publique. Loin des divisions des cadres de leurs partis, qui se déchirent depuis l’attaque du 7 octobre en Israël, les élus de gauche ont décidé de batailler ensemble. Par la force des choses. « On travaille ensemble depuis un an et demi, on a pris nos marques, a dit Benjamin Lucas, membre de Générations. Et puis le débat sur l’immigration est tellement dominé par l’extrême droite que nous n’aurions rien à gagner à jouer notre partition dans notre coin. » « On va encore devoir se supporter », a blagué l’insoumis Andy Kerbrat.

Dans la salle parisienne, les élus ont esquissé un récit alternatif à celui du gouvernement et de la droite. © NnoMan Cadoret / Reporterre

En commission des lois, les représentants des quatre partis qui formaient la Nupes ont contrecarré certaines des mesures les plus droitières. Les députés ont réintégré l’Aide médicale d’État et supprimé le rétablissement du délit de séjour irrégulier qu’avaient ajouté les sénateurs. « Le texte a certes été nettoyé du plus abject, mais il n’y a pas de soulagement, a tempéré la communiste Elsa Faucillon, à l’origine du rapprochement des élus de gauche. Nous avons passé une semaine à entendre des propos xénophobes, qui jettent la suspicion sur les personnes étrangères dans notre pays. Ce projet de loi n’a rien d’équilibré, contrairement à ce que prétend Darmanin. C’est un glissement complet, qui va aggraver les difficultés et les souffrances sur le parcours de l’exil. »

Le Parlement saturé par les « obsessions identitaires de l’extrême droite »

Dans la salle parisienne, les élus ont esquissé un récit alternatif à celui du gouvernement et de la droite. Ils ont écarté la supposée submersion migratoire qui motiverait l’existence du projet de loi. C’est plutôt une crise de l’accueil qu’il faudrait régler. « Selon eux, nous souffririons d’une cécité, d’un déni du “problème de l’immigration”, a déclaré Cyrielle Chatelain, présidente du Groupe écologiste à l’Assemblée nationale, qui a enflammé l’auditoire. Ce soir, on dit stop ! Ils ont transformé l’hémicycle en chambre d’écho des obsessions identitaires de l’extrême droite, en réceptacle des discours sur le grand remplacement. La France est à nous et à celles et ceux qui veulent construire leur vie ici. »

«  Ce soir, on dit stop  ! Ils ont transformé l’hémicycle en chambre d’écho des obsessions identitaires de l’extrême droite  », a dit Cyrielle Chatelain. © NnoMan Cadoret / Reporterre

« La bataille de la fraternité et de la dignité est la plus importante du siècle. Face au racisme d’atmosphère et au risque crédible d’accession au pouvoir de l’extrême droite, je suis heureux que les écologistes et la gauche relèvent la tête », a conclu Benjamin Lucas. Le député des Yvelines, en terrain conquis devant les camarades de son parti, a appelé à un « Serment de la Bellevilloise » : « Face à nous se dresse le rouleau compresseur puissant de la droite radicale. La boussole républicaine, l’âme de la République fraternelle, c’est nous. »

Un autre meeting commun contre le texte, organisé cette fois par les socialistes, est prévu le jeudi 7 décembre à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). Après, place aux débats dans l’Hémicycle.

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