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Transports

Trop d’avions et de SUV… Pourquoi la baisse des émissions de CO2 n’est pas un « record »

Pour les associations, « il reste deux tabous : la place prédominante de la voiture et la réduction nécessaire du trafic aérien ».

Le gouvernement s’est réjoui d’une baisse de nos émissions de CO2. Las, celle qui touche le secteur des transports, très polluant, est loin de suffire.

Cocorico ! Les émissions de gaz à effet de serre de la France ont baissé de 4,8 % en 2023 relativement à 2022. C’est ce qu’indiquent les estimations, encore temporaires, du Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa). « Une bonne nouvelle très importante », s’est réjoui le président de la République. Parmi les nouveautés de l’année 2023 : la baisse qui touche le secteur des transports — le plus polluant avec 32 % des émissions nationales. Après une décennie de stagnation, les rejets routiers ont (enfin) diminué de 3 %, soit « le niveau le plus bas depuis 2009 », remarque le Citepa.

Si messieurs Macron et Béchu, ministre de la Transition écologique, semblent côtoyer le septième ciel, les associations écolos, elles, sont bien moins enthousiastes. « Non, ce n’est pas une bonne nouvelle, insiste Pierre Leflaive, chargé de mission mobilités durables au sein du Réseau Action Climat. Le secteur des transports reste à la traîne, on est au-dessus de la trajectoire prévue par la Stratégie nationale bas carbone. »

Lire aussi : Les émissions de gaz à effet de serre enregistrent une baisse record en France

En clair, sur les quatre dernières années, nous ne devons notre salut climatique qu’à l’année 2020, marquée par une baisse record des émissions des transports liée à la pandémie de Covid-19.

Hausse du prix à la pompe

Surtout, d’après l’expert, la diminution observée en 2023 correspond à « un résultat très conjoncturel ». Pour le Citepa, cette performance du transport routier est en effet en grande partie due à des hausses du prix à la pompe. « La baisse de consommation de carburant semble peser principalement sur les ménages qui ont dû contraindre leurs déplacements, en raison de la flambée des prix à la rentrée 2023, décrypte Pierre Leflaive. Ce n’est pas de la sobriété choisie, c’est de la précarité. »

Autre facteur, selon le Citepa : la baisse des ventes des véhicules diesel au profit des voitures électriques — qui représentaient 26 % des ventes en France (en comptant les hybrides rechargeables) l’an dernier, selon l’association des constructeurs européens d’automobiles. En France, « l’électrification du parc automobile se poursuit, confirme l’expert du RAC, mais elle est contrebalancée par le succès des SUV thermiques. »

« Ce n’est pas de la sobriété choisie, c’est de la précarité »

En 2023, près d’un véhicule vendu sur deux était un SUV, qui est donc « le type de voiture le plus vendu dans notre pays », résume un site spécialisé. Or, ces véhicules émettraient 20 % de plus que les voitures conventionnelles, principalement en raison de leur poids.

Précisons que les véhicules électriques émettent beaucoup de carbone… hors de nos frontières, lors de l’extraction du lithium et de la fabrication des batteries. Or « ces émissions importées ne sont pas prises en compte dans le rapport du Citepa », rappelle Anne Lassman-Trappier, de France Nature Environnement.

Le trafic aérien français a retrouvé son niveau de 2019

Dernier point — et non des moindres — sur ces bolides survoltés, « le marché est dominé par des modèles très lourds, et surtout très chers », souligne Pierre Leflaive. Conséquence, les plus aisés se sont équipés, mais « on peine à rendre les voitures électriques accessibles à tous ».

Autre (énorme) ombre au tableau climatique, « le secteur aérien voit ses émissions de gaz à effet de serre en hausse », note le Citepa. +21 % pour les vols domestiques, et +27 % pour les vols internationaux. Ainsi, avec plus de 169 millions de passagers en 2023, le trafic aérien français a retrouvé son niveau de 2019 et le trafic mondial pourrait doubler d’ici 2040. « C’est très inquiétant, remarque Pierre Leflaive. Le secteur s’est engagé à la neutralité carbone d’ici 2050, mais ne donne absolument pas les moyens d’y parvenir. Il prône les carburants “alternatifs” et l’efficacité énergétique, mais ça ne suffira pas. » D’autant plus que le gouvernement a pour le moment écarté l’idée de taxer le kérosène.

« On reste dans les petits gestes avec des petits résultats »

« Les améliorations restent à la marge parce qu’on n’a pas changé de paradigme, analyse Anne Lassman-Trappier. On reste dans les petits gestes donc on a des petits résultats. » Tandis que Christophe Béchu voyait dans notre bilan carbone « la preuve que la planification écologique, les mesures qui sont engagées, commencent à produire des effets », les associations écologiques tirent la sonnette d’alarme. « La planification ne reste qu’un mot, la mise en application tarde à venir, estime Pierre Leflaive. Les 100 milliards pour le ferroviaire annoncés il y a un an, on ne sait toujours pas comment on va les financer. »

Les pouvoirs publics continuent de promouvoir tous azimuts les aéroports et soutiennent des dizaines de projets routiers. Publicdomainpictures/CC0/Paul Brennan

Idem sur les voitures électriques : « Le leasing social [bénéficier d’un véhicule sans en faire l’acquisition] engagé par le gouvernement ne suffit pas, il faut un rapport de force avec les constructeurs afin de les pousser à créer de petits véhicules moins chers », poursuit le spécialiste. Selon Anne Lassman-Trappier, « on parle de décarbonation, mais on continue à subventionner les énergies fossiles. Dans les coupes budgétaires annoncées par Bercy, il y a des réductions des aides allouées aux collectivités pour la mobilité durable ». Surtout, pour les deux écologistes, « il reste deux tabous : la place prédominante de la voiture et la réduction nécessaire du trafic aérien ».

Résultat, les pouvoirs publics continuent de promouvoir tous azimuts les aéroports et soutiennent des dizaines de projets routiers, comme l’autoroute A69. « Il faudrait faire moins de routes et plus de train, mais pour le moment, on a davantage de routes, et pas de nouveaux trains », résume Pierre Leflaive.

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