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Présidentielle

Nucléaire, renouvelables… les candidats divisés sur l’énergie

La centrale du Tricastin (Drôme) avec des éoliennes, en 2017.

À quel mix sera-t-on mangé ? Si l’énergie se fraye pour la première fois une place dans la campagne présidentielle, les options des candidats font apparaître un fort clivage gauche/droite. Analyse.

Voilà au moins un domaine sur lequel l’union des gauches écologistes est faite : qu’il s’agisse du Réseau Action Climat ou de Greenpeace, les associations et spécialistes sont tous d’accord pour classer les programmes de Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) et de Yannick Jadot (Europe Écologie-Les Verts) comme les plus complets sur la question climatique et les plus à même de s’approcher — sans l’atteindre pleinement — de la trajectoire limitant à 2 °C le réchauffement global. Des deux, le groupe de réflexion le Shift Project considère même le programme LFI comme celui « qui coche le plus de cases », selon son directeur — pourtant fervent pronucléaire — Jean-Marc Jancovici.

Difficile d’évaluer de manière équitable ces deux propositions avec les autres, tant certains candidats semblent survoler le sujet. C’est le cas notamment de Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière), pour qui « il est urgent d’enlever aux groupes privés la direction de l’industrie, des transports, et d’organiser l’économie de façon rationnelle, planifiée, pour répondre aux besoins du plus grand nombre, tout en préservant l’environnement ». Mais qui ne dit rien de la manière concrète de le faire.

Également dans les choux : Jean Lassalle (Résistons !), pour qui la question énergétique est intégrée au chapitre sur la recherche, qu’il estime encore nécessaire pour prouver la rentabilité du solaire, chose démontrée depuis bientôt dix ans déjà.

La candidate Anne Hidalgo (Parti socialiste), elle, a beau clamer que « l’écologie est le combat du siècle », ses ambitions sont moins que modérées, puisqu’elle propose de parvenir à 100 % d’énergies renouvelables « aussi rapidement qu’il sera possible de le faire » en utilisant le nucléaire « comme énergie de transition ». Elle souhaite tout de même intégrer une « règle d’or climatique » et faire voter chaque année un « un budget climat et biodiversité », qui « fixera les programmations de réduction d’émission de CO2 et de décarbonation de la production d’énergie », une forme d’annualisation de la Programmation pluriannuelle de l’énergie.

Enfin, il faut noter la persistance à l’extrême droite d’un discours tirant vers le climatonégationnisme, le Rassemblement national de Marine Le Pen estimant que « la France répondra aux objectifs de l’Accord de Paris par les moyens, le rythme et selon les étapes qu’elle aura choisis », tandis qu’Éric Zemmour (Reconquête), lui, indique que « la France ne contribue qu’à 1 % des émissions mondiales de CO2 », niant les contributions historiques depuis la révolution industrielle et l’ensemble des émissions délocalisées.

• Rénovation, chaleur et refonte de la fiscalité en commun

Dans l’ensemble, on retrouve assez visiblement des politiques énergétiques qui se superposent aux oppositions traditionnelles, avec une double échelle : plus on est à gauche, plus on pousse à la sobriété et aux renouvelables ; plus on tire à droite, plus les propositions poussent à la surproduction et à la relance du nucléaire. La quasi-totalité des formations se retrouve quand même sur quelques points, comme le remarque l’Institut de l’économie pour le climat IC4E.

Premièrement, aucun ne propose de relancer des centrales à charbon ou au fioul, ni d’investir dans les énergies fossiles. Ensuite, l’effet de la crise actuelle des prix de l’énergie les conduit tous à envisager des évolutions dans la taxation du pétrole : baisse de la TVA, plan de fiscalité écologique, blocage des prix, etc. Plus encore, les objectifs de rénovation des logements, qu’il s’agisse d’augmenter les budgets dédiés ou se fixer des objectifs (700 000 rénovations par an), sont assez partagés.

Mais seuls les candidats de gauche Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Fabien Roussel (Parti communiste français) précisent bien qu’il s’agit de rénovations globales et non d’une multiplication de petits gestes isolés (chaudière, fenêtre, combles) qui ont été particulièrement favorisés par Emmanuel Macron (La République en marche) comme ses prédécesseurs socialistes.

Mélenchon, Jadot et Roussel précisent qu’il s’agit de rénovations globales. Ici, Jadot à Paris, le 27 mars 2022. © Mathieu Génon/Reporterre

En proposant « le grand remplacement des 3,5 millions de chaudières au fioul qui existent encore », le candidat communiste Fabien Roussel a certainement trouvé le meilleur slogan en la matière. Mais il propose bien « une obligation de rénovation énergétique performante, sociale et progressive des logements d’ici à 2040 et de rénovation globale des passoires thermiques d’ici à 2030, sans reste à charge pour les plus modestes », précise son programme. Chez EELV, on propose « 10 milliards par an, avec suppression du reste à charge pour les ménages les plus modestes », tandis que LFI pousse à une « obligation progressive et conditionnelle de rénovation au niveau BBC [bâtiment basse consommation] d’ici 2050 et dès 2035 pour le parc social, en favorisant les programmes de travaux complets ».

Autre consensus entre candidats : la volonté d’augmenter le fonds chaleur (350 millions d’euros) qui finance l’installation de réseaux de chaleur renouvelables (au bois notamment) ou de pompes à chaleur, porté à 400 millions d’euros chez Macron, 500 millions par Valérie Pécresse (Les Républicains), 700 millions pour Mélenchon et 1 milliard d’euros pour Jadot.

• La relance du nucléaire, des communistes à l’extrême droite

Quelle est la couleur politique d’un EPR ? Dans la campagne, la promotion d’une hypothétique relance de la filière électronucléaire trouve surtout un écho chez tous les candidats du camp productiviste.

Le premier à avoir poussé l’idée dans la campagne fut Emmanuel Macron, qui s’arroge le luxe d’annoncer la « poursuite » de la construction de six EPR, prenant déjà ses déclarations publiques du début d’année sur la relance de la filière pour une réalité. Au centre du spectre des solutions électriques, il continue d’incarner cet « en même temps » politique, qui l’emmène à pomper sans vergogne le concept de « planification écologique », pourtant honni par les libéraux depuis vingt ans, pour s’en servir comme outil de relance du nucléaire.

Lire aussi : « Le chantier du siècle » : Macron relance le nucléaire

Il est rejoint dans cet objectif de six EPR par Fabien Roussel et Valérie Pécresse, tandis que l’extrême droite joue la surenchère avec quatorze EPR pour Éric Zemmour et jusqu’à vingt pour Marine Le Pen. Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) pariant, lui, sur un improbable nucléaire au thorium qui prendrait le relais des centrales actuelles en 2050.

Discours d’Emmanuel Macron devant une turbine Arabelle, équipant les centrales nucléaires françaises, à Belfort, le 10 février 2022. Capture d’écran/YouTube/Emmanuel Macron

Le nucléaire est en revanche totalement exclu par Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste), qui propose l’arrêt immédiat des réacteurs de plus de quarante ans et une sortie en dix ans de l’atome. Jean-Luc Mélenchon vise quant à lui un mix 100 % renouvelables en 2050, tandis que le programme des Verts annonce l’arrêt de dix réacteurs d’ici 2035, mais ne fixe plus, contrairement à 2017, d’échéance de sortie totale. Les trois se retrouvent pour demander l’abandon du projet de centrale EPR de Flamanville, ainsi que du projet de stockage souterrain de déchets Cigéo.

• Éolien : des réactionnaires à contrevent

Qui pour défendre l’éolien terrestre ? Le plus favorable reste Yannick Jadot, qui annonce « 3 000 mâts supplémentaires d’ici la fin du quinquennat », mais « en tenant compte des paysages et de la biodiversité et en veillant à une répartition équitable évitant l’effet de saturation dans certains territoires », selon le programme d’EELV.

Emmanuel Macron partage un rare point commun avec Jean-Luc Mélenchon, en annonçant le doublement d’ici 2050 du parc terrestre existant. Macron évoque désormais l’hypothèse de « cinquante parcs éoliens en mer d’ici 2050 ». Et pour avancer plus vite, le président sortant entend mettre en place « une loi d’exception pour s’exonérer de règles administratives lourdes et fastidieuses », expliquait en mars dernier Anthony Cellier, porte-parole du candidat LREM, dans un live du Syndicat des énergies renouvelables.

Jean-Luc Mélenchon avant son meeting à Nantes, le 16 janvier 2022. © Stéphane Burlot/Reporterre

L’éolien marin est également envisagé par les autres candidats, sauf Marine Le Pen et Éric Zemmour. La première est la plus ouvertement anti-énergies renouvelables en demandant, en plus d’un gel des projets, le démantèlement de tous parcs en fin de vie et l’abandon des projets offshore. Et tant pis si l’ensemble des scénarios de transition avec ou sans nucléaire estiment indispensable d’utiliser cette technologie pour atteindre la neutralité carbone.

Les autres candidats d’extrême-droite et de droite refusent quant à eux seulement les projets futurs, notamment en supprimant les financements des renouvelables via les tarifs d’achats et les compléments de rémunération (Dupont-Aignan, Zemmour). Pour Valérie Pécresse, les projets éoliens ne pourront désormais se faire qu’« uniquement avec l’adhésion des populations » et l’éolien en mer sera « éloigné des côtes ».

• Photovoltaïque : le soleil brille, sauf pour les bruns

Pour le solaire photovoltaïque, la seule candidate à l’exclure ouvertement est Marine Le Pen, qui promet, comme sur l’éolien, un moratoire. Les plus favorables à l’énergie photovoltaïque sont toujours Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon. Le premier propose 25 GW de photovoltaïque en plus d’ici 2027 (contre 13 aujourd’hui), dont « environ 340 km² sur toiture et par ombrières sur parking », avec une extension de l’obligation d’implantation sur des constructions existantes.

Le candidat LFI vise quant à lui un objectif de 144 GW de puissance installée en 2050, « en toitures, ombrières, sans aucune installation sur terres agricoles ou espaces sauvegardés », excluant donc l’agrivoltaïsme des possibilités.

De son côté, Emmanuel Macron a annoncé une multiplication par dix de la puissance actuelle (soit 100 GW en 2050). Il n’avait pas été en mesure d’atteindre les objectifs légaux de développement de la filière solaire durant le quinquennat.

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