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EntretienPolitique

Marine Tondelier : « Il se passe quelque chose d’historique »

Dans cet entretien, Marine Tondelier rappelle les effets concrets de l'accord commun entre les forces de gauche et écologistes sur la vie des Françaises et des Français.

Des mesures « très écolo, très sociales et très concrètes ». Marine Tondelier, à la tête des Écologistes, l’assure : le programme du Nouveau Front populaire est « historique ».

Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, est candidate suppléante pour les élections législatives dans la onzième circonscription du Pas-de-Calais, celle où se présente aussi Marine Le Pen (RN).




Reporterre – On parle de beaucoup de choses pendant cette campagne électorale des législatives anticipées, mais très peu d’écologie. Pourquoi ?

Marine Tondelier – On parle beaucoup plus de politique qu’on n’en a jamais parlé en France, parce qu’on vit une situation exceptionnelle. Mais il est vrai que le débat tourne énormément autour de politique « politicienne », plutôt qu’autour des programmes. Et je suis d’accord avec vous, j’estime qu’on ne parle pas assez d’environnement.

Et pourtant ! Il se passe quelque chose d’historique. Dans un programme commun à la gauche et aux écologistes, nous avons réussi à trouver un accord entre les quatre partis politiques concernés – les écologistes, les communistes, les insoumis et les socialistes – qui est le plus ambitieux que n’ait jamais connu la France sur l’environnement. Quand il y a des bonnes nouvelles, il faut quand même savoir le dire. Je veux le rappeler aussi souvent que possible.

Toutes celles et ceux qui portent l’écologie de longue date dans ce pays ont été, comme moi, assez émus de voir, dans un accord commun aux écologistes et à toute la gauche, un moratoire sur tous les grands projets autoroutiers. Nous avons gagné sur l’A69 [le projet d’autoroute entre Castres et Toulouse], évidemment, mais on ne s’est pas contentés d’une victoire symbolique sur ce seul projet inutile. On a obtenu une règle claire de moratoire sur tous les grands projets autoroutiers, sur les mégabassines et sur les fermes-usines.

Ce sont des mesures ambitieuses, mais quelles sont celles qui auront un effet sur la vie quotidienne des électeurs ?

Il y a la gestion 100 % publique de l’eau, comme on le fait déjà dans quelques villes gérées par des écologistes, comme à Bordeaux, avec la gratuité du coût des premiers m³ d’eau – ceux qui sont indispensables à la vie – et une tarification progressive et différentielle selon les usages. Concrètement, cela veut dire qu’une personne ayant une consommation raisonnable en eau ne paiera plus de factures d’eau, tandis que celles et ceux qui en consomment davantage devront payer. Ça, c’est une mesure très écolo, très sociale et très concrète pour le quotidien des Françaises et des Français.

Il y a aussi la question de l’isolation thermique des logements. On propose un renforcement des aides pour tous les ménages, en garantissant leur prise en charge complète pour les ménages modestes. C’est bon pour le climat, c’est bon pour l’emploi et c’est bon pour le pouvoir d’achat. Ensuite, l’argent qu’on ne met pas dans les autoroutes, on le mettra dans les transports en commun, les transports du quotidien, notamment dans les petites lignes de train que les gouvernements successifs ont fermé. C’est une allocation intelligente des ressources publiques. Le tarif du péage de l’A69 devrait coûter au moins 17 euros l’aller-retour. Qui peut se permettre ça ? Ces projets inutiles sont des projets élitistes.

Manifestation contre l’extrême droite et pour le NFP à Paris, le 15 juin 2024. © NnoMan Cadoret / Reporterre

Sans oublier la lutte contre les polluants éternels, les PFAS, dont on a beaucoup parlé ces derniers temps car les écologistes ont porté ce sujet à l’Assemblée nationale comme au Sénat. Si on gagne ces élections législatives avec le Nouveau Front populaire, il y aura un engagement ferme à lutter contre ces substances en particulier, mais aussi contre beaucoup d’autres qui polluent notre environnement, nous rendent malades et diminuent notre espérance de vie.

L’écologie est souvent présentée comme « punitive » par vos adversaires. Vous au contraire, dites qu’il est possible d’allier augmentation du pouvoir d’achat et écologie ?

L’écologie punitive, c’est clairement le langage de nos adversaires et je ne l’intérioriserai jamais. C’est faux, mensonger et diffamatoire. Aujourd’hui, chacun voit bien que c’est l’absence d’écologie qui est punitive.

On ne peut pas garantir aux enfants qui naissent en 2024 que la planète sera encore habitable pour l’année de leurs 30 ans. Des personnes vivent dans des passoires thermiques l’hiver et dans des bouilloires thermiques l’été. D’autres n’ont plus accès à une eau potable de qualité dans certains territoires. À Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), le jour de sa naissance, on a déjà cinq ans d’espérance de vie de moins qu’un Parisien. Alors qu’on n’a encore rien fait. Parce que le sol, l’eau, l’air sont pollués. Parce que le travail tue, aussi. Je pourrais également vous parler de la qualité de ce qu’on mange, de si ça rémunère les agriculteurs ou pas… Tous ces enjeux montrent bien que c’est l’absence d’écologie qui est punitive pour les gens.

« L’écologie punitive, c’est le langage de nos adversaires »

Quand on prend le temps d’en discuter posément et sereinement, chacun comprend qu’isoler les logements, c’est du pouvoir d’achat en plus. Faire les premiers m³ d’eau gratuits comme on s’apprête à le faire avec le Nouveau Front populaire, c’est du pouvoir d’achat en plus. Faire des circuits courts, c’est du pouvoir d’achat en plus. Donc je ne pense pas que ce soit très punitif, sauf dans la tête de celles et ceux qui n’ont rien compris et qui veulent faire peur.

L’écologie semble quand même devenue une sorte de repoussoir, et est peu abordée dans les débats. Comment faire émerger ces sujets sans faire fuir les électeurs ?

Je ne pense pas que l’écologie soit un repoussoir pour les électeurs, je pense que l’extrême droite et la majorité présidentielle actuelle ont voulu faire de l’écologie un bouc émissaire de tous les problèmes des Françaises et des Français. Ça, c’est manifeste. Or, je rappelle souvent que, depuis la nuit des temps, quand on cherche un bouc émissaire en politique, c’est qu’on n’a plus de solutions à apporter à celles et ceux qu’on administre. On finit par trouver une victime expiatoire qui est, par principe, toujours innocente. C’est une méthode qui est lâche, cynique, et qui est souvent une grande marque de fébrilité et d’impuissance.

Donc oui, ça peut avoir des conséquences électorales. Mais, dans leur histoire, les écologistes ne se sont jamais démontés quand ils traversaient des moments d’adversité. On l’a démontré à nouveau, on n’a pas tremblé, on a mené des négociations programmatiques en étant très fermes sur les sujets qui nous tenaient à cœur et on a obtenu un accord qui, je le redis et je le redirai aussi souvent que nécessaire, est le plus ambitieux qu’ait jamais connu ce pays sur l’écologie, pour une force qui s’apprête à gouverner.

Si le Nouveau Front populaire arrive en tête des élections législatives, mais que le Premier ministre n’est pas issu des Écologistes, pensez-vous que l’écologie sera suffisamment représentée à Matignon et au gouvernement ?

Oui, elle le sera. Pour le Premier ou la Première ministre, plusieurs critères doivent être respectés aux yeux des Écologistes. Le premier est d’être aligné sur le programme du Nouveau Front populaire, pour être en mesure de le porter avec sincérité. Et comme je vous l’ai dit, ce programme est le plus écologiste jamais présenté pour gouverner. On n’imaginerait donc pas à Matignon quelqu’un qui soit étranger à l’écologie, qui n’a rien compris au sujet et que ça n’intéresse pas. En 2024, une coalition progressiste se doit d’être très offensive sur ces sujets cruciaux pour notre avenir, celui de nos enfants et celui de nos petits-enfants.

Il faudra aussi d’autres qualités. Il faut une personne capable d’apaiser le pays, qui en a grand besoin, et quelqu’un qui fédère au sein du Nouveau Front populaire. Comme on va décider au consensus qui sera le ou la Première ministre, ça ne pourra évidemment pas être une personne qui fait hurler une partie de notre coalition.

On a toujours travaillé en équipe au Nouveau Front populaire, et c’est en équipe que nous allons gouverner. Les écologistes y prendront toute leur part.



Et vous, cela vous intéresserait d’être Première ministre ?

J’ai déjà dit que l’époque du « moi je » était révolue. Avec le Nouveau Front Populaire, on est à l’heure du collectif, à l’heure du « nous ». Je ne participerai pas au défilé interminable des postulants à Matignon. Ce n’est pas le moment, ce n’est pas à la hauteur des enjeux et ce n’est pas comme ça qu’il faut faire.

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