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Politique

Débat Bompard, Attal, Bardella : l’écologie réduite aux voitures électriques et au nucléaire

À cinq jours du premier tour des élections législatives anticipées, le débat opposant Bompard, Bardella et Attal a effleuré la question écologique.

Lors du débat rassemblant Gabriel Attal (Renaissance), Jordan Bardella (RN) et Manuel Bompard (Nouveau Front populaire), l’écologie a enfin été abordée. Mais il n’a été question que de voitures électriques et de nucléaire.

Onze minutes et trente-six secondes. Voilà le maigre temps qui a été accordé à la thématique de l’écologie, le 25 juin, lors du débat opposant le Premier ministre Gabriel Attal à Jordan Bardella (président du Rassemblement national) et Manuel Bompard (coordinateur de La France insoumise, désigné représentant de l’alliance du Nouveau Front populaire). À cinq jours du premier tour des élections législatives anticipées, sur une heure quarante-cinq minutes d’échanges, les enjeux écologiques n’ont donc représenté que 10,82 % du temps, saucissonnés et résumés en deux sujets : les véhicules électriques et l’énergie.

« L’Union européenne a décidé qu’en 2035, il serait interdit de vendre des voitures neuves à moteur thermique. C’est dans onze ans. Est-ce que vous êtes favorables à cette mesure ? », a interrogé le journaliste de TF1 Gilles Bouleau, en guise d’introduction. Réponse positive pour Manuel Bompard, qui a tout de suite avancé la nécessité de « faire bien davantage » pour baisser les émissions de gaz à effet de serre, et ainsi réduire l’ampleur du changement climatique.

« Le Haut Conseil pour le climat [une instance indépendante créée par Emmanuel Macron en 2018] nous dit que la trajectoire sur laquelle est la France est une trajectoire d’un réchauffement moyen à hauteur de 4 ou 5 °C », a rappelé le coordinateur de La France insoumise, pour appuyer l’urgence des efforts à entreprendre, si l’on veut limiter le réchauffement mondial à 1,5 °C en 2050, comme le prévoit l’Accord de Paris.

Sur ce point, Gabriel Attal a ressorti sa carte maîtresse : le chiffre des baisses des émissions de gaz à effet de serre de ces dernières années. « L’année dernière, les émissions de gaz à effet de serre ont baissé de 6 % en France, c’est six fois plus qu’en 2017 », a souligné le Premier ministre. Comme souvent, il a cité le centre indépendant Citepa, mais feint d’oublier que ce bon résultat est « conjoncturel », selon les scientifiques et les associations écologistes. Dit autrement, la baisse des émissions est due à la pandémie de Covid-19 plutôt qu’à une action forte du gouvernement.

Financer la transition écologique

En mentionnant ensuite sa nouvelle mesure de « fonds de rénovation énergétique des logements des classes moyennes et populaires », Gabriel Attal a aussi voulu prouver « l’investissement » de l’État pour aider à la rénovation thermique, mesure à la fois écologique (qui implique une baisse de la consommation d’énergie) et sociale (qui implique une baisse des dépenses). Il a également mentionné la hausse du budget de la transition écologique entre 2023 et 2024.

« Lorsqu’il a fallu faire des coupes budgétaires cette année – 10 milliards d’euros – quel est le premier budget qui a été impacté ? C’est sur le budget de la transition écologique, et en particulier sur la rénovation thermique des logements, que vous êtes allés prendre de l’argent », a toutefois rétorqué Manuel Bompard. L’aide à la rénovation énergétique, MaPrimeRenov’, a en effet perdu un milliard d’euros de financement au mois de février. Le « Fonds vert », destiné à accélérer la transition écologique des territoires, a également été raboté de 400 millions d’euros par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire.

Durant les 95 minutes qu’ont duré le débat, jamais les invités n’auront été interrogés sur la disparition des insectes ou sur la destruction des sols, des sujets pourtant cruciaux pour notre système agricole. Capture écran / TF1

« J’assume de dire que dans notre programme économique, il y aura des dépenses significatives très importantes, de plusieurs dizaines de milliards d’euros, pour la transition écologique », a plutôt affirmé le représentant du Nouveau Front populaire, rappelant que l’économiste Jean Pisani-Ferry – rédacteur du programme d’Emmanuel Macron en 2017 – estimait lui-même que la France devait s’endetter à hauteur de 66 milliards d’euros par an à l’horizon 2030 pour affronter ce défi.

Bien silencieux sur ce début d’échange, le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a seulement affirmé que le calendrier d’interdiction de vente des véhicules neufs à moteur thermique n’était « pas raisonnable ». Il a dénoncé « une société à la cubaine où les classes populaires et les classes moyennes ne pourront pas s’acheter de véhicule ».

Passion nucléaire au RN et à Renaissance

« Mais quelle est votre mesure phare pour baisser les émissions de gaz à effet de serre ? », a insisté la journaliste de TF1 Anne-Claire Coudray. Rappelant que 50 % des émissions françaises sont liées à nos importations, l’eurodéputé d’extrême droite a donc proposé de « réindustrialiser », « relocaliser », « simplifier » notre économie et « développer le circuit court par le patriotisme économique », sans donner davantage d’exemples.

Là où Jordan Bardella s’est montré le plus bavard, c’est au moment d’évoquer la question énergétique. Le président du Rassemblement national a vanté le nucléaire – « c’est bon pour l’environnement parce que c’est décarboné et c’est surtout bon pour les factures et pour nos entreprises » – et reproché à Emmanuel Macron d’avoir fermé la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) en 2020. Il a également réaffirmé sa volonté de mettre en place un moratoire sur la construction de tout nouveau chantier éolien.

De son côté, Gabriel Attal s’est vanté d’avoir lancé la construction de quatorze nouveaux réacteurs, dont la mise en place serait prévue à partir de 2035. « Présenter la construction de nouveaux réacteurs nucléaires comme une solution à l’urgence climatique est tout simplement faux et inexact, a contrecarré Manuel Bompard, puisque précisément les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre qu’il faut faire, il faut les faire dans un temps qui ne permet pas la construction de ces réacteurs. » En clair, on ne peut pas attendre 2035.

Lire aussi : Le RN et l’écologie : tout pour les riches, rien pour le vivant

Interrogé sur les différentes positions au sein du Nouveau Front populaire sur le sujet – les écologistes et les insoumis souhaitent, à terme, sortir du nucléaire, contrairement aux communistes – Manuel Bompard a répondu que, si son bloc politique était élu, il allait « faire quelque chose que M. Attal ne connaît pas très bien : la démocratie parlementaire ». Le coordinateur de La France insoumise faisait ici référence aux nombreux articles 49.3 utilisés par les différents Premiers ministres depuis l’accession d’Emmanuel Macron au pouvoir, qui ont permis de passer en force des projets de loi sans les faire voter. Et Manuel Bompard de conclure : « Il y aura une loi sur l’énergie qui sera débattue à l’Assemblée nationale. »

L’écologie noyée sous d’autres sujets

Durant les quatre-vingt-quinze minutes qu’ont duré le débat, jamais les invités n’auront été interrogés sur la disparition des insectes – pourtant indispensables à l’équilibre des écosystèmes et à notre système agricole et alimentaire – ou sur l’extinction des espèces animales sauvages. Rien non plus sur la destruction des sols, sur les pollutions des eaux et de l’air, ni sur l’adaptation au changement climatique. Même si aucun débat ne peut prétendre aborder de façon exhaustive les enjeux écologiques, la thématique a encore une fois été réduite à la question de l’énergie, et à celle d’un seul moyen de transport : la voiture.

L’écologie, présentée comme repoussoir lors de la campagne des élections européennes, et absente des débats depuis l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale, a été noyée sous les questions sur l’immigration, la sécurité et la laïcité, qui traînaient tellement en longueur que la thématique internationale, pourtant prévue par les journalistes de TF1, a dû être abandonnée au dernier moment, faute de temps restant.

Un nouveau débat entre Gabriel Attal, Jordan Bardella et Olivier Faure (le premier secrétaire du Parti socialiste, qui représentera cette fois le Nouveau Front populaire) se déroulera le jeudi 27 juin, sur France 2 et M6. Reste à voir si l’écologie prendra davantage de place lors de ce rendez-vous.

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