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ReportageLuttes

Marseille, Barcelone, Venise... Ils s’unissent contre la pollution des croisières

Des activistes anticroisières de toute l'Europe réunis à Marseille, le 10 mars 2024.

Venus de toute l’Europe, des collectifs pour l’arrêt de l’industrie touristique de la croisière se sont réunis à Marseille ce weekend. Leur coalition s’organise pour s’opposer à cette activité jugée climaticide et mortifère.

Marseille (Bouches-du-Rhône), reportage

La pluie, poussée par la tempête Monica, tambourine fort sur le toit du local de l’union syndicale Solidaires des Bouches-du-Rhône. Il abrite une rencontre internationale en cet après-midi du samedi 9 mars. Avec le slogan « Stop Croisières everywhere » (« Stop croisières partout ») brandi, le collectif marseillais Stop croisières a accueilli, du 8 au 10 mars, une quarantaine d’activistes de toute l’Europe représentant des associations et collectifs implantés dans des ports de Méditerranée, de l’Atlantique ou encore de la mer du Nord.

« Nous voulons penser notre combat à une autre échelle que celle uniquement locale. Arrêter la croisière dans un port pour qu’elle aille dans un autre, ce n’est pas l’idée. Ça ne règle rien », résume Rémy de Stop Croisières auprès de Reporterre. L’ECAN veut porter son plaidoyer au niveau des États, de l’Union européenne et des autorités maritimes internationales pour entraver l’industrie de la croisière, jusqu’à obtenir sa disparition.

Cette coordination européenne s’organise depuis 2022 pour dénoncer les atteintes climatiques, les pollutions imposées aux riverains et aux écosystèmes ainsi que les désordres sociaux du surtourisme dans les villes. L’European cruise activist network (ECAN) avait alors été fondé à Venise. Une trentaine d’organisations composent le réseau. La moitié étaient représentées à Marseille.

Des collectifs de Grèce, d’Italie, de France, d’Espagne, du Royaume-Uni, des Pays-Bas et d’Allemagne, membres de l’European cruise activist network (ECAN) se sont réunis à Marseille du 8 au 10 mars. © Stop Croisières

Au micro, Rémy annonce un moment symbolique d’échange de drapeaux entre les différentes organisations. « Toutes les critiques sur la croisière, nous les partageons », dit-il.

« C’est le transport le plus polluant par personne et par kilomètre »

« C’est le transport le plus polluant par personne et par kilomètre. Il utilise les carburants les plus nocifs pour la santé et encourage le déploiement de grandes infrastructures », affirme un manifeste de la coordination signé à Barcelone en avril 2023.

« Entre 50 000 et 60 000 décès sont provoqués chaque année en Europe par les oxydes d’azote, de soufre et les particules fines émises lors de la combustion du fioul lourd utilisé par le trafic maritime », indique un argumentaire rédigé par Stop croisières. Et sur le climat, « 4,4 tonnes d’équivalent CO2 : c’est l’empreinte carbone d’une croisière pour deux personnes, alors que les accords de Paris nous limitent à 2 tonnes par personne et par an ».

Les activistes dénoncent le recours au gaz naturel liquéfié (GNL) pour le transport maritime comme une «  fausse solution  ». «  On demande aux agriculteurs de réduire leurs émission de méthane tout en subventionnant le passage des bateaux au GNL, alors qu’un seul navire émet autant que 10 500 vaches en moyenne  », affirme Romain de Stop croisières. © Pierre Isnard-Dupuy / Reporterre

À Barcelone comme à Valence, les activistes s’opposent à l’extension des ports pour accueillir encore plus de mastodontes aux milliers de passagers. « La nouvelle digue impacterait le parc naturel de l’Albufera, qui accueille 6 000 oiseaux migrateurs », explique Maria de la Commissió ciutat-port València, un collectif d’associations environnementales, de riverains du port et de syndicats professionnels de la santé.

« Il débarque tellement de touristes que tu ne peux même pas prendre un café »

Carole, de Stop creuers Catalunya, dénonce une consommation de ressources par les paquebots irresponsable à l’heure du changement climatique. En particulier d’une trop grande quantité d’eau alors que « Barcelone connaît une importante sècheresse ». Et avec le projet d’un énième terminal passagers, elle craint une « massification touristique » sans limites, nuisant au cadre de vie des habitants.

« D’un coup, il débarque tellement de touristes que tu ne peux même pas prendre un café en centre-ville. Ça peut être jusqu’à 50 000 personnes en un seul week-end », raconte Carole. Les militantes rappellent que les retombées économiques locales sont faibles, estimées par exemple à 5 euros par croisiériste faisant escale à Valence. Et ce sont « 800 000 personnes qui y débarquent chaque année », explique Maria. Soit autant que la population de la ville.

Plusieurs actions de bloquage de paquebots ont déjà eu lieu en Europe, à Marseille et à Rotterdam, comme le montre Hans d’Extinction Rebellion. © Pierre Isnard-Dupuy / Reporterre

Les organisations agissent aussi dans l’espace public par des manifestations et blocages, comme en juin 2022 à Marseille, lorsque les activistes ont empêché le Wonder Of The Seas et le MSC Orchestra d’accoster en barrant l’entrée du port avec leurs canoës. Hans, d’Extinction Rebellion Rotterdam montre avec fierté des photos et vidéos sur son téléphone d’une action tenue en juin 2023 qui a empêché un paquebot de lever les amarres.

« Votre navire nous tue. Un paquebot, c’est le CO2 de 84 000 voitures, le dioxyde d’azote de 400 000 voitures, les particules fines d’un million de voitures et le dioxyde de soufre de 376 millions de voitures », souligne un tract en anglais de l’organisation. En arrivant à Marseille, Hans a participé, avec d’autres membres de l’ECAN, à la manifestation du 8 mars pour la journée internationale des droits des femmes. Et pourquoi pas une journée internationale contre les croisières, rêve-t-il, un « anti cruise day ».

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