Moins de viande, plus d’amandes : comment concilier alimentation et climat
Le rapport préconise de manger 450 grammes maximum de diverses viandes et charcuteries. - Pxhere/CC0
Le rapport préconise de manger 450 grammes maximum de diverses viandes et charcuteries. - Pxhere/CC0
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Manger moins de viande, privilégier les légumineuses... Dans un rapport publié le 20 février, deux associations demandent que les enjeux environnementaux soient pris en compte dans les recommandations alimentaires françaises.
Le Premier ministre Gabriel Attal, qui a supprimé le menu végétarien hebdomadaire à Matignon peu après sa prise de fonction [1], serait bien avisé de lire ce rapport publié le 20 février. Dans cette étude intitulée Comment concilier nutrition et climat ?, le Réseau Action Climat (RAC) et la Société française de nutrition (SFN) alertent sur « l’urgence de se doter de politiques publiques pour des régimes sains et durables ».
En effet, le compte n’y est pas : alors que notre consommation de viande doit baisser de 50 % d’ici à 2050 pour que notre pays respecte ses engagements climatiques, le RAC et la SFN rappellent que la consommation de viande par habitant en France a progressé d’un peu plus de 2 % entre 2013 et 2022. Pour essayer d’inverser cette tendance, les auteurs plaident ainsi pour une « actualisation » des objectifs du Programme national nutrition santé (PNSS).
Pour l’heure, ce programme qui définit depuis 2001 les recommandations officielles de consommation alimentaire en France (le fameux « Manger cinq fruits et légumes par jour ») ne prend pas en compte les conséquences environnementales liées à l’alimentation.
450 g de viande maximum
À l’heure où celle-ci représente 22 % de l’empreinte carbone nationale, le PNNS doit donc évoluer pour « mettre en cohérence santé, nutrition et environnement, dit Benoît Granier, responsable alimentation au RAC et coordinateur du rapport. Les recommandations actuelles, uniquement basées sur la santé, ne sont pas en phase avec une alimentation saine et durable. Pourtant, le PNNS est un dispositif très important pour faire évoluer les connaissances et les pratiques de consommation de la population : il développe des campagnes de sensibilisation, les professionnels de santé s’appuient sur ces données officielles pour faire de la prévention auprès de leurs patients ».
« Baisser la consommation de viande, que ce soit la viande rouge ou la volaille »
Le RAC et la SFN ont ainsi modélisé un régime alimentaire prenant à la fois en compte nos besoins nutritionnels, mais aussi les objectifs environnementaux. Résultat : là où le dernier PNNS, daté de 2019, recommande à un adulte de moins de 65 ans de consommer maximum 500 grammes de viande (hors volaille) et 150 grammes de charcuterie par semaine, leur rapport préconise 450 grammes maximum (environ 4,5 steaks hachés)… toutes viandes comprises.
« Une partie de la population ne considère pas le poulet comme de la viande : il y a cette idée que si l’on réduit sa consommation de viande rouge, on peut en parallèle continuer à manger beaucoup de volaille. En l’espace de vingt ans, la consommation de poulet par habitant a doublé, sachant que la moitié est importée ! Il s’agit d’un non-sens du point de vue de la durabilité, mais aussi pour la souveraineté alimentaire et le secteur de l’élevage en France », développe Benoît Granier, qui souligne ainsi « l’enjeu de recommander clairement une baisse de la consommation de viande, que ce soit la viande rouge ou la volaille », le tout en rendant accessible aux ménages les plus modestes une nourriture de qualité. « Il faut aussi que l’État garantisse une meilleure rémunération des agriculteurs, que la loi Egalim soit bien mise en œuvre et qu’il y ait un encadrement des marges de la grande distribution », ajoute-t-il.
La France en retard
Autre recommandation formulée par le RAC et la SFN : manger quotidiennement des légumineuses (lentilles, haricots secs, etc.), qui apportent des vitamines et des nutriments dont nous manquons aujourd’hui (potassium, magnésium, etc.). « Le PNNS actuel préconise d’en manger seulement deux fois par semaine a minima. Pourtant, il y a un vrai enjeu à se familiariser avec ces aliments-là, qui deviendront à terme des produits très importants de notre alimentation si l’on veut que celle-ci soit durable. Idem concernant les fruits à coque [noix, amandes, noisettes, etc.], dont nous recommandons deux poignées par jour, contre une seule actuellement. »
L’étude montre ainsi comment de nombreux pays ont, ces dernières années, révisé leurs recommandations officielles concernant l’alimentation. « L’Espagne, l’Allemagne, la Belgique… Quinze pays européens ont intégré les enjeux environnementaux à leurs objectifs alimentaires. Si la France loupe le coche de la prochaine révision du PNNS, elle sera vraiment en retard », assure le porte-parole du RAC.
Il reste encore du travail : après un tollé sur les réseaux sociaux, l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) a dû supprimer un post publié sur X le 14 février. Le sujet de ce message, qui renvoyait vers l’étude d’un chercheur : la place de la viande sur les cartes des restaurants.