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Climat

Municipales : la majorité des candidats sont à la traîne sur le climat

Mardi 3 mars, le Réseau action climat a publié un décryptage des programmes des candidats aux élections municipales dans dix villes françaises. Bilan : « Une grande majorité des candidats n’intègrent pas les mesures incontournables pour faire face à l’urgence climatique. »

À l’aube des élections municipales, le Réseau action climat (RAC) a décrypté les programmes des candidats dans les dix villes françaises les plus émettrices de gaz à effet de serre : Paris, Marseille, Lyon, Lille, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Nice, Strasbourg et Rouen. Résultat : « Même si le climat est présent sur quasiment tous les programmes, une grande majorité des candidats n’intègrent pas les mesures incontournables pour faire face à l’urgence climatique », observe l’association qui a publié son analyse mardi 3 mars 2020.

« Les élections municipales sont un moment charnière pour lutter contre le dérèglement climatique », dit Zoé Lavocat, responsable climat et territoires au Réseau action climat. Selon le WWF, « 70 % de l’empreinte carbone des ménages français proviennent des secteurs du transport, du logement et de l’alimentation. Or, ce sont des domaines où les collectivités locales ont des prérogatives clés. »

Le Réseau action climat rappelle que le temps presse : le Haut conseil pour le climat recommande de multiplier par trois le rythme annuel de baisse des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2025 pour respecter l’objectif de neutralité carbone en 2050. Or, les nouveaux élus resteront en mandat jusqu’en 2026. « Les mesures doivent donc être ambitieuses et elles n’auront de sens que si elles sont mises en œuvre », dit Zoé Lavocat.

« Les citoyens sont 85 % à l’avoir compris et placent l’écologie au cœur de leurs attentes pour ces élections, poursuit-elle. Avec ce décryptage, nous voulons leur donner une grille de lecture des programmes au prisme de ces enjeux. »

« La grande majorité des candidats reste au milieu du gué »

Le RAC a évalué les programmes à l’aune de dix mesures, structurantes, issues du Pacte pour la transition. Établi par 60 ONG, le pacte propose 32 mesures concrètes aux futurs candidats et aux citoyens « pour construire des communes plus écologiques et plus justes ». « Les mesures choisies couvrent les secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre comme le transports, l’agriculture, l’énergie ou l’aménagement du territoire », précise Zoé Lavocat. Parmi elles : « limiter la place des véhicules polluants », « rénover les logements », « proposer une cantine bio locale et plus végétarienne », « planifier l’avenir de la filière agricole » ou encore « mettre fin aux grands projets inutiles ». [1]

Un extrait de l’analyse du RAC, concernant la ville de Nice.

Sur les 40 candidats évalués — quatre par villes, ceux donnés en tête par les sondages —, seuls treize « ont intégré les mesures incontournables pour faire face à l’urgence climatique », et neuf « n’en tiennent tout simplement pas compte », estime le Réseau action climat. « La grande majorité des candidats reste donc au milieu du gué », conclut l’association.

« Le climat est présent dans tous les programmes, les candidats ont compris que c’était un enjeu central, mais la plupart n’adoptent pas de mesures structurantes, intégrées et systémiques qui permettraient de réduire nettement les émissions de gaz à effet de serre », déplore Zoé Lavocat, qui note aussi que « les grands thèmes écologiques sont parfois mentionnés dans les programmes sans être accompagnés de mesures concrètes ». Chez les candidats, les moratoires sur les grandes surfaces en périphérie des villes et l’interdiction des écrans publicitaires numériques se sont avérées les mesures les plus clivantes.

Les candidats d’Europe Écologie – Les Verts sont les plus ambitieux, suivis de ceux de la France insoumise

D’après le décryptage, les candidats d’Europe Écologie – Les Verts sont généralement les plus ambitieux, suivis de la France insoumise, du Parti communiste et du Parti socialiste. Les programmes des candidats de la République en marche sont globalement flous, incomplets, ou n’atteignent pas le niveau d’ambition demandé, tandis que les candidats étiquetés Rassemblement national et Les Républicains prennent très peu en considération les enjeux écologiques.

Trois candidats proposent de créer une voie réservée, sur le périphérique, aux transports en commun, au covoiturage et aux véhicules propres.

À Paris, par exemple, David Belliard (EELV) et Anne Hidalgo (PS) proposent des mesures pour réduire la place de la voiture dans les modes de déplacement, notamment via l’instauration de zones à faibles émissions et la sortie du diesel d’ici à 2024, et en aménageant le périphérique pour laisser une voie réservée aux transports en commun, au covoiturage et aux véhicules propres – mesure partagée par Agnès Buzyn (LREM). En revanche, Rachida Dati (LR) est la seule candidate étudiée, parmi les dix villes, dont le programme ne prend pas du tout en compte l’enjeu climatique. Au contraire, elle regrette que « depuis trois mandatures, la mairie mène une politique anti-voitures » et prévoit un moratoire sur la suppression des places de stationnement.

Le Réseau action climat appelle les candidats « à revoir leur copie sans plus attendre pour se montrer plus ambitieux » et effectuera « une mise à jour de son évaluation, en fonction des précisions ou des nouveaux engagements qui seraient apportés par les candidats ».

  • Consulter le détail des résultats, ville par ville :
    Bordeaux : « Pierre Hurmic (EELV / PS / PCF) se détache tandis que Thomas Cazenave (LREM) et Phillippe Poutou (NPA / LFI) peuvent mieux faire et que Nicolas Florian (LR) est à la traîne. »
    Lille : « Stéphane Baly (EELV) se détache, alors que Martine Aubry (PS) et Violette Spillebout (LREM) peuvent aller plus loin et que Marc-Philippe Daubresse (LR) est à la traîne. »
    Lyon : « Bruno Bernard (EELV) se détache tandis que David Kimelfeld (dissident LREM) et Gérard Collomb (LREM) peuvent mieux faire, François-Noël Buffet (LR) n’ayant toujours pas sorti son programme. »
    Marseille : « Sébastien Barles (EELV) se détache, tandis que Michèle Rubirola (LFI / PCF / PS) et Martine Vassal (LR) peuvent mieux faire et que Stéphane Ravier (RN) est à la traîne. »
    Nantes : « Julie Laernoes (EELV) et Johanna Roland (PS) se détachent, alors Laurence Garnier (LR) peut aller plus loin et que Valérie Oppelt (LREM) est à la traîne. »
    Nice : « Jean-Marc Governatori (EELV) se détache, Patrick Allemand (PS), Christian Estrosi (LR) peuvent aller plus loin, et Philippe Vardon (RN) est à la traîne. »
    Paris : « Anne Hidalgo (PS) et David Belliard (EELV) se détachent, Agnès Buzyn (LREM) peut aller plus loin et Rachida Dati (LR) est à la traîne. »
    Rouen : « Jean-Michel Bérégovoy (EELV) se détache, Nicolas Mayer-Rossignol (PS) peut mieux faire, alors que Jean-Louis Louvel (LREM / LR) et Guillaume Pennelle (RN) sont à la traîne. »  
    Strasbourg : « Jeanne Barseghian (EELV) se détache, alors que Alain Fontanel (LREM) et Catherine Trautmann (PS) peuvent aller plus loin, et Jean-Philippe Vetter est à la traîne (LR). »
    Toulouse : « Nadia Pellefigue (PS / PCF) et Antoine Maurice (EELV / LFI) se détachent, alors que Pierre Cohen (Générations) et Jean-Luc Moudenc (LR / LREM) peuvent aller plus loin. »

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