Le vélo, bientôt sacrifié sur l’autel de l’austérité ?
Une piste cyclable à Paris, le 30 septembre 2022 - © Fiora Garenzi / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Une piste cyclable à Paris, le 30 septembre 2022 - © Fiora Garenzi / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Après un gel des crédits en 2024, le gouvernement pourrait sacrifier sa politique de soutien à la construction de pistes cyclables, qui produit pourtant des résultats. Les associations se mobilisent.
Opération rétropédalage ? Un an et demi après les annonces conjointes des ministères de la Transition écologique et des Transports, portant les ambitions du Plan vélo à 2 milliards d’euros d’ici 2027, les associations de promotion du vélo s’inquiètent d’une annulation pure et simple des crédits alloués.
Depuis début 2024, le dispositif censé appuyer les collectivités dans leurs projets d’aménagements cyclables, lancé en 2019 et étoffé financièrement en mai 2023, a été gelé. Un appel à projets a été publié fin 2023, mais la désignation des lauréats parmi 400 collectivités candidates, prévue pour le mois de juillet, se fait toujours attendre. Le second volet du plan, qui prévoit d’aider pendant six ans des petites communes à mailler leur territoire de pistes cyclables, devait faire l’objet d’un second appel à projets au printemps dernier. Mais rien n’a été publié à ce jour.
Ce sont au total 250 millions d’euros de crédits qui sont portés disparus en 2024. Le reste de l’enveloppe dédié au Plan vélo, composé d’une aide aux régions pour la construction d’itinéraires touristiques (200 millions d’euros), des primes à l’achat de vélo pour les particuliers et de divers dispositifs fiscaux ou extérieurs au budget de l’État, ne serait, pour l’heure, pas menacé.
« Un mauvais signal »
Pour savoir ce que deviendront ces millions d’euros en souffrance, il faut attendre le début des discussions budgétaires au Parlement, après la présentation en conseil des ministres du projet de loi de Finances pour l’année 2025, jeudi 10 octobre, indique une source au cabinet de François Durovray, le ministre des Transports. « Le silence, en matière budgétaire, n’est jamais bon signe, s’impatiente Christine Arrighi, députée écologiste de Haute-Garonne et rapporteuse spéciale sur la question des transports. Et l’absence de visibilité pose un vrai problème démocratique. »
Selon le média Contexte, Bercy s’apprête à baisser de 1 milliard d’euros (-20 %) les crédits de l’Agence de financement des infrastructures de transports de France (Afit), l’entité qui distribue les financements du Plan vélo. « Nous avons un faisceau d’indices, venant notamment du ministère des Transports, qui nous font comprendre qu’il n’y aura pas de projets d’aménagements cyclables soutenus par l’État en 2024, s’alarme Thibault Quéré, chargé de plaidoyer à la Fédération française des usagers de la bicyclette (Fub). Cela ferait peser un effort financier considérable sur le vélo, alors qu’on continue dans le même temps de financer de gros projets routiers extrêmement coûteux. »
Le transport représente 31 % des émissions de gaz à effet de serre de la France mais les investissements publics, depuis 2019, commencent à porter leurs fruits. La pratique du vélo est en hausse de plus 40 % depuis 2020, insiste notamment la Fub. « Un retrait des financements maintenant, en fin de mandat municipal, alors que les municipalités ont travaillé plusieurs années sur leurs projets, serait un mauvais signal », s’inquiète Françoise Rossignol, présidente du Club des villes et territoires cyclables et marchables (CVTCM) et elle-même élue locale.
La métropole de Rennes porte par exemple un projet de piste cyclable de 8 km reliant Laillé à Bruz. « C’est un projet très attendu, car il permettra aux habitants de Laillé de se rendre au lycée ou à la gare, à Bruz, sans emprunter la route départementale surchargée », dit Valérie Faucheux, adjointe au maire de Rennes. Sur un budget total de 2 millions d’euros, la métropole espérait une aide de l’État de 250 000 à 300 000 euros. « Au-delà du soutien financier, qui est un vrai appui, il était vraiment bénéfique que tout le monde — les villes, l’État et même l’Union européenne, quelle que soit leur couleur politique — avance enfin dans la même direction. Et il est très important que les territoires peu denses puissent voir aussi se développer des pistes cyclables », insiste l’élue.
Une bataille politique démarre donc, en marge des discussions budgétaires à l’Assemblée nationale. Le Réseau Action Climat et la Fub défendent notamment l’idée d’une nouvelle taxe sur le transport aérien, qui pourrait servir à financer l’Afit et pérenniser les financements du Plan vélo. Christine Arrighi doit auditionner le président de l’Afit dans les prochains jours pour tenter d’éclairer les débats.
Contactée par Reporterre, l’Afit n’a pas donné suite.