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Science et citoyens

Michel Tibon-Cornillot, penseur du « déferlement des techniques », est mort du Covid-19

Michel Tibon-Cornillot est mort le 28 mars 2020 du Covid-19, à l’hôpital de la Salpêtrière, à Paris. Philosophe, il a développé le concept de « déferlement des techniques », notamment dans le séminaire qu’il animait à l’EHESS depuis le début des années 1990.

Il a débuté sa carrière en tant qu’ingénieur d’essais mécaniques au Centre Technique du Bois, travaillant notamment en Suède. Comme des dizaines de milliers de jeunes Français, il avait dû faire son service durant la guerre d’Algérie, passant vingt-quatre mois dans un camp, enrôlé dans un conflit qui le révoltait. Au retour de cette épreuve, il avait repris des études de philosophie, devenant agrégé de philosophie. Il a ensuite enseigné en lycée et à l’Institut d’études politiques de Grenoble, avant d’intégrer l’Ecole des hautes études en sciences sociales, en 1982, où il a depuis animé des séminaires de philosophie des techniques novateurs, jusque début 2020. Il a travaillé en parallèle quelques années à l’Institut Pasteur dans le laboratoire « Régulation de l’expression génétique » ce qui lui avait donné une expérience concrète du travail de biologie. Il a soutenu sa thèse en 1991 à l’Université de Paris I –Sorbonne sur le thème : Des automates aux chimères. Enquête sur la mécanisation du vivant.

Il a notamment développé le concept de « déferlement des techniques », ou, comme il précisait de « déferlement des systèmes techniques contemporains » : selon lui, les systèmes techniques ont acquis une puissance et une efficacité telles « qu’ils ne sont plus régulables. Ils se mettent à frapper les écosystèmes ou les systèmes sociaux avec une telle force qu’ils les font exploser ». Son dernier livre inachevé portait sur ce thème central du déferlement (sous titré : Instabilité, disparition des sociétés industrielles). Il voulait y reparcourir en détail un grand nombre de domaines où celui-ci se concrétise, domaines qu’il a explorés en profondeur les uns après les autres au cours de sa carrière de chercheur et d’enseignant (des antibiotiques et de la manipulation génétique aux nanotechnologies, du dérèglement climatique à la « collision Fukushima »).

Michel Tibon-Cornillot s’est engagé durant les années 2000 dans la lutte contre les OGM, témoignant plusieurs fois dans des procès intentés aux faucheurs d’OGM. Il a écrit deux ouvrages, Les corps transfigurés (Seuil, 1991) et Le triomphe des bactéries (Milo, 2007, avec Antoine Andremont). Il avait aussi participé à la revue La Planète laboratoire, en 2007.

Il a publié plusieurs textes dans Reporterre :

En route vers la planète radieuse

Déferlement des techniques et radicalisation du fétichisme

La reconstruction de la planète selon l’imaginaire occidental progresse à vive allure

Le progrès et son au-delà

ITV en 2007 : « Les techniques frappent maintenant les systèmes écologiques et sociaux avec une telle force qu’ils les font exploser »

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