Malgré la flambée du pétrole, le plastique reste omniprésent sur les fruits et légumes
Le plastique au rayon fruits et légumes a encore de beaux jours devant lui. - © Magali Cohen / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Le plastique au rayon fruits et légumes a encore de beaux jours devant lui. - © Magali Cohen / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Malgré les velléités d’interdiction et malgré la hausse du coût provoquée par la guerre au Moyen-Orient, les emballages plastiques restent omniprésents autour des fruits et légumes.
Voici venue la saison des fraises. Et du plastique ! Dans cet hypermarché Carrefour de banlieue parisienne, en cette mi-avril, leurs barquettes en PET (polyéthylène téréphtalate) s’étalent sur plus de 5 mètres de long, à l’entrée du rayon fruits et légumes. Fraises espagnoles à 1,99 euro les 500 grammes, des gariguettes et maras des bois françaises (au moins trois fois plus chères) : pas une n’est vendue sans plastique.
Et ces fruits particulièrement fragiles n’ont pas l’apanage de l’emballage. Plus loin dans le rayon, le plastique entoure la quasi-totalité des raisins et des champignons, les choux de Bruxelles, les endives, certaines pommes de terre, des lots de légumes… Pourquoi encore tant de contenants d’origine pétrolière ? Peut-on enfin réduire l’usage de plastique ?
La situation géopolitique semble fournir une occasion rêvée. Le blocage du détroit d’Ormuz commence à inquiéter les professionnels. « Le coût du plastique est directement corrélé à celui du pétrole. Certains emballeurs ont déjà répercuté la hausse sur le prix des emballages plastiques », relate Fabien Gaucher, directeur des affaires juridiques d’Interfel, l’organisme fédérant la filière fruits et légumes.
L’impact sur le prix en magasin devrait toutefois être limité. Selon Plastalliance, lobby européen de l’industrie plastique, le coût d’une barquette en PET comme celles utilisées pour les fraises se limite à 3 ou 4 centimes. Plastalliance craint davantage des difficultés d’approvisionnement, notamment en polyéthylène. Ce film plastique souple aux usages multiples sert notamment, au rayon fruits et légumes, à entourer les barquettes de fraises ou à habiller certains concombres ou brocolis.
« La guerre au Moyen-Orient nous rappelle que le plastique que nous utilisons est issu de pétrole extrait à l’autre bout du monde. Or 40 % du plastique produit est destiné à un usage unique. Ce modèle n’est pas tenable », commente Marine Bonavita, chargée de plaidoyer à l’association Zero Waste France. Elle souligne la nécessité de développer l’achat en vrac et les contenants réemployables.
Là où l’emballage reste nécessaire, carton et papier pourraient-ils au moins remplacer le plastique ? Sur le plan économique, ils souffrent tout autant des tensions au Moyen-Orient, en raison d’un processus de production énergivore. « Le plastique restera toujours plus compétitif pour les producteurs et les consommateurs », veut croire Joseph Tayefeh, secrétaire général de Plastalliance.
Bataille réglementaire
Les velléités d’interdiction ont fait long feu. La France avait prévu de mettre le holà au plastique sur les fruits et légumes « à partir du 1er janvier 2022 ». La date est inscrite, encore aujourd’hui, dans le Code de l’environnement. Pourtant aucune interdiction n’est en vigueur. Le décret devant rendre la mesure effective et lister les exceptions a été annulé à deux reprises par le Conseil d’État, saisi par les professionnels du plastique. L’interdiction devrait être formellement supprimée dans le cadre du projet de loi d’adaptation au droit de l’Union européenne (projet de loi dit Ddadue), actuellement en discussion au Parlement.
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La fin du statu quo est renvoyée aux calendes non pas grecques mais européennes. Le règlement européen sur les emballages (dit PPWR) prévoit une interdiction au 1er janvier 2030. Mais le texte est en réalité peu ambitieux. Il ouvre la porte à de nombreuses dérogations : le plastique pourra continuer à être utilisé s’il permet d’éviter le mélange entre fruits bio et non bio et en cas de nécessité « démontrée » pour « éviter les pertes d’eau, le flétrissement, les risques microbiologiques, les chocs physiques ou l’oxydation », selon l’annexe 5 du règlement.
« En 2030, il y aura toujours du plastique »
Si les risques sont réels pour certaines variétés, ces raisons font parfois figure d’excuse pour ne pas développer d’alternatives. De quoi craindre le maintien du plastique sur de très nombreux fruits et légumes. Les défenseurs du plastique sont bien décidés à obtenir une liste d’exemptions la plus longue possible : « En 2030, il y aura toujours du plastique. L’interdiction ne sera pas la règle, plutôt l’exception », assure Joseph Tayefeh chez Plastalliance. La Commission européenne doit publier en février 2027 une première liste, indicative et non exhaustive, de fruits et légumes exemptés.
Les États pourront en ajouter. La filière le déplore, craignant des distorsions de concurrence : « Si une tomate peut se passer d’emballage plastique en France, elle doit pouvoir s’en passer en Espagne. Il est incompréhensible que l’on n’applique pas une harmonisation maximale entre pays européens sur le sujet », commente Fabien Gaucher.
Un défi technique
Et en attendant ? Deux tiers des volumes de fruits et légumes frais sont vendus en vrac, selon l’interprofession, soit un tiers qui serait doté d’un emballage. Sans pouvoir chiffrer l’évolution ces dernières années, l’organisme assure que de « nombreuses avancées » ont eu lieu sur les produits préemballés, avec la suppression du plastique ou son remplacement par d’autres matériaux.
Dans notre Carrefour d’Île-de-France, un certain nombre de barquettes en carton étaient visibles lors de notre visite : pour des lots de quatre pommes bio, pour des framboises d’Espagne — sur la douzaine de références de fruits rouges, c’était la seule à échapper au plastique — et surtout pour la totalité des tomates cerises. Seul hic : une partie des cartons de tomates était encore entourée d’un film plastique.
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Mais la marge de progression est notable. Certains magasins proposent encore des lots de kiwis, bananes ou poivrons sous plastique : « Pourquoi ajouter un emballage inutile pour faire un lot, alors que ces fruits et légumes sont aussi vendus en vrac par ailleurs ? » s’agace Marine Bonavita. Elle estime que la question dépasse les fruits et légumes : « Dans un supermarché, tout est emballé. Le problème est systémique : c’est la quantité d’emballages à usage unique, quel que soit le matériau. »
Au-delà de la bataille réglementaire, le remplacement du plastique aussi peut représenter un défi technique. C’est le cas lorsque l’emballage joue un rôle de protection et de conservation, comme pour les fraises. Dans le cadre du projet de recherche baptisé EcoFreshChain, des tests ont été réalisés avec une barquette en carton biodégradable. Objectif : évaluer la vitesse avec laquelle les fraises s’abîment et perdent du poids en se desséchant au cours des jours suivant la récolte.
Les fraises perdent 5 % de leur poids en 6,5 jours si elles sont en barquette plastique, mais en 4,6 jours dans une version en carton écoconçu. La dégradation est donc plus rapide dans l’emballage plus « vert ». Dommage… L’écart peut être réduit en utilisant une atmosphère modifiée, c’est-à-dire par le contrôle des niveaux d’oxygène et de dioxyde de carbone dans la barquette carton (-5 % en 5,7 jours). « Le résultat est alors assez satisfaisant. Mais à ce jour, cette technique d’atmosphère modifiée n’est pas utilisée pour la fraise en France », explique Évelyne Derens-Bertheau, ingénieure de recherche à l’Inrae, l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, qui a participé au projet.
Elle souligne un autre obstacle, l’acceptabilité par les consommateurs : « 46 % d’entre eux disent que le manque de visibilité des fraises dans l’emballage en carton est un frein à l’achat. » Évelyne Derens-Bertheau cite toutefois comme alternative possible la présentation des fraises en plateau : elle évite de les entasser, facilitant leur conservation… même si l’emballage n’est pas en plastique !