Les travailleuses du médicosocial se révoltent contre la marchandisation du soin
Les travailleurs du secteur médicosocial se sont mobilisés à Auch contre les coupes budgétaires et les réformes libérales dans le secteur, le 1er avril 2025. - © Antoine Berlioz / Reporterre
Les travailleurs du secteur médicosocial se sont mobilisés à Auch contre les coupes budgétaires et les réformes libérales dans le secteur, le 1er avril 2025. - © Antoine Berlioz / Reporterre
Durée de lecture : 4 minutes
Une centaine de travailleurs du secteur médicosocial étaient mobilisés le 1er avril à Auch, dans le Gers. Ils dénoncent une dégradation de leurs conditions de travail et les « évolutions capitalistes » de leur métier.
Auch (Gers), reportage
« On observe une dégradation rapide de notre secteur, similaire à ce qui s’est passé pour les hôpitaux. » Habillée d’un gilet du syndicat Sud Santé Sociaux, Marie-Aline Dejoux ne cache pas sa colère. L’éducatrice spécialisée, qui travaille au Centre du Sarthé à Magnas, dans le nord du Gers, était en grève le 1er avril. Une centaine de ses collègues du secteur médicosocial étaient également présents à partir de 12 heures, place de la Libération à Auch, pour dénoncer des conditions de travail dégradées et un épuisement général.
En ligne de mire, la réforme Serafin-PH, lancée en 2014 et déployée en 2025, qui vise, selon les syndicats, à suivre le modèle des hôpitaux français avec une tarification à l’acte. Ce modèle est aujourd’hui largement décrié, étant accusé d’avoir entraîné les hôpitaux dans une course à la rentabilité.
« On observe une marchandisation du secteur et ça, ce n’est pas acceptable. On ne travaille pas avec des machines, mais avec des humains. Qu’est-ce que cela veut dire ? Que demain, on va faire payer les douches aux enfants que j’accompagne ? Quand un gamin tombe et que je lui fais un câlin pour le réconforter, il faudra aussi considérer cela comme un acte spécifique et cocher une case ? Comme si nos métiers pouvaient se quantifier, c’est ridicule », affirme Marie-Aline Dejoux, qui travaille avec des enfants en difficulté à Magnas.
Sous les tonnelles aux couleurs des syndicats, déployées pour l’occasion, Benoît Daussat, secrétaire départemental de la CGT et aide-soignant à Auch, dénonce également cette réforme de la tarification : « Au lieu de passer du temps avec les personnes qu’on accompagne, on va devoir remplir des documents et recenser tous les actes qu’on effectue. On déshumanise notre travail et on assiste à une marchandisation du soin, c’est une catastrophe. »
« Je ne vais pas tenir »
En plus de cette réforme, les travailleuses et travailleurs du secteur dénoncent les négociations « au rabais » d’une nouvelle convention collective unique étendue (CCUE), qui s’appliquera à tout le secteur médicosocial.
La confédération Axess, qui regroupe les employeurs du secteur sanitaire, social et médicosocial privé non lucratif, a en effet proposé une convention remettant « en cause certains acquis sociaux », selon les syndicats : diminution du temps de repos entre deux jours de travail, mise en place d’un salaire individualisé, augmentation du temps de travail hebdomadaire maximum, baisse des jours de congé… Des propositions qui inquiètent les professionnels.
« C’est la provocation ultime, dit Marie-Aline Dejoux. On est déjà en sous-effectif, envahis par des tâches administratives et numériques, il y a des postes non remplacés, des arrêts maladie à répétition, et on veut encore nous retirer des congés ? Quand je lis ces propositions, je me dis que je ne vais pas tenir. »
Pour elle, qui travaille en milieu rural, cette surcharge de travail s’accumule avec des problématiques multiples. « La quantité de déplacements que l’on doit faire explose. Il n’y a pas toujours la possibilité de trouver des professionnels de santé à Fleurance [à côté de Magnas] et, parfois, il faut qu’on accompagne des enfants jusqu’à Auch, à 30 km de là. C’est énormément de temps et de trajets en voiture. »
« On gagnera en faisant grève »
Dans une étude de 2023, l’Insee affirme que le Gers est le département d’Occitanie enregistrant la plus faible densité de médecins par habitant (225 médecins pour 100 000 habitants).
Plus tôt dans la matinée, plusieurs membres des syndicats Sud et CGT ont été reçus dans les bâtiments de la préfecture à Auch. Ils ont notamment pu faire part de leurs revendications sur la revalorisation des salaires, la création de postes et la fin des coupes budgétaires à un représentant du préfet et un autre de l’Autorité de régulation de santé (ARS).
« Je ne me fais pas d’illusions quant à ces échanges. C’est à nous de nous mobiliser comme aujourd’hui et de les faire plier », dit Christine Saux, monitrice-éducatrice en psychiatrie à Auch, qui a assisté au rendez-vous à la préfecture. « On ne gagnera rien à la préfecture. On gagnera en faisant grève, en se mobilisant dans nos structures et dans la rue. Il n’y a que comme cela qu’on pourra les faire flancher », ajoute Benoît Daussat, avec son dossard de la CGT.