Nuit debout se développe en province : « C’est un marathon, pas un sprint »

19 avril 2016 / Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre)



A Rennes, à Marseille, à Toulouse, et dans beaucoup de plus petites villes, Nuit debout s’ancre et se développe.

- Rennes (Ille-et-Vilaine), correspondance

Lundi 18 avril, Nuit debout Rennes a organisé sa première manifestation : c’était lundi 49 mars, soit le 49.3 (49e jour de mars) dans le calendrier du mouvement qui a commencé le 1e avril (le 32 mars). L’occasion d’évoquer cet article 49.3 de la Constitution qui permet de faire passer des lois sans débat parlementaire, comme pour la loi Macron en février 2015, et comme cela a failli se produire pour la loi sur le travail. L’idée, proposée en assemblée générale dans les jours précédents, a été votée, organisée, proposée à d’autres villes et mise en pratique : à Rennes, mais aussi à Brest, Nantes et Pau.

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À Rennes, chaque militant a présenté sa proposition de loi, et grâce à l’article 49 .3, elle a été adoptée par l’incarnation de Manuel Valls.

Ainsi, plus d’une trentaine de personnes ont fait passer leurs propres textes de loi grâce à l’article 49.3 : les dispositions allaient de la comptabilisation du vote blanc à l’interdiction des supermarchés en passant par la lutte contre l’exclusion. Des propositions que Gaëlle Andro, première vice-présidente à la métropole rennaise, a recueillies en mains propres après s’être confrontée aux critiques des militants envers le système de la démocratie représentative actuelle.

À Rennes, le mouvement se structure. Aux premiers jours, on pouvait surtout compter de jeunes gens, la vingtaine, la plupart étudiants. Désormais les visages sont plus âgés, les salariés plus représentés et l’organisation bien rodée. « Au départ, les gens proposaient des choses sans rien faire, maintenant les gens proposent et agissent, raconte Céline, une des participantes au mouvement rennais, ainsi tout devient plus fluide. Par exemple, il y a les bricoleurs qui fabriquent des bancs, un autre qui a fait un classeur en répertoriant les commissions et les contacts. Moi, j’ai décidé de m’impliquer dans la logistique, l’installation et le démontage des stands chaque jour. » Ainsi, chacun semble avoir pris ses habitudes, les commissions rédigent plus régulièrement leurs comptes-rendus et après le constat des problèmes sur la démocratie, l’agriculture ou encore le féminisme, les propositions commencent à émerger.

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Gaëlle Andro, première vice-présidente de la métropole de Rennes, a recueilli les propositions de loi des militants de Nuit debout.

Les tensions entre les différentes composantes du tissu militant rennais semblent s’être apaisées, mais la convergence n’est pas encore au point, les syndicats sont par exemple encore peu présents. Mais, comme le dit un des participants, « nous voulons changer le système et ça va prendre du temps. Les gens savent dans quoi ils s’engagent : dans un marathon et pas un sprint ».

Cette fluidité était déjà à l’œuvre la semaine dernière avec une première mobilisation qui avait été organisée le 14 avril pour les droits des salariés de la chaîne de fast-food Mcdonald’s. Céline avait expliqué, lors d’une assemblée générale, qu’il s’agissait d’une action internationale, sur le modèle des marches contre Monsanto, l’idée a été approuvée et a eu lieu le lendemain. Pour elle, « c’est une application concrète de Nuit debout, ce mouvement a permis de faire circuler l’information et de réunir des personnes sur la question du droit du travail, d’autres sur la malbouffe ». Les actions combinées entre les différentes villes de Nuit debout devraient prendre de l’ampleur. Les 7 et 8 mai, une coordination nationale Nuit debout est prévue à Paris.


LES NUITS DEBOUT SE MULTIPLIENT EN FRANCE ET EN EUROPE

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À Évry, samedi 16 avril.

La semaine dernière (samedi 9 avril), on pouvait dénombrer une soixantaine de Nuits debout en France, mais aussi en Belgique, en Allemagne et en Espagne. Une semaine plus tard, le mouvement s’est étendu, le nombre d’événements organisés a doublé et s’implante en Grèce, au Portugal ou encore au Royaume-Uni. Et partout, le mouvement semble être suffisamment vivant pour passer à l’action et se coordonner avec les Nuits debout voisines.

- À Nice, Nuit debout, lancé le 8 avril, rassemble chaque soir entre 100 et 200 personnes, selon Julie, une des participantes. Elle raconte que « comme tout est participatif, ça prend du temps, mais nous sommes en train de faire les liens avec d’autres villes. Nous envisageons de créer un pôle sud de la France pour Nuit debout. Nous cherchons comment faire remonter nationalement les propositions concrètes qui ressortent des débats, peut-être qu’un échelon régional serait adapté ».

- À Toulouse, notre correspondante, Marine Vlahovic, raconte :
« Plusieurs centaines de personnes se rassemblent tous les soirs sur la place du Capitole. Ateliers, AG et projections de films se succèdent tandis que les organisateurs commencent à s’organiser par le biais d’une intercommission. Objectif : une meilleure coordination et répartition des rôles de chacun. Toulouse propose à une cinquantaine de Nuits debout un processus pour écrire une constitution à l’échelle nationale. Un projet présenté comme « réalisable et concret » qui « donnera de la direction » au mouvement. Toulouse passe aussi à l’action. Après avoir accueilli Pierre Gattaz avec une horde de faux patrons la semaine dernière, Nuit debout et plusieurs collectifs appellent à une action secrète, pacifiste et offensive ce mercredi à 10 h 30. Intitulé « Y’a pas d’arrangement », l’événement demande aux participants de prévoir une tenue sportive, voire des maillots de bain. Une matinée debout mouillée ? »

- À Lille, Nuit debout a commencé le 9 avril, après des rendez-vous quotidiens sans construction ni tonnelle. Le mouvement réunirait, selon Nicolas, l’un des participants, 300 personnes chaque jour et plus du double le week-end. Il explique que « nous voulons désormais occuper toute cette semaine la place de la République ». Des mobilisations ont déjà eu lieu, comme cette promenade dans la ville où chacun tenait l’écriteau : « Nuit debout, posez-moi vos questions. »

- À Questembert (Morbihan), première Nuit debout vendredi 15 avril avec plus d’une centaine de personnes assemblées. Le rythme ici n’est pas une mobilisation chaque soir, mais chaque vendredi. Julien raconte : « Dans nos cercles militants, on se connaît tous, et là, il y avait beaucoup de visages inconnus, des personnes qui ont pris la parole. » Au programme de ce première rassemblement, la démocratie, l’organisation politique et les monnaies locales.

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À Évry, samedi 16 avril.

- À Morlaix (Finistère), Nuit debout en est à la 8e soirée.

- À Vannes, vendredi 15 avril, plus d’une centaine de personnes se sont réunies pour le premier rassemblement. Pour Anne-Hélène, « nous voulions lancer le mouvement, c’est désormais chose faite ».

- À Metz, la phase de lancement est terminé, Gautier explique « que nous avons un noyau dur de personnes impliquée et qu’avec Nancy, la ville la plus proche, nous sommes en contact quotidien ».

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À Évry, samedi 16 avril.

- À Chambéry, le mouvement a commencé le 9 avril. S’il a eu du mal à s’organiser au départ, il a dû se remettre en cause pour pouvoir perdurer. C’est chose faite maintenant selon Yann : « Pour le moment, nous nous concentrons sur la forme, l’organisation des débats, nous ne sommes pas encore vraiment entrés sur le fond ; mais nous avons déjà pris des contacts avec les villes voisines. »

- À Auch (Gers), la première Nuit debout est prévue le 21 avril prochain.

- À Marseille, la Nuit debout se réunit sur le Cours Julien.

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À Marseille, ce week-end.

- À Millau, une centaine de personnes se sont réunies vendredi 15 avril place de la Capelle.

- À Evry, un rassemblement s’est tenu samedi 16 avril.


Pour suivre le mouvement Nuit debout :

- Nuit Debout sur Internet : les liens, les adresses

- Le dossier de Reporterre sur Nuit debout




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Lire aussi : De Rennes à Marseille, Nuit Debout prend racine

Source : Julie Lallouët-Geffroy pour Reporterre

Photos :
. chapô : À Évry, samedi 16 avril. © Éric Coquelin/Reporterre
. Rennes : © Julie Lallouët-Geffroy/Reporterre
. Marseille : © Hélène Servel/Reporterre
. Évry : © Éric Coquelin/Reporterre

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