Nus pour lutter contre les néonicotinoïdes

Durée de lecture : 3 minutes

6 octobre 2020



- Paris, reportage

Ils étaient nus et recouverts de jus de betteraves. Lundi 5 octobre, une quarantaine d’activistes d’Extinction Rebellion ont organisé une action devant l’Assemblée nationale, au moment même où les députés débattaient de la ré-autorisation des néonicotinoïdes demandée par l’industrie de la betterave sucrière pour faire face à la jaunisse.

Les militants souhaitaient alerter des dangers de ces pesticides dont la toxicité a été prouvée par près de 1.200 études scientifiques publiées ces 20 dernières années. Durant l’action, le collectif Stop Monsanto a pris la parole pour dénoncer la collusion des lobbies et du gouvernement, l’échec des plans Écophyto, et plus globalement le recul dans la lutte pour la préservation de la santé des citoyens. Il a rappelé sa prochaine mobilisation baptisée « notre assiette pour demain » organisée le 17 octobre.

Le porte-parole de la Confédération paysanne, Nicolas Girod, était également présent. Son syndicat est en effet le seul à s’être opposé à la réintroduction des néonicotinoïdes. « Les causes de la crise de la filière betteravière sont structurelles et pas conjoncturelles. Il y a eu la fin des quotas, la fin du prix garanti, la surproduction organisée. Ces pesticides sont une arme de guerre dont les premières victimes seront les paysans. La pression sur leurs épaules, c’est la loi du marché et pas la jaunisse. Si on ne revoit pas le modèle agricole, on va se retrouver avec des paysans qui seront comme les Goodyear ou les Bridgestone. »

Alors que les prises de paroles étaient terminées, un policier a demandé aux militants de se déplacer d’une centaine de mètres, sur la place Édouard Herriot. « Là-bas, les députés pourront vous entendre car leurs bureaux donnent sur cette place. C’est plus judicieux qu’ici où vivent seulement les gens normaux qui ne sont pas votre cible », explique-t-il aimablement. Les militants se sont alors fait disperser dans le calme, tandis que dans l’Hémicycle, les débats faisaient rage. « Un pas en avant, deux pas en arrière, c’est la politique du gouvernement », a déclaré la députée France Insoumise Mathilde Panot, en référence à l’interdiction des néonicotinoïdes votée en 2016 grâce à Barbara Pompili, aujourd’hui ministre de la transition écologique qui n’en finit plus d’avaler des couleuvres.

Les députés de l’opposition étaient tous très opposés à cette loi, de Delphine Batho en passant par Adrien Quatennens, Jean-Luc Mélenchon, Raquel Garrido ou encore Guillaume Chiche.

D’autres critiques viennent même du camp de La République en marche. Jean-Charles Colas-Roy, le « Monsieur environnement » de LREM, assure qu’il votera contre, comme son collègue le député Didier Martin qui estime que « d’autres solutions, financières et agronomiques, existent pour la filière ». Même constat pour la députée Valérie Petit : « Il faut mieux accompagner la transformation des modèles économiques des exploitations, accélérer la recherche et l’innovation. » Enfin, le mathématicien Cédric Villani assure que cette loi est « à contre-courant de l’histoire, du progrès et de la protection de la biodiversité, nous votons son rejet. »

Les députés ont finalement voté dans la nuit du lundi 5 au mardi 6 octobre la disposition clé du projet de loi permettant la réintroduction temporaire des néonicotinoïdes.

Le vote solennel de l’ensemble de la loi doit lui avoir lieu ce mardi 6 octobre à 15 heures.

  • Source : Reporterre
  • Photo : © Laury-Anne Cholez/Reporterre




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