Les paysans maintiennent la pression contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

5 février 2016 / Nicolas de La Casinière (Reporterre)



Pour demander au président de la République de choisir entre les postures guerrières de Manuel Valls et la volonté d’apaisement de Ségolène Royal, les opposants au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes se sont invités jeudi 4 février dans sept sous-préfectures. Qui ont souvent accepté de les recevoir.

- Nantes, correspondance

Les opposants au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes ne désarment pas malgré l’apparente annonce d’un sursis obtenu par la demande de Ségolène Royal d’une remise à plat du dossier.

Inflexibles et déterminés, paysans et militants de comités locaux ont mené, jeudi 4 février, une opération « anti-Damoclès » dans sept sous-préfectures. Sans heurt, sans bousculade. Même si Ségolène Royal a affirmé qu’aucune évacuation de la Zad par la force n’aurait lieu, les menaces planent toujours sur les paysans historiques et les zadistes depuis la décision du 25 janvier du juge des expropriations autorisant les expulsions.

Les paysans et autres opposants ont évidemment remarqué la contradiction du gouvernement entre la volonté guerrière de Manuel Valls et l’apaisement souhaité par Ségolène Royal. Ils maintiennent la pression pour obtenir de François Hollande une « réponse claire et sans ambiguïté quant au sort des habitants et paysans, historiques ou non, de la zad de Notre-Dame-des-Landes », comme le demande le communiqué de Copain 44 (Collectif des organisations professionnelles agricoles indignées par le projet d’aéroport), organisateur des actions. « Nous ne pouvons pas admettre que le couperet de l’expulsion plane au-dessus de leur tête au quotidien. Nous décidons, donc, de poursuivre notre programme d’actions tant que M. Hollande n’aura pas réaffirmé clairement et fermement qu’il n’y aura aucune expulsion de la zad et qu’il n’y aura aucun début de travaux entrepris avant l’aboutissement de la totalité des recours juridiques auprès des instances françaises et européennes ! » « On ne se laissera pas endormir par des déclarations contradictoires », a souligné Vincent Delabouglise, pour le collectif Copain 44.

 Il leur a fallu parfois ruser pour se faire ouvrir les portes

« Il faut enfoncer le clou maintenant, il y a danger pour les paysans ! On a insisté sur les dix-neuf voitures et les trois tracteurs confisqués après les opérations escargot, en liant ça à la répression anti-syndicale, comme pour les Goodyear », dit à Reporterre Michel Thuault, paysan bio et membre du collectif Copain 44. « On maintient la pression jusqu’à l’abandon du projet. D’autres actions sont prévues », prévient-il.

Il leur a fallu parfois ruser pour se faire ouvrir les portes des sous-préfectures, « mentir un peu, se faire passer pour une association bidon », montrer fausse patte blanche. À Ancenis et à Saint-Nazaire en Loire-Atlantique, à Redon en Ille-et-Vilaine, aux Sables d’Olonne en Vendée, à Segré, à Cholet et à Saumur en Maine-et-Loire, les sous préfets ont le plus souvent bien voulu recevoir des délégations et entendre les doléances. À Saint-Nazaire, les manifestants ont attendu jusqu’à l’arrivée de la mobilisation de soutien aux huit syndicalistes de Goodyear.

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Sortie d’une délégation reçu dans une sous-préfecture, jeudi 4 février.

« Pour nous, à Ancenis, la sous-préfète n’était d’abord pas là. Et puis, soudain, elle était là. On l’a sentie, non pas énervée, mais disons, un peu saturée par le dossier de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, surtout qu’on lui a redit que si on devait revenir dix fois, on reviendrait dix fois. C’est un dossier qui pollue le bon fonctionnement de tout, qui mobilise des forces de police qui auraient bien d’autres choses à faire. Elle en a un peu ras la casquette », dit Michel Thuault.

À Saumur, une délégation est vite reçue pendant que le reste du groupe sirote du vin chaud au rez-de-chaussée. « Le sous-préfet nous a même filé sa carte de visite après une grosse demi-heure de discussion. Et, promis juré, il remontera tout ce qu’on lui a dit avant le coucher du soleil. On a eu un échange un peu vif sur ce qu’il appelle des “individus violents”, mais on lui a rappelé la mort de Rémi Fraisse à Sivens. Et on lui a souligné que la Zad, gelée depuis 40 ans [par le projet d’aéroport] est sauvegardée de l’industrie et du béton, elle offre un terrain à de belles expérimentations agricoles et innovantes. Le sous-préfet a aussi lâché que, selon lui, tous les recours ne sont pas encore utilisés », rapporte Alain Guiffes, producteur laitier bio « Tout le monde sait que c’est une lutte qui va durer longtemps. On pense au Larzac, bien sûr. En tous cas, il faut garder ce qu’il y a de positif, les bonnes relations entre les paysans d’origine et les zadistes qui ont des projets agricoles concrets. »

Un échantillon de la vigueur de la mobilisation 

Ils étaient une cinquantaine à Redon, vingt-cinq à Saumur, une trentaine à Ancenis, une quarantaine à Saint-Nazaire, une trentaine à Segré - plus une poule picorant le bitume et volant dans les plumes des élus régionaux « qui jettent de l’huile sur le feu », évoquant Bruno Retailleau, le nouveau président de la région Pays de la Loire, qui réclame instamment l’évacuation de la Zad. Les manifestant veulent croire qu’« il y a des voies médianes, qu’il y a matière à débat et au dialogue, où chacun peut trouver une porte de sortie ». À Cholet, l’action a été menée par une quarantaine de personnes. « Le double de ce qui était prévu. Pas mal pour une opération improvisée le matin même en passant deux ou trois coups de fil ! » note un militant.

L’autre message du jour est non verbal : c’est un échantillon de la vigueur de la mobilisation. Pour faire la démonstration que le mouvement anti-aéroport est prêt, qu’il est mobilisable sur plusieurs départements à la fois et qu’il peut réagir très vite en cas de tentative d’expulsion ou de début des travaux. Si nécessaire, cette mobilisation peut rapidement monter en puissance. Cette démonstration intervient de surcroît après le blocage du périphérique nantais et du pont de Cheviré le 9 janvier et après le week-end de travaux du 30 et 31 janvier sur une trentaine de chantiers de la Zad qui ont mobilisé un petit millier de bonnes volontés enthousiastes, dont des délégations des comités locaux anti-aéroport de toute la France et même de Genève et de Barcelone. Impossible de ne pas percevoir que les forces sont là, prêtes à défendre le haut lieu de la Zad, zone de résistance agricole, environnementale, naturaliste, anticapitaliste, autogestionnaire.




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Source : Nicolas de La Casinière pour Reporterre

Photos : via Twitter

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