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Manifestation contre le Lyon-Turin : plus de 100 personnes interdites de territoire

En dépit des nombreuses menaces, les Soulèvements de la Terre ont installé leur camp à La Chapelle pour la mobilisation de ce weekend.

Le rassemblement « Le réveil des montagnes » de ce weekend n’a pas commencé qu’une répression de grande ampleur s’est déjà abattue sur les opposants au projet ferroviaire Lyon-Turin.

Vendredi 16 juin, 107 interdictions administratives de territoire contre des activistes étrangers ont été émises en amont du rassemblement, a appris Cnews d’une source proche du dossier.

Autrement dit, ces étrangers n’auront pas le droit de passer la frontière pour participer à la mobilisation. Un nombre inédit.

Rassemblements interdits

Dans la nuit de jeudi à vendredi, la préfecture de Savoie a interdit tout rassemblement sur la voie publique jusqu’au dimanche 18 juin inclus dans neuf communes de la vallée de la Maurienne « afin d’assurer la sécurité des personnes et des biens ».

L’administration a fait savoir que « 300 à 400 éléments radicaux susceptibles de provoquer de graves troubles à l’ordre public » pourraient se mêler aux 3 000 à 4 000 manifestants attendus. Jeudi, le préfet de la Savoie, François Ravier, a indiqué à la presse craindre « des intrusions et des dégradations sur les chantiers ».

La préfecture a également annoncé la mobilisation de 2 000 gendarmes et policiers ainsi que de 60 pompiers et du Samu pendant tout le week-end sur les lieux de la mobilisation.

Un projet aussi coûteux que contesté

Les opposants au projet, dont une dizaine d’organisations parmi lesquelles No Tav et les Soulèvements de la Terre, ont décidé de maintenir la manifestation. Mandaté par Europe Écologie - Les Verts (EELV), Attac et l’association locale Vivre en Maurienne, l’avocat Arié Alimi a formé plusieurs recours en référé liberté, notamment contre les interdictions de manifester, et a porté plainte contre le préfet pour « entrave à la liberté de manifester ».

Le tribunal administratif de Grenoble (Isère) avait programmé une audience ce vendredi à 15 h pour examiner ces recours. Pendant ce temps, le camp des opposants s’installe petit à petit à l’entrée de La Chapelle, une commune non visée par les interdictions, située entre Épierre et La Chambre.

Le projet de ligne ferroviaire Lyon-Turin prévoit de forer environ 260 kilomètres de galeries à travers les Alpes. Les opposants dénoncent un projet pharaonique, au coût démentiel et aux conséquences désastreuses sur les terres agricoles et la ressource en eau des territoires traversés.

Lire aussi : LGV Lyon-Turin : les raisons de la lutte

Mercredi 14 juin, le président de la République, Emmanuel Macron, a demandé au Conseil des ministres d’accélérer la dissolution du mouvement. Ce projet, annoncé le 30 mars dernier par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, après la mobilisation contre les mégabassines à Sainte-Soline, a réémergé dimanche 11 juin après une action anti-extraction de sable contestée au cours de laquelle des militants écologistes ont arraché des cultures maraîchères intensives.

Porté par M. Darmanin et le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, le dossier était jusqu’à présent systématiquement remis en bas de la pile par les équipes de la Première ministre, Élisabeth Borne, réticentes devant la complexité juridique de l’opération. Mais ce décret de dissolution pourrait être présenté en Conseil des ministres mercredi 21 juin.

« Insoumission » et « réapparitions multiples et créatives »

« À l’heure où les nappes du pays sont à vide, où les forêts brûlent, les oiseaux disparaissent et les bocages se rétractent, la prétention à dissoudre un soulèvement pour les terres et l’eau est toujours aussi anachronique que concrètement surréaliste », ont réagi les Soulèvements de la Terre dans un communiqué vendredi 16 juin. « Si le gouvernement veut rendre effective cette dissolution, ce sont des dizaines de milliers de personnes partout en France qu’il devra arrêter demain pour maintien ou reconstitution de ligue dissoute. »

Le mouvement appelle ses soutiens à « faire acte d’insoumission dès le soir de l’annonce de la dissolution en faisant exister les Soulèvements de la Terre sous de multiples formes, et donc si cela se confirme pour le 21 juin, pendant la fête de la musique ». Et les encourage à mener « des réapparitions multiples et créatives du mouvement dans tous le pays » le mercredi suivant la dissolution.

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