Loi Duplomb : le malaise de la macronie
Gabriel Attal (qui a voté pour) semble désormais embarrassé par son soutien à la loi Duplomb, rejetée par une partie des Français. - © Sébastien Dupuy / AFP
Gabriel Attal (qui a voté pour) semble désormais embarrassé par son soutien à la loi Duplomb, rejetée par une partie des Français. - © Sébastien Dupuy / AFP
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Le malaise s’intensifie dans la majorité présidentielle, déjà divisée lors du vote pour la loi Duplomb. Gabriel Attal, Agnès Pannier-Runacher... livrent un exercice d’équilibriste alors que la colère des Français continue de monter.
Où étaient passés les macronistes ? Face à leur silence, tout le weekend, sur le succès retentissant de la pétition contre la loi Duplomb qui en est désormais à plus de 1,7 million de signatures, on finissait par se demander si les membres du camp présidentiel n’étaient pas partis en vacances. Un silence qui trahissait l’embarras d’une majorité déjà divisée sur le sujet : 64 députés Renaissance avaient voté pour le texte le 8 juillet, 14 contre et 10 s’étaient abstenus.
Ils ont été, semble-t-il, pris de court par la mobilisation citoyenne inédite contre le texte qui réintroduit trois pesticides interdits dont l’acétamipride, facilite la construction de mégabassines et favorise l’élevage industriel. Sous pression, ils se sont finalement réveillés lundi 21 juillet.
Interrogée sur le plateau de France 2 dans la matinée, la porte-parole du gouvernement Sophie Primas a tenté de calmer le jeu. « Le gouvernement écoute bien sûr les mouvements démocratiques comme celui qui s’exprime aujourd’hui, a-t-elle dit. Peut-être n’avons-nous pas assez expliqué, peut-être n’avons-nous pas assez rassuré. »
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Dans l’après-midi, Gabriel Attal a tenu une conférence de presse pour présenter une « nouvelle donne économique et climatique pour la France ». En dénonçant « la grande régression climatique que certains veulent nous imposer, y compris au sein même du gouvernement », le président du parti Renaissance a voulu s’afficher en défenseur de l’écologie alors même qu’il a voté... pour la loi Duplomb.
L’appel à l’Anses, « une entourloupe » des macronistes
Gabriel Attal a ainsi cherché la bonne formule pour tenir compte du succès de la pétition sans remettre en cause un texte néfaste pour la santé et l’environnement. « Mon souhait, c’est que ce débat puisse être orienté avant tout par la science. L’Anses [Agence nationale de sécurité sanitaire] doit pouvoir, à la demande du gouvernement je l’espère, produire un avis » qui servirait de « boussole », a-t-il tenté de se dédouaner.
Même argumentaire chez la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher qui soutient l’idée « de faire appel » à l’Anses. « La science n’a pas vocation à se substituer au politique, mais elle peut utilement l’éclairer », a-t-elle souligné dans un message transmis à la presse. D’abord on vote, et ensuite on demande l’avis des scientifiques face à la contestation populaire ? Cherchez l’erreur.
Cette stratégie n’est qu’« une entourloupe », a réagi la députée écologiste des Deux-Sèvres Delphine Batho dans un communiqué. « En commission des Affaires économiques, les députés Renaissance ont voté contre nos amendements de repli proposant un avis préalable de l’Anses. Pire, à la place, la loi Duplomb instaure un mécanisme destiné à empêcher l’Anses de prononcer l’interdiction de pesticides dangereux, cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques, perturbateurs endocriniens, PFAS. » La permanence parlementaire de Delphine Batho a par ailleurs été prise pour cible, vraisemblablement par des agriculteurs qui soutiennent la loi Duplomb, le 22 juillet.
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La ministre de l’Agriculture Annie Genevard, soutien sans faille de la loi Duplomb, a, elle, indiqué sur X que le gouvernement était « pleinement disponible » pour un débat à l’Assemblée nationale sur le texte.
Attente de l’avis du Conseil constitutionnel
Et Emmanuel Macron ? Alors que les forces de gauche l’ont exhorté à ne pas promulguer la loi Duplomb, le président de la République est resté muet sur le sujet. Il devrait le rester au moins jusqu’à la décision du Conseil constitutionnel, a dit son entourage à l’AFP. Saisis par les députés écologistes, insoumis et communistes le 11 juillet puis par les socialistes quatre jours plus tard, les Sages ont un mois pour se prononcer.
Dans l’hypothèse où le Conseil constitutionnel donnerait son feu vert à la loi Duplomb, « Emmanuel Macron a la possibilité de surseoir à la promulgation et demander au Parlement une deuxième délibération de la loi ou de certains de ses articles avec l’accord du Premier ministre, comme le permet l’article 10 de la Constitution », explique Daniel Boy, spécialiste en écologie politique.
« Emmanuel Macron a d’autres batailles à mener »
Pour ce directeur de recherches émérite à Sciences Po, Emmanuel Macron est dans une situation délicate : « En permettant une nouvelle délibération au Parlement, le chef de l’État montrerait qu’il a entendu la contestation d’une partie des Français et cela ne changerait pas grand-chose sur le fond, la loi Duplomb serait à nouveau votée. » D’un autre côté, « décider d’une nouvelle délibération au Parlement risquerait de faire exploser la majorité gouvernementale avec Les Républicains, fervents défenseurs du texte ».
Daniel Boy ne croit pas qu’Emmanuel Macron prenne le risque de déclencher une crise gouvernementale au sujet de la loi Duplomb. « Il a d’autres batailles à mener comme le vote du budget en septembre pour lequel il a besoin du soutien des Républicains », poursuit-il. D’autant plus qu’il ne s’aventurera pas à dissoudre l’Assemblée nationale, « personne n’a intérêt à une nouvelle dissolution ».