Menacé de boycott, Senoble renonce à acheter le lait de la ferme-usine des Mille vaches

Durée de lecture : 3 minutes

22 octobre 2014 / Barnabé Binctin (Reporterre)

Suspecté d’utiliser le lait issu de la ferme-usine des Mille vaches dans ses produits, Senoble jette l’éponge et se dégage de toute responsabilité. Le réseau Biocoop a en effet décidé de dé-réferencer ses produits.


Actualisation : La coopérative Agrial, qui collecte le lait de la ferme des mille vaches, a décidé de ne plus fabriquer de yaourts à partir de cette production. Suite aux pressions de la distribution, annonce le journal Les Echos le 17 avril 2015.


C’est une fin de feuilleton qui ressemble fort à un aveu. En annonçant lundi se retirer de la propriété de Senagral, dont il possédait 49 %, pour les vendre à Agrial, actionnaire majoritaire avec 51 %, Senoble se dégage de toute responsabilité dans l’utilisation du lait de la ferme-usine des Mille vaches, dont il est accusé depuis plus de quatre mois maintenant.

Officiellement, le leader français des produits frais laitiers pour les marques de distributeurs (MDD) justifie ce choix par la volonté de « se consacrer encore plus fortement à son développement international » et d’ « accentuer sa montée en puissance sur les produits à plus forte valeur ajoutée ».

« Cette décision reflète la poursuite de la stratégie du groupe de se désengager progressivement d’une activité déficitaire depuis cinq ans » affirme Senoble dans sa déclaration à l’AFP. Aucune mention officielle d’un quelconque lien avec les suspicions autour de la ferme-usine des Mille vaches.

Pourtant, avant l’été, Reporterre avait enquêté sur les menaces de boycott qu’une campagne de mobilisation citoyenne avait lancées contre Senoble. Nous n’avions pu établir indiscutablement le lien, la joint venture Senagral faisant écran.

Mais en septembre dernier, la pression s’était accrue sur la marque dite haut-de-gamme. Reporterre avait alors démontré que Senoble se chargeait de la collecte des premiers litres de lait produit sur la ferme-usine. Pisté et photographié, le camion chargé de lait des Mille vaches s’était rendu dans un centre de collecte de la marque Senoble.

Biocoop a déférence Senoble

Un courriel que Reporterre a pu se procurer confirme explicitement la décision. Interpellée par une cliente qui s’inquiète de la distribution de la marque par les magasins Biocoop, la responsable des relations clients chez Biocoop ne laisse place à aucun doute dans sa réponse :

« Je tenais à vous informer que Biocoop a décidé de déréférencer Senoble. Biocoop est bien sûr opposé aux dérives de l’agriculture productiviste et ne souhaite en aucun cas cautionner le projet de la ferme des 1000 vaches. Biocoop avait référencé Senoble au moment où notre réseau demandait des yaourts bio bien positionnés en prix, dans le cadre de la Bio Je Peux. Les pratiques de Senoble avaient, à l’époque, été jugées convenables par la commission stratégie produits, notamment l’approche avec notre partenaire Biolait. Toutefois, face aux attentes de notre réseau (exprimées notamment en congrès) et de nos partenaires, nous lançons la procédure de déréférencement de Senoble (durée de six mois), dans le strict respect de nos obligations contractuelles ».

A la Confédération Paysanne, on se félicite d’une « première victoire ». « Il n’y aura donc pas de lait des Mille vaches dans les produits Senoble, c’est déjà une bonne nouvelle » écrivait hier le syndicat agricole dans un communiqué.

Cependant, selon Yannick Curt, un journaliste spécialisé d’Agrapress, "Senoble s’est désengagé de Sénagral parce qu’il réoriente sa stratégie industrielle, la situation économique des produits ultrafrais sous marque de distributeurs étant très difficile."

Quelle que soit la bonne interprétation, la décision de Senoble affaiblit la position des promoteurs de la ferme-usine, à moins d’une semaine du procès le 28 octobre à Amiens des neuf militants de la Confédération Paysanne.


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Lire aussi : La compagnie Senoble menacée de boycott si elle achète le lait des Mille vaches

Source : Barnabé Binctin pour Reporterre.

Images :
. Image Camion : Confédération Paysanne
. Logo : Agri49

Lire aussi : La compagnie Senoble menacée de boycott si elle achète le lait des Mille vaches


Cet article a été rédigé par un journaliste professionnel et a entrainé des frais. Merci de soutenir Reporterre :

DOSSIER    Mille Vaches et fermes-usines

THEMATIQUE    Agriculture
19 septembre 2019
En France, une sécheresse qui n’en finit pas
Info
20 septembre 2019
Philippe Martinez : « Avec les écologistes, on se parle ; ce n’était pas le cas avant »
Entretien
20 septembre 2019
Les simulations françaises décrivent un avenir catastrophique
Info


Dans les mêmes dossiers       Mille Vaches et fermes-usines



Sur les mêmes thèmes       Agriculture





Du même auteur       Barnabé Binctin (Reporterre)